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L’âme de Bordage se trouve au Diable : 2e partie

Pierre Bordage collectionne les Prix Littéraires comme d’autres les livres (dernier en date : Imaginales 2007 pour 1794, le tome 3 de l’Enjomineur paru à L’Atalante). Pour ses personnages, il allie une capacité peu commune à créer des univers grandioses, tant intérieurs qu’extérieurs, à une puissance évocatrice si forte que la fiction devient réalité.
Avec Porteurs d’Âmes, son nouveau livre paru Au Diable Vauvert, il propose une nouvelle forme de voyages dans un univers cruel, violent, à l’image de notre société.

Rencontre avec l’auteur pour aborder quelques aspects d’un livre qui réunit, entre autres, des moments de forte émotion et une intrigue qui génère un suspense auquel on ne résiste pas.
Par Serge Perraud | 'L’âme de Bordage se trouve au Diable : 2e partie
1 juin 2007 | Mis à jour 1 juin 2007
L’âme de Bordage se trouve au Diable : 2e partie
L’âme de Bordage se trouve au Diable : 2e partie
L’âme de Bordage se trouve au Diable : 2e partie
L’âme de Bordage se trouve au Diable : 2e partie
L’âme de Bordage se trouve au Diable : 2e partie

Avec Porteurs d’Âmes souhaitez-vous mettre en lumière les conditionnements qui nous emprisonnent, que nous ne savons pas atténuer, à défaut de faire disparaître ?

Oui aussi. Nous sommes tous prisonniers de nos conditionnements, nationaux, linguistiques, religieux, sociaux, sexuels… Voilà pourquoi nous ne pouvons pas nous mettre à la place de l’autre. Nos conditionnements nous l’interdisent. Comment moi, homme, puis-je me mettre à la place d’une femme ? Comment moi, un occidental, puis-je comprendre un oriental ? C’était la même chose il y a deux cents ans : j’ai étudié l’histoire pour la série de l’Enjomineur et me suis rendu compte qu’un jacobin était incapable de comprendre un vendéen, et réciproquement, et que la seule façon de communiquer était alors le conflit, la guerre. Nous devrions pouvoir adopter le point de vue de l’autre, appréhender la situation par ses sentiments, ses attentes. Mais la plupart du temps, les hommes se contentent d’imposer leur propre vision, leur propre conditionnement, en le justifiant au besoin. La colonisation a procédé de ce principe, nous les lumière, eux les sauvages, et il se trouve encore des gens pour justifier et poursuivre ce type de comportement.

Vous décrivez avec justesse le décalage qu’il peut y avoir entre sa propre vision et celle des autres qui n’ont pas le même physique, le même vécu, les mêmes expériences. En avoir une conscience nette, après un essai tel que vous le décrivez, serait-il un moyen de diminuer la douleur, la violence, la misère ?

Cette question rejoint la précédente. Je crois en effet qu’avoir conscience du décalage serait un pas de géant vers la compréhension, un levier puissant pour diminuer la souffrance et la misère. En fait, nous passons une grande partie de notre temps à justifier nos modes de vie, nos croyances. Il faudrait de temps à autre déposer ses croyances, comme les hommes déposent parfois les armes pour entamer les pourparlers, et contempler l’autre sans a priori, en essayant simplement de comprendre ses aspirations, son mode de fonctionnement. Déjà, moi qui suis grand, si je m’accroupis et que je contemple le monde du point de vue d’un petit, ma vision change complètement, le rapport avec les volumes et les distances se modifie, le monde n’est pas le même…

Ne voulez-vous pas non plus montrer qu’aller vers les autres est le seul voyage valable, le voyage ultime ?

C’est le voyage le plus important. Plus important que les explorations des abysses, des déserts, des cimes, ou des planètes lointaines. L’autre est un inconnu d’une richesse et d’une complexité inouïes.  Comme je le disais tout à l’heure, chaque fil dans la trame a une importance fondamentale. Mais nous ne savons pas aller vers l’autre. Les indiens d’Amérique avaient beaucoup de choses à nous apprendre, un rapport différent avec l’environnement par exemple, et nous les avons massacrés. Nous croisons tous les jours des mondes fascinants sur les trottoirs, dans les transports en commun, et nous nous frôlons sans nous regarder, sans nous ouvrir. Le voyage vers l’autre est encore à découvrir, et il n’y a pas d’agence pour ça !

Vous mettez-en scène un dispositif, mis au point par les membres d’une société secrète, un système qui permet un voyage réellement extrême, ultime. Est-ce encore du domaine de la science-fiction ?

