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Michael Arias parle d'Amer Beton

Connu pour avoir participé au développement des effets visuels d'Abyss et de Total Recall, Michael Arias s'est ensuite rendu au pays du Soleil Levant. C'est là-bas qu'il a pu travaillé pour Animatrix, le segment animé de la mythologie crée par les frères Wachowski.
 
Mais pendant qu’il oeuvrait à étendre l’univers de la Matrice, Arias n’avait qu’un rêve : voir Amer Beton, son manga fétiche porté sur grand écran. Il lui faudra des années de réflexion et de gestation pour se lancer dans l’aventure, et des années encore pour qu’il atteigne son but.
 
Interviewé lors de son passage à Paris en février dernier, le réalisateur nous a raconté sa rencontre avec le manga original et ce qu’il a changé en lui. Sans omettre les difficultés auxquelles il a dû faire face, il revient sur la genèse du projet et sa lente avancée. Arias nous confie également quels ont été ses différents points de vue sur l’œuvre et sur l’évolution intrinsèque de cette dernière.
Par Emmanuel Beiramar | 'Michael Arias parle d'Amer Beton
5 mai 2007 | Mis à jour 5 mai 2007
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De quand date votre découverte du manga Amer Beton ? Quelle a été votre impression ?

Cela doit faire dix ou onze ans, je crois. Après avoir passé trois ans au Japon, j’étais de retour aux Etats-Unis. Mais moins de deux ans plus tard, un excellent ami japonais a dû faire face à un drame familial, aussi je suis reparti à Tokyo afin de l’aider à passer cette épreuve et prendre soin de lui.  Etant tous les deux au chômage, nous passions notre temps sur son balcon à fumer cigarettes sur cigarettes tout en regardant les chantiers de l’autre côté de la rue. Cela a duré près de quatre mois. Cet ami avait une énorme collection de mangas et un jour, je me suis laissé tenter et lui ai demandé de me conseiller quelques titres. Il m’a alors tendu Amer Beton en insistant sur le fait que je devais lire celui-là et qu’il me ferait pleurer. En ouvrant le manga, j’ai été surpris de découvrir dès la première page ces deux garçons qui contemplaient la ville, perchés sur des poteaux téléphoniques. C’était nous ! J’ai eu la même impression à la fin du manga, lorsque les yakuzas, du haut d’un building, discutent de leur incapacité à stopper les changements subis par leur ville. A l’époque, Tokyo vivait une période très bizarre : les attaques au gaz sarin avaient touché le voisinage et trois hélicoptères patrouillaient en permanence au-dessus de nos têtes. Ca plus les tremblements de terre de Kobe, cela faisait beaucoup. Du coup, j’avais l’impression que le sol allait s’effondrer. En lisant ce manga, j’ai apprécié les questions posées par Taiyo Matsumoto : En quoi croyez-vous ? Qu’est ce qui est important à vos yeux ? Pour quelles choses êtes-vous prêt à vous battre ? Elles me paraissaient plus réelles que jamais.

Pouvez-vous nous expliquer pourquoi le projet a mis si longtemps à prendre forme ?

