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Gérard Klein : Ici et Maintenant

Gérard Klein est né à Neuilly en mai 1937. Il publie son premier texte en 1955 dans la revue Galaxie. Une multitude de romans  (Le Sceptre du hasard, Les tueurs de temps, Le gambit des étoiles, Les seigneurs de la Guerre, La loi du Talion...) et nouvelles suivront, jusque dans les années 70.
En 1969, il crée la plus prestigieuse collection de SF française, Ailleurs et Demain aux éditions Robert Laffont. Collection qu’il dirige encore aujourd’hui parallèlement à celle du Livre de Poche.

Monument de la SF française, il était logique que Fantasy.fr s’intéresse à lui via une interview dans laquelle votre serviteur a quelque peu été malmené.
Par Emmanuel Beiramar | 'Gérard Klein : Ici et Maintenant
8 novembre 2006 | Mis à jour 8 novembre 2006
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Qu’est ce qui vous a amené à la science-fiction ?

J'en ai lu tout petit : Le Monde Perdu de Conan Doyle, les romans de Sciences et Voyages dans une collection avunculaire, puis j'ai découvert le Rayon Fantastique et Présence du Futur avec un enthousiasme inégal selon les titres. Le Fleuve Noir aussi mais ce n'était pas la même chose. Mes plus grands souvenirs : les Chroniques Martiennes et le Monde du Non A (ainsi que la Faune de l'espace).

Vous avez créé la prestigieuse collection Ailleurs et demain en 1969, vous dirigez celle du Livre de poche, qu’est-ce que cela fait d’être un grand nom de l’édition française et plus particulièrement d’être considéré comme l’un des "papes" de la SF en France ?

Aucun effet particulier. J'ai fait ce que j'ai pu.
Par ailleurs je trouve l'épithète de "pape" particulièrement stupide. Pour autant que je sache, la science-fiction n'est pas une religion. Je n'ai pas été élu par un collège de cardinaux. Et s'il y a d'autres papes, il doit y avoir une hérésie quelque part. Par pitié, épargnez-nous ces clichés de journalistes qui n'ont aucune consistance.
Peut-être pouvait-on dire d'André Breton qu'il était le pape du surréalisme parce qu'il excommuniait à tour de bras. Pas moi.

Vos collections renvoient une image assez élitiste de la SF. Est-ce une image qui vous convient ?

Certainement pas.
D'abord qu'est-ce que ça veut dire "élitiste" ? Un autre cliché?
Pour autant que je sache, on ne demande pas aux lecteurs des collections que je dirige s'ils ont une particule, fait une grande école ou disposent d'un compte en banque bien approvisionné.
Depuis le début, (voir Fiction) j'ai défendu le point de vue que la science-fiction était une littérature qui n'était pas inférieure en valeur et dignité par nature à d'autres espèces littéraires. Je me suis donc efforcé de promouvoir et de publier ce qui correspondait à cette conception. Je ne prétends pas y être toujours parvenu : par exemple pour être clair, je ne suis pas particulièrement fier des préquelles de Dune que je publie et qui semblent correspondre à un public.
Mais la médiocrité d'une grande partie (la grande majorité) de ce qu'on publie sous le nom de science-fiction me déprime parce que cela alimente le courant très vivace qui continue à mépriser dans son ensemble cette espèce littéraire.

Quel est l’auteur que vous avez découvert dont vous êtes le plus fier ?

Il n'y en a pas un mais dix ou cinquante : Dick, dont j'ai été le tout premier éditeur, Herbert, Jeury évidemment, largement Brunner, Simmons même s'il avait publié un roman chez J'ai lu, ce que j'ignorais. Voyez la liste des ouvrages à la fin de la plupart des volumes d'Ailleurs et demain et faites votre choix.

Lequel auriez-vous souhaité découvrir ou publier ?

Quelques uns de ceux qui ont été publiés avant la création d' Ailleurs et demain, le meilleur Bradbury, Bester. Le meilleur Lovecraft. Liste non limitative.
Je regrette un peu d'avoir laissé passer Les dieux eux-mêmes d'Asimov qui m'avait été proposé et dont j'aime bien La fin de l'éternité. Le reste d'Asimov me semble assez médiocre et me laisse très indifférent.

Quel regard portez-vous sur le monde de l’édition aujourd’hui ?