Oui, dans la mesure où ce genre de machine n’existe pas. Oui aussi dans la mesure où c’est un thème largement exploité dans la science-fiction. Disons qu’on s’approche de ce genre de technologie, qui est un pas de géant vers l’immortalité (une immortalité du refus, une immortalité illusoire, mais elle est la quête fondamentale de l’humanité qu’on retrouve dans les mythes les plus anciens).

Vous racontez avec force détails et beaucoup de réalisme des parcours pour le moins douloureux avec des plongées dans des tranches de la société habituellement peu connues : prostitution des enfants, squats, crimes en série, nécrophilie… Comment vous documentez-vous ?

J’ai parcouru quelques dossiers sur les filières de prostitution, j’ai utilisé pour la squat le souvenir d’une visite à un squat de Marseille, pour le reste je fais confiance à mon imagination. Ah oui, pour le personnage d’Edmé, je me suis documenté sur l’organisation de la brigade criminelle, j’ai même entendu une conférence sur le sujet sur le Net.

Vous évoquez une société secrète et les motivations de ceux qui en font partie avec presque du dédain. Est-ce ainsi que vous percevez cette forme de groupement, de clanisme ?

Je n’aime pas, vous l’avez compris, les élites, ou la volonté élitiste,  ces bunkers où l’on se rassemble entre gens du même monde, de même conditionnement, où l’on élabore les nouvelles façons d’exploiter les autres êtres humains. C’est la négation même du voyage vers l’autre dont nous parlions précédemment. Pour quel profit ? Un enfermement qui confine à l’autisme social et qui en aucun cas ne donne les clefs du bonheur. Encore une fois, mépriser un fil dans la trame revient à mépriser la trame toute entière, donc soi-même. Ce qui pourrait aussi être traduit par cette parole du Christ : Ce que vous faites au plus petit d’entre moi, c’est à moi que vous le faites. Alors l’élitisme chrétien, par exemple, qui a présidé aux plus grandes injustices de ces derniers siècles (et continue de le faire via les fondamentalistes chrétiens américains) me paraît être une imposture, un sommet d’absurdité.

Vous ne situez pas précisément votre roman dans le temps, mais n’est-il pas très contemporain ?

Comme la plupart des romans dits de SF, il est en effet contemporain, il aborde des thèmes actuels. La SF est paradoxalement une littérature du présent. Elle permet la réflexion sur les dérives de notre monde, ainsi qu’une interrogation permanente sur la nature humaine. C’est une littérature d’exploration, et Porteurs d’Âmes peut se lire comme un polar, un roman contemporain et une légère anticipation. Là aussi, il me paraît fondamental d’éclater les cloisons, les traditionnels conditionnements de la littérature.

Vous décrivez avec beaucoup de sensibilité ce que peut apporter l’amour entre deux êtres. Pourtant vous faites dire à Edmé, le policier : «Ne jamais laisser une femme vous entrer dans la peau, Bon Dieu, c’est la fin de la tranquillité.»

Oui, mais c’est une fin de tranquillité assumée, voulue, une inquiétude délicieuse, une invitation à sortir de soi-même, à entamer le voyage vers l’autre. L’amour entre deux êtres est une porte vers le nouveau monde, le monde de l’autre, même s’il y a une grande part d’égoïsme dans cet élan. Une porte qui peut se refermer à tout moment, par peur, par paresse, parce que l’ancien conditionnement vous reprend à un moment ou l’autre, une fois que le premier feu est consumé.

Est-ce fréquent, pour un auteur, de citer ses sources d’inspiration, comme vous le faites, par exemple, avec une scène inspirée du Tombeau hindou de Fritz Lang ?

Non, ça m’est venu comme ça, parce que la scène m’a rappelé celle du Tombeau Hindou et que j’ai trouvé amusant de placer cette référence dans la bouche de Paul, qui ne passe pas pour l’être le plus cultivé du groupe de la Crim’.

Question incontournable mais si riche de promesses : Quels seront vos prochains livres ?

Je suis en train d’écrire un space opera, le Fraternité du Panca, une autre forme de voyage, mais également et surtout un voyage vers l’intérieur des personnages, finalement le seul sujet de mes romans. Il est prévu en cinq tomes, ce qui veut dire que je me suis imposé une énorme charge de travail ! Faut assumer maintenant.  Et puis j’ai d’autres projets dans le domaine de la BD, du cinéma et du feuilleton audio. Du pain sur la planche, et je ne vais surtout pas m’en plaindre.
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