A l’origine, je ne faisais que m’amuser avec des logiciels de graphisme, afin d’en concevoir un moi-même. J’ai donc élaboré une petite démo basée sur le manga, mais l’idée même d’adapter l’œuvre ne m’était pas venu en tête. Lorsque j’ai projeté la vidéo à quelques personnes parmi lesquelles se trouvait Taiyo Matsumoto, je pensais uniquement montrer de quoi j’étais capable en matière d’effets digitaux pour tenter de trouver un travail. J’ai demandé conseil à Koji Morimoto – un réalisateur exceptionnel en matière d’animation et un proche ami – de diriger ce projet. Nous avons travaillé dessus durant à peu près deux ans pour finalement aboutir à un pilote de cinq minutes. L’idée du long-métrage est arrivée à ce moment mais nous n’avons pas réussi à réunir les fonds nécessaires. Peu de temps après, on nous a sollicité pour réaliser certains épisodes d’Animatrix, ce qui nous a pris trois ans. Entre-temps, Morimoto s’est progressivement écarté du projet, j’ai donc commencé à écrire sérieusement le scénario du film avec mon ami Anthony Weintraub. Lorsque notre travail sur Animatrix s’est finalisé, Koji travaillait déjà sur autre chose, mais il avait remarqué qu’Amer Beton m’obsédait réellement depuis six ou sept ans. Il m’a donc convaincu de réaliser moi-même l’adaptation, une décision encouragée par ma coproductrice sur Animatrix, Eiko Tanaka, qui m’a proposé les services de son studio d’animation. Moi qui n’avais pourtant aucune prétention à devenir réalisateur ! Collaborer avec de grands noms m’avait fait réaliser qu’il s’agissait d’un job très difficile. Au final, entre le début et la fin de la production du film, pratiquement quatre ans se sont écoulés… un projet très long !

Est-ce que cela a été douloureux ?

Terriblement ! Mais c’était également incroyablement excitant. Créer des films d’animation est le plus beau métier du monde, c’est pourquoi on accepte l’importante part de difficultés qui s’impose dans ce genre d’entreprise.  En faisant quelque chose que l’on aime, on est capable d’endurer beaucoup.

Le film comprend de nombreuses scènes faisant le compromis entre 2D et 3D mais visuellement parlant, il s’apparente surtout à de l’animation traditionnelle. C’était ce que vous vouliez ?

Je voulais que le tout soit similaire à une peinture. En fait, je voulais que l’on se croit à l’intérieur du tableau. Un peu comme, lorsqu’on était enfant, on jouait au train électrique en frôlant le jouet, collé au sol. Tout nous semblait réel en agissant ainsi. L’idée était donc de faire ressentir au spectateur quelque chose de semblable dans cet univers parallèle, ce coffre à jouet dans lequel était tourné un documentaire.

On remarque que les personnages ont bénéficiés d’un immense travail concernant leurs expressions faciales, principalement les deux garçons. En plus de cela, les décors sont extrêmement détaillés. Comment avez-vous réussi à harmoniser les deux ?

Je n’étais pas du tout certain que ça fonctionnerait. D’une part, il y a des personnages au design simpliste, sans ombre, et au nombre limité de couleurs, et de l’autre, des décors dynamiques en trois dimensions, très réalistes. Pour les premiers, tout le mérite revient aux animateurs de première classe avec qui j’ai collaboré. Chacun d’entre eux ont imaginé les personnages en les interprétant eux-mêmes devant leur miroir avant de retranscrire le tout sur papier ou sur ordinateur. Quant à la qualité des décors, c’est grâce à Shinji Kimura – le meilleur directeur artistique avec qui on puisse rêver de travailler – qui venait de terminer la production de Steamboy. Le film de Katsuhiro Otomo se déroule dans le Manchester de la fin du XIXème siècle, par conséquent, les décors sont très grisés. Dès qu’il s’est mis à travailler pour Amer Beton, je lui ai expliqué que la star du film, ce serait la ville, ce à quoi il a répondu qu’il voulait jouer avec beaucoup de couleurs. Comme après un très long hiver, il a pu bourgeonner et inonder le film de couleurs. 

En parlant de la ville, on peut y voir des nombres de partout…

Oui, comme dans le manga original. Comme dans les villes japonaises, en fait. J’ai juste accentué la chose. C’est quelque chose de typiquement asiatique, en fait : si vous avez l’occasion de visiter des villes telles que Séoul ou Hong Kong, vous constaterez la même mise en avant des nombres au sommet des immeubles, entre les blocs…

On remarque également sur la plupart des bâtiments des statues de divinités asiatiques, comme Ganesh. Et les personnages parlent plusieurs fois entre eux de Dieu dans le film…

Je ne suis pas croyant. Mais parfois, tout comme les personnages que vous avez créés, face à un changement un peu trop brutal, il se peut que vous commenciez à penser en termes spirituels. Dans le film, Noir et Blanc tentent de s’adapter à ce monde qui change trop vite à leur goût. Naît alors un sentiment très spirituel, très intérieur, mais ne faisant pas appel à un discours religieux pour autant. Ca aussi, c’était déjà quelque chose de très palpable dans le manga.

