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Scott Lynch de retour à Camorr

A l'occasion de son passage à Paris en avril dernier, Fantasy.fr n'a pas pu résisté à l'envie d'interviewer une nouvelle fois Scott Lynch (voir celle du 16 février 2007), auteur du très remarqué Les mensonges de Locke Lamora.
Pour notre plus grand plaisir, Scott renvient à Camorr, sur les traces des Salauds Gentilhommes.
Par Olivier Dombret | 'Scott Lynch de retour à Camorr
23 mai 2007 | Mis à jour 23 mai 2007
Scott Lynch de retour à Camorr
Scott Lynch de retour à Camorr
Scott Lynch de retour à Camorr
Scott Lynch de retour à Camorr

Avez-vous anticipé le succès de Locke Lamora ou est-ce une complète surprise ?

Non ! Évidemment chaque auteur rêve de ça et espère que cela sera le cas, mais, après l’écriture, je ne me suis pas assis pour dire « Yeah, nous y voilà, je sais précisément ce qui va se passer et que nous allons faire. »
En fait je ne savais pas du tout ce qui allait arriver. Donc chaque événement qui est intervenu est une plaisante surprise. Plus pour moi que pour mon éditeur. Même si je suis sûr que Simon est très heureux chez Orion. Je ne viens pas du secteur du livre et c’est mon premier roman. Je n’ai aucune expérience avec le marché donc je n’avais aucune idée de ce à quoi m’attendre. Donc c’est une surprise totale.

Y a-t-il dans vos personnages, Locke ou les autres, une partie de vous ?

Oui et non ! J’essaye très consciemment de faire en sorte qu’il n’y ait pas de personnages qui soient supposés être moi. Parce que cela peut être un piège pour les auteurs. Vous avez tendance à créer un personnage plus héroïque, plus parfait, un héros qui devient une version idéalisée de vous-même. Cela peut polluer votre travail car l’histoire se base alors sur le cheminement et la réussite de ce personnage, de la place qu'il prend dans le schéma général de l’histoire.
Certes il y a un peu de moi dans Locke. Son attitude envers l’amour et la romance. Il est très têtu, très dévoué. C'est une sorte de romantique, ce que je suis plus ou moins. Il est désespérant dans ce sens.
Personnellement j’ai eu la fille et j’ai eu le happy-end. Je torture Locke à ce propos sur toute la durée des deux premiers livres.
Évidemment je ne suis pas télépathe. Je dois donc imaginer à partir de moi tous ses personnages, mais j’essaye consciemment de ne pas baser l'un d'eux sur ma propre perception de moi-même car je pense que cela serait une grosse erreur. Certains sont basés visuellement sur des personnages existants et je prends les noms de certains de mes amis et associés. Je le fais en général pour des personnages qui vont mourir. Cela devient une sorte de private joke sur chaque livre. Au début c’était une menace : « Tu sais, je vais faire un personnage basé sur toi et je vais le tuer. » Et les gens disaient « Oh Cool ! Bute-moi ! » Donc dans chaque livre il y a ces victimes désignées basées sur des personnages existants. Il y en aura comme cela environ 2 ou 3 par livre.
Le seul être qui n’a pas de personnage adapté à partir de sa description est ma femme.
Un de mes chats apparaît dans Red Seas under red Skies. Le plus jeune. Donc le chat qui joue un rôle important dedans est Thor notre jeune chaton noir. Un de nos autres chats aura un rôle dans le prochain livre. En fait je fais surtout ça pour faire rire mon épouse.
Mais plus sérieusement, j’essaye de mettre le moins possible de moi dans mes personnages. L’entêtement de Locke et certaines de ses attitudes proviennent inévitablement de moi. Mais pour le reste, c'est-à-dire la plus grande partie, ce n’est pas le cas.

Vous semblez avoir une approche très visuelle de votre écriture. Cela ne pourrait-il pas aider à écrire le script de l'adaptation cinématographique de votre série ?

J’essaye effectivement d’écrire d’une façon très cinématographique, du moins mentalement dans un premier temps. La façon dont Warner Bros. voit le film est un tout autre problème. Car ce que j’essaie d’écrire est une histoire émotionnellement dure et tortueuse, pas vraiment une série heureuse.
C’est une saga de 7 livres centrée sur un personnage qui essaie de fuir une vie de crimes et qui n’y arrive pas. Un peu comme s'il y avait 7 romans de l’histoire de Brian de Palma, Carlito’s Way (L'impasse). Alors qu’ils voudraient probablement une série tous publics qui soit le blockbuster de l’été pendant 7 ans, du genre de Pirates de Caraïbes.
Les responsables de Warner Bros. risquent de ne pas être très content de moi d'ici quelques livres, mais je suis peut être complètement à côté de la plaque. En fait très honnêtement je n’en ai pas la moindre idée.
Je suis très nouveau dans l’édition, alors l’industrie du film est tellement lointaine et au-delà de mes connaissances que ce que je dis ou pense n’a pas tellement d’importance.

