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Serge Lehman : En route pour l'Aventure

Serge Lehman a été pendant 10 ans l’un des chefs de file du renouveau de la SF française en littérature.  Anthologiste, critique, novelliste et romancier, ce touche à tout de l’imaginaire a été même scénariste pour le cinéma et la BD. Après une longue absence du milieu, il a comme le père noël effectué un retour en fin d’année dernière. Pourquoi ? Comment ?

Par Nev | 'En route pour l'Aventure
4 avril 2006 | Mis à jour 28 octobre 2008
Serge Lehman : En route pour l'Aventure
Serge Lehman : En route pour l'Aventure
Serge Lehman : En route pour l'Aventure
Serge Lehman : En route pour l'Aventure

Serge Lehman, vous nous revenez après de longues années d’absences par un recueil de nouvelles chez l’Atalante, Le Livre des Ombres. Qu’est-ce qui a motivé votre retour, sous cette forme et chez cet éditeur ? Et est-ce vraiment un retour ? Et si oui, vers quoi ?

Très bonne question : est-ce un retour ? Je n’en sais rien. Je l’espère. Autre très bonne question : vers quoi ? Là non plus, je n’ai pas de réponse. Le fait même de revenir à la surface a été rendu possible par l’absence de toute considération sur le futur, ce qu’il faudrait faire, ce qu’il serait bien de faire. Je suis sorti de ces " longues années d’absence ", comme vous dites, dans un état étrange qui m’interdit, en gros, toute planification en ce qui concerne l’écriture. Je reprends plaisir au texte et, pour l’instant, je me contente de ça, c’est plus que je n’osais en demander il y a encore un an. Le Livre des Ombres, chez l’Atalante, c’est un vieux projet, un contrat  signé au tournant du siècle et que je n’ai pu honorer à l’époque. Je le fais maintenant, avec beaucoup de gratitude à l’endroit de Pierre Michaut et Mireille Rivalland. Quant à la nature même de ce livre, elle présentait à mes yeux un double avantage : rassembler une partie de ma production des années 90, à laquelle je tiens beaucoup, et ne pas m’obliger à écrire trop à un moment où je n’en étais pas capable.

Ces dernières années, le public SF&F a surtout vu votre nom associé à des essais, des articles (Europe), des préfaces et des postfaces. Pourquoi ce départ aussi violent et radical de la fiction ?

Je n’y arrivais plus, vraiment. Il y a un texte sur Abraham Merritt ­ je ne sais plus où il a été publié ­ qui raconte à peu près l’histoire suivante : Merritt était un auteur extrêmement fertile jusqu’au jour où, de son propre aveu, il s’est rendu compte qu’il ne savait plus s’il devait faire entrer ses personnages par la fenêtre ou par la porte. Il se disait frappé d’Alzeimer littéraire. C’est en gros ce qui m’est arrivé à la fin 2001. A un moment, l’acte de concevoir et d’écrire une fiction, si simple soit-elle, a perdu tout caractère spontané à mes yeux et j’ai dû y renoncer.

Dernièrement, vous avez abordé l’expérience cinéma en scénarisant Immortel d’Enki Bilal. Que pouvez-vous nous dire de cette expérience, tant d’un point de vue personnel que professionnel ? Y en aura-t-il d’autres ?

J’ai énormément appris en travaillant aux côtés d’Enki, en 2000-2001 ; ce fut un privilège. Mais sa liberté, son talent m’ont renvoyé, par contraste, une image assez désastreuse de ma façon d’écrire dont la crise d’inspiration que j’évoquais il y a un instant a été la conséquence logique. C’était très comparable à séjourner dans l’atelier d’un maître-peintre de la Renaissance. On ne sort pas indemne d’un tel apprentissage. J’ai mis trois ans à métaboliser ce que j’avais reçu.

Vous avez également fait un crochet par la BD, avec Philippe Druillet. Pareillement, y aura-t-il d’autres expériences de ce type ?

Je l’espère mais je préfère vraiment ne pas en parler.

D’une certaine manière, vous vous êtes lancé dans bien des médias, mais toujours dans l’imaginaire. Avez-vous trouvé une forme narrative qui vous convienne mieux qu’une autre ? On a toujours dit que la SF était une littérature d’idées, mais aussi d’images, est-ce que la case de BD, l’image prisonnière, ou les 24 images seconde du cinéma vous apparaissent aujourd’hui plus adaptées à votre imaginaire que les 26 symboles de l’écrit et la poignée de signes de ponctuation qui va avec ?

Je ne sais pas. Dans tous les cas, même s’il y a un désir d’images au départ, comme dans le cinéma ou la BD, l’origine ­ pour moi ­ est quand même dans les mots. Ça commence là, ça se travaille là. Tout me convient du moment que je peux travailler les mots comme je l’entends.

Nombreux sont les auteurs qui ont quittés nos contrées pour aller faire un détour du côté du polar, de la blanche ou du roman paysan. Avez-vous des envies d’autres genres que ceux de l’imaginaire ? Est-ce par souci d’éclectisme ou par envie de reconnaissance ?