De qui vous sentez-vous le plus proche ? Noir ou Blanc ?

C’est assez amusant car, pendant l’écriture du scénario, j’étais persuadé que Blanc était la vedette du film. Mais lorsque la production a commencé, j’ai réalisé que ce n’était pas l’histoire de ce dernier qui était racontée, mais incontestablement celle de Noir, et celle de Kimura, le jeune yakuza, dans une certaine mesure. Ce sont ces deux-là que vous voyez grandir, s’adapter et changer. Blanc, les autres yakuzas, le serpent et le minautore n’évoluent pas, ils restent ce qu’ils sont. Je pense que nous aspirons tous à être quelqu’un comme Blanc, mais intérieurement, on ressemble davantage à Noir… qui n’est pas si noir que ça, d’ailleurs, il pencherait plutôt vers le gris. D’une certaine façon, il se trouve entre Blanc et le minautore et essaie tant bien que mal de trouver sa voie. Je pense que Noir représente l’être humain de la vie de tous les jours par nature, quelqu’un ayant des faiblesses et pouvant aller un peu trop loin. Pour toutes ces raisons, c’est de lui dont je me sens le plus proche, maintenant. Finalement, on est incapable de déterminer à quoi va ressembler un film avant qu’il soit terminé. Je veux dire… c’est génial de travailler sur un projet aussi long avec des gens tellement qualifiés car le tout évolue quotidiennement. J’ai imaginé chaque chose qui se trouve dans ce film, mais le résultat final est incroyablement plus complexe que ne l’était ma vision de base. Moi qui avais des idées très spécifiques à propos de l’ambiance, des couleurs, des voix, ou de la musique, je suis épaté par la façon dont toutes ces choses se sont sublimées en s’imbriquant.

Une autre idée qui se dégage du film : celle d’un monde déséquilibré. A ce sujet, on peut constater l’absence quasi totale de personnages féminins dans l’histoire !

Dans le manga de Matsumoto, il n’y a pas de personnage féminin, effectivement. C’est à peine si on aperçoit quelques vieilles dames.

La fiancée de Kimura va jusque à souhaiter que son futur enfant ne soit pas un garçon. Est-ce un rapport subtil au déclin de la ville ?

Pour être franc, je n’ai jamais vu ça de cette façon. Si Matsumoto ne dessine que rarement des femmes, c’est d’abord parce qu’il aime raconter des histoires d’amitié pure et idéaliste, décrire des relations fraternelles. Ensuite, c’est parce qu’il ne sait pas les dessiner, tout simplement. Mais la fiancée de Kimura, malgré son rôle très secondaire, est très importante dans l’histoire. Cette seule phrase a une portée très profonde, c’est presque Shakespearien. Vous savez, j’ai toujours vu Blanc comme l’incarnation du côté féminin de l’univers : c’est le Yin, la mère. Le minautore, lui, en est l’opposé total.

Vous avez plusieurs célèbres acteurs japonais au casting vocal. Comment les avez-vous sélectionnés ?