Parlez-nous de la façon dont vous avez géré vos influences.

Je suis un mordu d’histoire en général, mais je suis plus intéressé par la Renaissance et la période Élisabéthaine. Du XVe au XVIIIe siècle en passant par celui des lumières, la période napoléonienne, la Régence, etc.
Dans le dernier Locke Lamora, je mélange technologies et attributs de ces différentes époques comme cela m’arrange. Dans le monde de Locke, les connaissances en matière de construction de navires sont à peu près celles du XVIIe ou de la période napoléonienne, mais ils n’ont pas la poudre à canon par exemple. Leur développement, leur technologie, leurs échanges culturels ont juste évolué différemment. Le style de mode est définitivement plus XVIe, XVIIe, XVIIIe siècles que médiéval. Car je déteste le style médiéval. Je déteste les robes sans forme, inélégantes, etc. Alors que les vestes et les manteaux élaborés et les gabardines, les boutons, les boucles, les bottes variées, je les trouve très intéressants.
Cela ressemble à une approche simplifiée de l’histoire de la mode, mais cela reflète mon appréciation de l’histoire. Les XVe, XVIe et XVIIe siècles sont plus complexes socialement et plus avancés économiquement. Il y a des périodes durant laquelle des criminels comme Locke peuvent exister alors qu'avec un monde plus ancien, moins avancé, cela n’aurait pas été possible. Camorr, telle qu’elle est décrite, n’aurait pas pu exister au XIIe ou XIIIe siècle par exemple. Les villes étaient plus petites, les commerces plus limités, il n'y avait pas des billets de changes, la banque en était à ses débuts. Le monde était juste trop "simple". Il aurait été difficile pour un prédateur social comme Locke de se fondre dans la foule à une telle époque.
Le décor historique est en partie intérêt, en partie nécessité. Mélangez donc cette part historique avec des films de gangsters comme ceux de Martin Scorcese, Quentin Tarantino ou Brian de Palma et vous avez en gros mon influence pour l'imaginaire.

Dans votre livre la nourriture prend une place importante. Êtes-vous vous même un amateur de nourriture, un "chef" ?

J'ai lu un livre de K H Baker, The Anvil of the World. Elle a un personnage qui est chef itinérant et l'un des éléments récurrents était les plats de plus en plus de plats élaborés et de la nourriture de plus en plus bizarre préparés par le chef. Cela m’a fait beaucoup rire et j’ai eu beaucoup de plaisir à le lire. J’ai décidé de reprendre le principe pour Locke Lamora, de décrire cette cuisine imaginaire et d'y rajouter beaucoup de liqueurs fantaisistes. Je vais continuer cela avec chacun des prochains livres. Ils vont manger des nouvelles choses étranges, des nouveaux plats bizarres, tester des cuisines de différentes origines et boire de nouveaux alcools.
C’est un peu étrange car je ne suis pas ce que l’on appelle un "gourmet". J’ai un goût très commun en nourriture. J’aime la nourriture de qualité, mais j’ai des standards très moyens, très américains, en saveurs. Je suis un très bon chef dans ces limites, mais je ne mange pas de saumon, caviar, anguilles ou de nourriture exotique. J’ai au contraire une expérience très limitée en ce domaine.
Je suis aussi un buveur très moyen. Je ne bois pas de Brandy, de whisky, d'alcools élaborés et chers. Je suis plutôt un buveur de bière et de vin. Je m'amuse plus avec mon imagination. Cela semble être un bon gimmick et beaucoup de gens l’ont noté. C'est plus fun que d’ignorer la nourriture car cela reflète un type de culture et ce qu'elle tend à devenir.
Beaucoup de romans de fantasy laissent tomber la nourriture : ils ont de la viande, du ragoût, du pain et c’est tout, sans aller en profondeur dans les odeurs, les saveurs.
Je trouve que c’est plus amusant d’avoir ces repas bizarres et élaborés qui occasionnellement impliquent des trucs indécents. Dans le deuxième livre, il y a des yeux de requins, des tartes aux branchies de poissons, des anguilles farcies et toute une panoplies de choses improbables.
C’est aussi fun à faire que la magie, les combats ou n’importe quoi.

Quand est ce que le second livre de Locke Lamora sera publié ?

Il sera publié en juin en anglais. C’est encore un secret pour la date de sortie en France.

Ah bon ?

Nan, en fait ils ne le savent pas eux-mêmes (rires).
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