S'il s'agit de l'édition en général que je connais mal car je ne fréquente guère ce milieu, il me semble atteint d'une mercantilisation croissante. Il ressemble de plus en plus à la production de télévision : l'œuvre disparaît derrière le produit. Et il y a encore plus de livres-réalité que de télé-réalité.
Cela dit, cette opinion est à relativiser car après tout, cette disposition est ancienne et on n'aurait guère de mal à en trouver des exemples pour le XIXe siècle. Néanmoins, les précédents anglo-saxons avec leurs concentrations frénétiques de l'édition et de la distribution, en passe d'être imités ici, sont inquiétants.
Je n'invoque pas ici  je ne sais quelle supériorité métaphysique de la littérature sur les autres produits nécessaires à la vie ou l'agrémentant, mais l'idée que la production d'une œuvre, quelles que soient son ambition et son niveau, est nécessairement artisanale, ce que n'est pas un produit industriel qui peut être du reste de haute qualité.
Un humain, ou deux ou trois, se retrouvent devant du papier. Il en sort ce qu'ils peuvent. Mais c'est ensuite que les choses se gâtent : que des textes aussi inexistants que ceux de Sulitzer, Lévy ou Brown, entre cent autres,  deviennent l'aliment intellectuel de masses ne peut que signifier la médiocrité de ces populations et y contribuer.

Et qu'on n'accuse pas le capitalisme libéral. Les fascismes staliniens et hitlériens n'ont pas laissé de grandes contributions à la culture sauf au travers de leurs opposants et dissidents. Dans nos sociétés du moins, on peut publier ce qu'on veut pour autant qu'on en trouve les moyens. L'ennemi de l'auteur au sens fort n'est pas ou plus ici la censure mais l'océan de médiocrité et de vulgarité dont il se trouve environné et dans lequel il est vite noyé. En un sens nous sommes dans le Fahrenheit 451 de Bradbury. Mais contrairement à sa vision naïve, trop proche des autodafés nazis et soviétiques, il n'est plus nécessaire de brûler les livres. Il suffit de les pilonner après retour au bout de six semaines. Maintenir un titre en vie tient de l'exploit.

Ma visite de nombreux "espaces culturels" et l'exploration de multiples sites internet et autres blogs alimentent mon pessimisme. Je pourrais écrire une thèse sur le sujet mais je vous l'épargnerai.
On considère les libraires indépendants, eux-mêmes en voie de raréfaction, comme des champions de la diversité et de la qualité. Mais visitez les : ils vous proposeront plus facilement un Christine Angot ou un  opuscule d' Amélie Nothomb  qu'un Banks ou un Simmons. A de très rares exceptions près.
Pour prendre un exemple, la musique classique (y compris contemporaine) et le jazz représentent environ 5% de ce qui est diffusé aujourd'hui dans le domaine musical. Autant dire qu'ils sont menacés de disparition.
Je ne stigmatiserai pas l'ensemble du reste dont j'apprécie certaines manifestations. Mais en moyenne, son espérance de vie est celle d'une boîte de mouchoirs en papier. Ce qui est l'opposé même de la notion de culture qui repose sur une certaine pérennité. Umberto Eco, entre autres, a écrit sur le thème des choses bien plus pertinentes que je ne serai capable de le faire.

En ce qui concerne la science-fiction (et la fantasy), j'ai dit dans le dossier de Bifrost ce que je pensais d'une situation de surproduction effarante qui écrase la qualité et l'originalité sous la vulgarité et la répétition et qui ne peut mener qu'à une catastrophe. Cela dit, la sf est un phénix et je ne doute pas qu'elle survivra à la crise probable.

Si vous aviez un conseil à donner à un jeune éditeur ou directeur de collection, lequel serait-il ?

De chercher un autre métier, ou s'il n'en est vraiment pas capable, de se trouver un conjoint riche ou fonctionnaire.

Quels sont vos projets ?

Pour les collections, continuer dans le même esprit aussi longtemps que Dieu et les directeurs de maisons d'édition qui sont ce qui s'en rapproche le plus m'en donnent les moyens.
Quelques nouvelles ; un recueil de nouvelles ; si possible quelques recueils d'articles, de préfaces et d'essais sous la forme de livres, sachant que nombre de ces textes sont accessibles sur le site de 42.
Il y a aussi un roman sur la vie artificielle partiellement écrit et quelque peu en rade. Il me manque une muse.
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