Je voulais que le casting principal soit composé de débutants en matière de doublage et non pas de professionnels. En fait, j’avais même l’intention d’embaucher deux gamins rencontrés dans la rue et leur faire répéter quelques lignes chaque soir, mais faute de temps, je n’ai pas pu faire ça… et de toute façon, c’était une mauvaise idée ! Le choix de l’embauche d’acteurs de cinéma s’est posé aussitôt après. Des personnes comme Min Tanaka, qui avaient de l’expérience comme comédiens mais peu ou pas en tant que doubleurs. Les comédiens de doublage ont une approche très spécifique de cette fonction. Ils essaient d’adapter leur voix à celle du personnage, de faire concorder les répliques au mouvement des lèvres, mais du coup, cela les limite à une technique, à moins qu’on ait la chance de travailler avec un doubleur exceptionnel. J’ai pensé que réunir des personnes qui feraient leurs premiers pas dans le doublage donnerait au film une énergie nouvelle, nerveuse.et réaliste. J’ai choisi Kazunari Ninomiya (Noir) et Yu Aoi (Blanc) après avoir écouté une montagne d’enregistrements de jeunes acteurs. En commençant à faire ce film, tous deux étaient encore de parfaits inconnus. Ce n’est que plus tard qu’ils sont devenus de véritables stars nationales. Yu Aoi, je l’avais vu pour la première fois dans le très beau film de Shunji Iwai, Hana and Alice, sans savoir que c’était lui. Quant à Ninomiva, il était fan du manga de Matsumoto dès l’âge de treize ans. Tanaka, je l’appréciais en tant que danseur sans savoir qu’il était également acteur de cinéma, jusqu’à ce que je le voie dans Le SamouraÏ du Crépuscule de Yoji Yamada. Le personnage qu’il y interprète est très proche de celui à qui il prête sa voix dans Amer Beton. En effet, Suzuki est un type assez peu recommandable ayant roulé sa bosse un sacré bout de temps et désirant repartir à zéro. Yusuke Iseya, je l’avais remarqué dans l’adaptation du manga Honey & Clover. Enfin, Nao Omori jouait dans une série TV avec Yu Aoi, et lui aussi s’est révélé être un fan du manga. Tout s’est fait par des rencontres, comme vous pouvez le constater.

A quel public s’adresse votre film ?

Au Japon, je pense que les jeunes seront les plus sensibles au film. Le pays est un drôle d’endroit actuellement : il a évolué très rapidement et les villes suivent cette logique, ce qui a laissé la jeunesse morose. Avec ce film, je veux essayer de leur faire penser à ce qui est important à leurs yeux. Je sais, c’est un très gros message à faire passer. Lorsque j’ai commencé le film, je ne me souciais pas de savoir s’il allait être bien accueilli en France, en Grande-Bretagne ou encore aux Etats-Unis, le message véhiculé étant suffisamment universel. Je n’imaginais pas non plus que le film plairait au public féminin. Je m’attendais surtout à un accueil chaleureux des plus jeunes. Le film est tout de même assez violent, et donc assez peu destiné aux enfants de six ans. Mais en même temps, cette violence reflète celle de notre monde. Ce n’est pas un effet de style mais réellement une envie de faire mal. Beaucoup de dessins animés montrent une violence proche de celle du jeu vidéo, ce n’est pas ce que je voulais faire.

Bien que le film soit effectivement assez riche en scènes violentes, ce n’est pas ce qu’on retient du film, mais plutôt le message et la poésie qui l’entourent.

C’est vrai. Lorsque j’ai commencé à faire le film, j’étais célibataire. Aujourd’hui, je suis le père de deux petits garçons – comme Noir et Blanc – et je perçois cette histoire d’une façon très différente. L’un des points intéressants du manga est qu’il pose davantage de questions qu’il n’offre de réponses. A votre première lecture, puis cinq ou dix ans après, votre point de vue change et l’histoire paraît évoluer dans le même sens. J’espère qu’il en sera de même avec le film.

Quels sont vos projets ?

J’ai envie de tourner à un film live. Cette adaptation a pris quatre ans pour se faire, ce qui est énorme ; il est très compliqué de rester concentré sur une telle entreprise de bout en bout en gardant le même état d’esprit. Maintenant, j’ai envie d’essayer autre chose, faire un film très simple, loin de la science-fiction et des effets spéciaux.
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