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La dernière folie d'Aguilera

Juan Miguel Aguilera (né à Valencia en 1960) est dessinateur industriel. Son premier récit de science fiction, Sangrando correctamente (En saignant correctement), publié dans la revue Nueva Dimensión, fut le début d’une collaboration avec Javier Redal qui s’est avérée très fructueuse pour la science fiction espagnole moderne.
Aguilera, qui connaît un franc succès auprès des critiques et du public, a déjà été lauréat de nombreux prix littéraires en Espagne mais aussi en France. Au diable Vauvert a publié La folie de Dieu, Rihla, Mondes et démons et Le sommeil de la raison, paru en novembre 2006.
Par Emmanuel Beiramar | 'La dernière folie d'Aguilera
29 novembre 2006 | Mis à jour 29 novembre 2006
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Comment est né Le sommeil de la raison ?

J'ai cherché à faire le portrait d'une confrontation entre le monde de la raison et celui de la magie, la superstition. La Renaissance et le voyage entrepris par Charles Quint étaient un décor parfait pour décrire ce choc entre avec la naissance de l'humanisme et les restes du Moyen-Âge.

Il semble y avoir une progression chronologique dans vos romans (XIVe, XVe et maintenant XVIe siècle). Est-ce volontaire ou simplement le hasard ?

Javier Negrette a remarqué la chose. Je lui ai dit en plaisantant que le suivant se passerait au XVIIe. Les deux premiers romans décrivaient des voyages dans deux directions opposées. La folie de Dieu, qui se passe au XIVe siècle, décrit le voyage d'un européen qui découvre l'orient. Rhila parle d'un voyage vers l'ouest, de la découverte de l'Amérique avant Christophe Colomb. Ces siècles sont des époques de découvertes, des conquêtes et le but de ces deux romans est de décrire la rencontre entre deux mondes, deux façons de l'appréhender.
Le XVIe siècle est le cadre idéal pour Le sommeil de la raison, pour parler de cette confrontation entre la magie et la raison. C'est donc un pur hasard si tous ces romans se suivent.

Pourquoi avez-vous tenu à inclure de la magie dans votre récit au lieu d'en faire un roman historique classique ?

Certains défendent une position réaliste dans le roman historique ; une sorte d'intégrité dans les faits du récit.  Faire intervenir la magie dans l'histoire est pour moi plus fidèle à l'esprit de cette époque car les gens croyaient vraiment aux sorcières, au pacte avec le démon, etc.

Quelles difficultés avez-vous rencontré lors de votre recherches ?

J'ai dû faire beaucoup de recherches ne serait-ce que pour présenter la magie d'une façon crédible. Parallèlement à cela, il fallait que toute la partie historique du roman soit totalement inattaquable. Il fallait donc, comme pour un tour de magie, l'entourer de preuves tangibles.
Je me suis beaucoup documenté sur Luis Vives, l'humaniste de Valence, qui fut ami d'Erasme et  de Thomas Moore. Valence conserve une quantité importante de documents, de lettres.. J'ai pu y distingué, à travers tous ces détails, la personnalité de Luis, avec ses qualités, ses angoisses, etc.
Pour l'autre personnage du roman, Céleste, j'ai fait des recherches sur la sorcellerie, son origine chamanique, les techniques de création de potions, les ingrédients ainsi que sur l'évolution entre l'église et la sorcellerie. Les rapports de l'église avec la sorcellerie avaient considérablement évolué depuis le Moyen-Âge.

Vous semblez avoir pris plaisir à combler les trous dans l'Histoire.

N'importe quel lecteur pourrait suivre le voyage de Charles Quint en Espagne à travers des carnets de voyage. La plupart de ce qui se passe dans le roman est réellement arrivé. La scène où le bateau des chevaux et des prostitués brûle s'est vraiment passée. Un bateau est parti du port hollandais et il a pris feu en pleine mer sans que l'on sache pourquoi. J'y ai juste ajouté une interprétation magique.
Le lecteur qui ferait la démarche de comparer les faits du roman aux faits historiques constaterait que ce qui semble imaginaire dans le roman est tout à fait vrai.
La flotte s'est réellement perdue et a fini par se retrouver près d'un petit village d'Asturie. Les villageois, qui ont vu arriver une flotte gigantesque, ont cru que les anglais attaquaient et ils se sont mis en devoir de défendre leurs terres, armés de batons, de fourches, etc.
A un autre moment, le roi est enlevé pour assister à un rituel. Cela correspond à une période où le roi fut réellement malade et qu'il ne sortit pas de ses quartiers durant plusieurs jours.

