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La BD selon Patt Mills

Patt Mills commence sa carrière dans la BD dans les années 70 comme assistant de rédaction pour un magazine de bandes dessinées romantiques pour adolescents, D. C. Thomson & Co. Ltd, où il rencontre John Wagner (créateur de Dredd). En 1977, il créé 2000 A.D. dont il est le premier rédacteur en chef. Slaine, Judge Dredd, ABC Warriors, Deadlock, Doctor Who, Star Wars, Requiem... autant de grands titres de la bande dessinée qui doivent une bonne partie de leur succès à leur scénariste commun : Patt Mills.

Fantasy.fr a interviewé Pat Mills à l'occasion de son passage à Paris pour célébrer la sortie du tome 7 de Requiem, du tome 2 de Claudia. La rédaction tient à remercier Yohann Boisseau qui a pu rendre cette rencontre possible.
Par Grégory Bouet | 'La BD selon Patt Mills
2 mai 2007 | Mis à jour 2 mai 2007
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Que pensez-vous de l’évolution des comics, de ses approches beaucoup plus sombres, comme avec la collection Vertigo de D.C. ? Comment la ressentez-vous dans votre écriture ?

Des gammes comme Vertigo ne sont que des niches confortables pour poseurs douillets très tendance, qui se la jouent sombre en frissonnant sans même connaître la signification du mot « sombre » ou « noirceur » ! Une partie de l’industrie, malheureusement minoritaire, a compris qu’elle pouvait écrire et dessiner ce qu’elle ressentait, voilà la clef, la signification profonde ! Le problème de cet engouement, qui n’est pas récent en Grande-Bretagne, c’est que ceux qui le nourrissent ne s’impliquent pas dans ce qu’ils font, ils restent dans une réserve raisonnable et leur boîte ne dévient pas d’une ligne directrice édictée par les Majors qui les possèdent ! Les jeunes artistes ont grandi dans le monde d’aujourd’hui, dans la violence d’aujourd’hui, il est logique que cela influence leur style, le tout est de savoir l’imposer aux éditeurs ou aux gens un peu mieux implantés qu’eux et qui peuvent les chaperonner. 
Si on réfléchit bien, les grands groupes de comics ne font rien de bien agressif, ils cherchent avant tout le profit et exploitent n’importe quelle mode sous tous ses aspects sans s’aliéner ses autres fans. Ils ne cherchent pas à faire réfléchir les gens, ils ne comprennent pas le sens du mot « passion » ou « âme ». Tout reste trop propre, trop lisse… trop fade. Même en Angleterre ! Il n’y a vraiment qu’en France et en Italie que les bandes dessinées sont des creusets de talents, de créations sans limites. Tout le monde écrit ou dessine ce qu’il veut ! Mais il faut bien dire que le niveau franco-belge est largement supérieur à la moyenne. C’est normal, une BD coûte une dizaine de livres chez vous ! Vous n’avez pas droit à l’erreur comme en Angleterre ou vous en trouvez à 2 livres, et je ne parle même pas des États-Unis !  Pour en revenir à ce phénomène dans l’évolution du comics, tout tient à l’évolution de la société et au grand rejet du monolithisme des années 80/90 où l’écart entre les BD et les lecteurs se creusait de plus en plus. Il faut savoir évoluer, c’est tout ! Mais aussi écrire avec son cœur et ses couilles ! Moi, je ne me pose pas la question, si je ne ressens rien, je n’écris pas, que cela soit noir ou pas.

Vous semblez apprécier les dessinateurs français. Pouvez-vous citer vos préférés, et surtout expliquer la raison de cette préférence?

Les français, comme je l’ai dit, sont libres et très perfectionnistes. Ils ont un souci du détail qui me convient parfaitement. En même temps, il y a une richesse culturelle chez les dessinateurs français qu’on ne retrouve guère qu’en Belgique, en Italie et peut-être en Allemagne. A de rares exceptions, en Grande-Bretagne et aux États-Unis, un dessinateur qui utilise plus de 5 crayons différents pour un dessin passe pour un fou. De même, quand on regarde un dessin anglo-saxon, il est souvent très dépouillé. Comparez une église dessinée par un anglo-saxon et par un français, vous aurez une foule de détails dans le deuxième !!! Non, il n’y a que les français qui ne me regardent pas comme un fou quand je leur explique mes idées et les visuels que je recherche. Il suffit de lire un Requiem (Olivier Ledroit) ou Shadowslayer (Eric Larnoy) pour me comprendre !
Les dessinateurs français ont leur humeur, mais ils sont compréhensifs, réceptifs et tellement décontractés ! Sinon, ne parlant pas  très bien le français, je me limite à ceux qui ont été traduits comme Druillet, Caza, Bilal ou Tacito.

Et au niveau international ?

J’aime vraiment bien tous les dessinateurs avec qui j’ai travaillés. Non, vraiment! Je ne dis pas que je n’ai pas eu des différends, mais j’aime bien tout le monde… et puis, je dois manger, vous comprenez. Sinon, je citerai quand même Kevin O’Neil (Marshal Law, League of Extraordinary Gentlemen), un type adorable, un génie, et feu Martin Emond (Accident Man), un dessinateur exceptionnel. Il y a aussi le meilleur dessinateur nigérien, Morak Oguntade (Coffin).

Quels sont les comics sur lesquels vous avez eu le plus de plaisir à travailler ?