Le roman évoque une époque troublée, une période de conflits d’intérêts, religieux. Il est aisé de faire un parallèle avec notre époque actuelle…

Il y a quelque chose qui est très claire pour moi : Quand on écrit de la fantasy, qu'il s'agisse d'un roman historique ou d'un récit de SF qui se déroule dans un lointain futur, on parle toujours de notre réalité, de notre époque. L'avantage du roman historique, de la fantasy, c'est que l'on peut choisir une époque historique qui nous permet de parler avec plus de forces de notre présent.

La raison serait donc actuellement en sommeil ?

Notre époque est scientifique. On pense que c'est la raison qui domine mais pourtant il y a des sectes qui tentent de communiquer avec des extraterrestres, d’autres dont les adeptes se suicident en masse, et l'intégrisme religieux est au plus fort. En fait, cette confrontation entre la magie et la raison est une constante de l'être humain. La science peut apporter de nombreuses réponses mais les êtres humains ont tendance à interpréter les choses avec l’aide de la magie, du surnaturel.
J'ai articulé mon roman autour de ce thème : la double vision que l’on peut avoir du monde. Luis Vives est considéré comme un précurseur de la psychanalyse. Il est le premier à faire mention, dans son œuvre principale, Le traité de l'âme, des liens entre odeurs et souvenirs par exemple. Il pensait parler de l'âme mais en fait il parlait de l'esprit humain, des siècles avant Freud. Par exemple, ce que Freud appelle le Surmoi, Vives en parlait déjà quand il annonçait que l'âme peut faire abstraction de certains moments douloureux.

Il est question d’une autre réalité dans Le sommeil de la raison. On pense forcément à Cervantès et son Don Quichotte…

C'est une époque passionnante. Une étude intéressante mais pas forcément crédible dit que Cervantès s'est inspiré d' Ignace de Loyola pour créer le personnage de Don Quichotte. Ignace était un grand fan de la littérature de chevalerie avant de virer totalement et de créer l'ordre des jésuites. Don Quichotte est une œuvre cruciale. Cervantès y parle de logique et de magie. C'est le moment où l’on décide que la magie et les romans de chevalerie ne sont que pour les illuminés, tels que Don Quichotte.

Ses paroles semblent avoir été écoutées. En 2001, vous étiez surpris que Le Monde vous demande une interview, ce qui n’était jamais arrivé avec un journal national espagnol. La donne a-t-elle changé depuis ?

Oui. El Mundo a parlé de mon dernier roman. Cela change grâce à quelques auteurs qui s’intéressent au fantastique, à l'aventure... Arturo Pérez Reverte par exemple. Il est académique et pourtant il écrit des romans d'aventures. En Espagne, il y a une tradition qui dit que la véritable littérature doit être difficile, lourde, douloureuse même.
Il y a eu dernièrement une convention d'auteurs de la vieille garde espagnole. Ils en sont arrivés à la conclusion que la littérature n'avait pas être divertissante. Ils s’étaient rendus compte qu'ils avaient de moins en moins d'emprise sur les lecteurs à cause du nombre grandissant d'auteurs écrivant de la littérature de divertissement.

Depuis quelques années, on voit émerger des auteurs comme vous, Javier Negrette et des réalisateurs tels que Jaume Balaguero, Alejandro Amenabar, Alex de la Iglesia… l’imaginaire serait-il enfin reconnu en Espagne ?

Oui ! Il y a une ouverture pour des œuvres liées à l'imaginaire après une période sombre. Je pense notamment au Labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro, qui est mexicain mais dont le film est tourné en espagnol. Dans les années 70, l'Espagne était réputée pour ses films fantastiques, qui n'étaient pas super bons mais tout de même connus.

Avez-vous vu Le Labyrinthe de Pan ?

Non pas encore. Guillermo del Toro est un ami. Il m'a parlé du film il y a un an. Je pense que Le labyrinthe de Pan va faire changer les choses, contrairement à Alatriste qui n'a pas tenu ses promesses.
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