Tous. Enfin, en gros, j’aime tout ce que j’écris, mais il y a des moments d’adéquation parfaite où je m’épanouis particulièrement. De toute manière, si je n’aime pas quelque chose, je ne peux pas faire un bon travail. Cela rejoint ce que je disais avant, sans âme ou ressenti, on ne peut rien donner de percutant, de vivant ! Je ne peux pas sortir des séries à la chaîne, je dois les vivre, je dois les expulser de moi-même.  Sinon, pour répondre : Marshal Law et Charley’s War.

Vous semblez obsédé par la guerre et la religion et peu attiré par les histoires plus classiques de bastons entre capes et collants, à quoi attribuez-vous cela ?

En fait, je suis contre toute forme d’autorité tyrannique qui déshumanise les gens, et qui leur enlève le pouvoir de décision. Bien entendu, cela cible directement les gouvernements et la religion. J’ai beaucoup de mal avec l’autorité. Cela va du petit patron qui harcèle ses employés aux gros PDG qui broient des milliers d’employés sans sourciller.
En ce qui concerne les super-héros classiques, écrire ce genre d’histoire ne m’intéresse pas. La bande dessinée est une forme d’art, une forme de culture qui doit raconter des choses intéressantes ou du moins qui stimule une fibre chez le lecteur, même si c’est de la haine ou du désaccord. Imaginer des histoires de clowns costumés qui se tapent dessus sans cesse me fait… chier, je trouve ça minable et sans prise de risque. C’est d’une aridité intellectuelle qui me révulse.  Nan, vraiment, je ne supporterais pas de travailler comme ça. Répéter sans cesse les même schémas, faire semblant d’innover, de changer en faisant la même chose. C’est à cause de ce genre de conneries que des comics magnifiques ont disparu, des comics intelligents, drôles et… puissants. Je me souviens des Creepy et des Eerie, la période E.C. Comics avec un souci du détail et du cynisme qui vous remuaient la cervelle.

L’humour revient clairement dans la plupart des séries, il ne se cantonne plus aux courants marginaux. Est-ce un de vos chevaux de bataille ?

L’humour fait partie de notre perception de la vie. L’humour nous rend humain ! J’ai toujours utilisé l’humour ; Rien ne rythme mieux une histoire que des pointes d’humour bien appliquées. Les artistes ont moins peur de l’humour maintenant. Ils se décrispent et c’est plutôt bien ; mais on rejoint aussi le problème du « sombre », les grosses compagnies gardent une main de fer sur ce que l’on peut dessiner ou écrire !

Vous partez sur une île, quels sont les comics et les livres que vous emportez ? Pourquoi ?

Les Livres
- The Origin of Consciousness in the Breakdown of the Bicameral Mind par Julian Jaynes.
Un vieux livre de science-fiction, très épais, et que je n’ai jamais eu le temps de lire. Je me suis surtout marré en imaginant l’éditeur convoquer son auteur/scientifique et lui dire :

 — Salut Julian, dis-moi, ton bouquin est génial, mais tu ne pourrais pas raccourcir le titre un petit peu ? Il y a moyen d’en vendre plusieurs milliers !
 — Non. Jamais. C’est mon titre.
 — Très bien.
Et l’éditeur ajoute dans sa tête : On va en imprimer 500, avec un peu de chance, on en vendra 200…

- La biographie de Bismarck, par Emil Ludwig. J’adore les biographies, j’en lis depuis que j’ai dix ans. Elles sont remarquablement bien écrites, et celle-ci est un must.
White Goddess de Robert Graves. J’adore sa réflexion sur la nature des mythes et leur évolution.
- Au moins un Bukowski, même si j’ai du mal avec ses livres. Il a une poésie franche qui me touche.
Les Rats de James Herbert. Du bon bouquin de base que tu ne te lasses jamais de lire et relire.

Les Comics/Bande-Dessinées
- Une des miennes. Peut-être un Marshal Law.
- Requiem. Je ne me lasse pas de regarder les dessins.
- Un Métal Hurlant. J’adore ce magazine. Il bouillonnait d’idées et de talents.
- Un Caza, un Druillet et un Bilal. Je suis sûr de ne pas être déçu.

Comment concevez-vous votre carrière débutante dans le roman ?

C’est une autre forme d’écriture qui me change beaucoup du support classique avec les dessins pour porter mes histoires. J’aime bien, mais je dois admettre que je suis assez irrité par la conduite de certains éditeurs qui ont mon deuxième roman Marshal Law dans les mains depuis deux ans et qui n’en font rien. C’est un support intéressant, mais je ne dispose pas d’autant de pages que je le voudrais, et je me dois de soigner le rythme qui reste très soutenu. Je manque presque de place. Dans un roman, je dois tout décrire, tout expliquer, il n’y a pas de dessins pour m’aider. C’est un exercice complexe.

Pour finir : Qu’écoutez-vous comme musique ?

- Berlioz : La Symphonie Fantastique ;
- Mozart : Le Requiem ;
- Du Chopin.
En fait, en musique classique, je m’intéresse aux «rockers » de l’époque, ceux qui ont cassé les genres et révolutionné leur temps.
- J’aime beaucoup la B.O. de Underground, et la musique gitane de Serbie en général. Elle dégage une forme complexe d’espoir, d’énergie et de misère.
- Les Dubliners et la musique irlandaise en général. Beaucoup d’émotion, beaucoup d'entrain aussi.
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