Je ne me pose plus la question des genres. C’est un problème de marketing mais sur le plan créatif, la distinction n’est pas pertinente. Toute mon esthétique personnelle, et une partie de mon éthique personnelle, ont été forgées dans le creuset du fantastique et de la SF. Il y a là un frisson, un sentiment d’étrangeté devant la vie qui possède à mes yeux le caractère d’une propriété vitale, littéralement. Mon but aujourd’hui est de cultiver ce frisson, ce sentiment, pour lui-même, sans tenir compte des étiquettes éditoriales. Ce n’est que lorsque le texte est fini qu’on peut se demander s’il faut le labelliser.

Est-ce que ces différents passages étaient nécessaires pour qu’un jour vous reveniez aux romans ? Etes-vous finalement le prototype du héros qui se doit de passer par l’eau et le feu pour avancer ?

Oui (rires).

Pouvez-vous nous en dire plus sur vos projets ? Où en sont les Chroniques de l’Eschaton devant paraître chez Rivière blanche ? Qu’en est-il de tous les romans dont on entendait parler au siècle dernier, au Diable Vauvert, chez Ailleurs & Demain ? Quid de Faust ? Aurons-nous jamais la fin de cette saga ? Et d’ailleurs, maintenant qu’on en parle, pourquoi cet absence du milieu ? Tout semblait vous sourire. Que s’est-il passé ?

L’Eschaton avance lentement, mais avance. Les problèmes littéraires sont assez comparables à ceux du Livre des Ombres ­ en plus bizarre encore. Pour le reste, je ne veux plus rien annoncer. Je crois qu’à la fin des années 90, j’ai beaucoup trop promis. Partir à l’aventure, ne pas savoir, est plus sain et surtout plus motivant.

Lorsque vous avez fait cette interruption momentanée du son et de l’image, la SF était sur le déclin. Vous nous aviez cependant offert une superbe anthologie, Escales sur l’Horizon, qui a failli nous faire croire à des lendemains qui chantent, et la série FAUST, sous la direction de Jacques Baudou du Monde. Malheureusement, la collection Anticipation du Fleuve Noir s’est arrêtée au n° 2001, Présence du Futur à cesser de battre, et depuis le début de ce nouveau millénaire, la SF, sous sa forme de nouvelle ou de roman, a bien du mal. Pensez-vous que ce ne soit qu’une phase, un cycle ?

L’histoire éditoriale de la SF en France a toujours eu cette allure-là : une suite d’oscillations violentes sur une courbe. Quand on atteint le point le plus bas, en général, il se trouve toujours une poignée de cinglés pour décider que ça suffit, qu’il est temps d’inventer quelque chose de nouveau, de relancer la machine. Ça dure quelques années et puis ça s’inverse à nouveau. Mais je ne veux plus m’occuper de cet aspect des choses. J’aime toujours infiniment le genre, je guette son évolution, j’essaie de le respecter quand j’écris mais je ne suis plus à son service.

Que pensez-vous de l’essor de la Fantasy dans notre pays ces dernières années ? Est-ce un genre qui vous intéresse, que vous aimeriez aborder, ou que vous lisez tout simplement ? Pensez-vous que son essor soit lié au déclin de la SF, qu’elle est responsable de ce déclin comme on a souvent tendance à le lire, ou que là aussi nous sommes dans une phase, un cycle ?

Franchement, je n’en sais rien. Je n’ai jamais été un grand lecteur de Fantasy, hormis les classiques, et comme je l’ai dit, j’en ai fini avec la stratégie éditoriale, c’est une chose qui ne m’intéresse plus vraiment. Ecrire de la Fantasy, pourquoi pas ? Mais encore une fois : pas de manière délibérée. La façon la plus saine de mener le processus est plutôt d’ordre inverse : écrire d’abord, sur des critères exclusivement littéraires, et réaliser ensuite ­ s’il y a lieu ­ qu’il s’agit de Fantasy.

Vous liez tous vos textes sous un même univers. Avec votre retour sur la scène, on se prend à croire que certaines pistes que vous aviez lancée vont désormais trouver leur conclusion chez un éditeur ou un autre. Comment comptez-vous vous en sortir, narrativement, pour que cela ne soit pas trop artificiel ? Saviez-vous depuis le départ où vous alliez ou inventiez-vous au fur et à mesure ?

Si vous n’avez pas trouvé Le Livre des Ombres trop artificiel, la suite devrait vous agréer. Les nouvelles et novellas du recueil appartiennent, c’est vrai, au même univers géant que les F.A.U.S.T. ou Aucune étoile aussi lointaine. Je le savais depuis le début même j’ignorais que j’aurais un jour à inventer un monde plein d’hommes-mères et de cristaux narratifs pour traiter cet univers comme une légende oubliée (ce qu’il est aussi dans les faits, c’est ça qui est beau). J’espère parvenir à regrouper la grande histoire à partir de ce principe dans les années qui viennent ; mais je peux y renoncer si ça commence trop à ressembler à du travail. Au-delà d’un certain seuil, la littérature ne peut pas être autre chose qu’une aventure.
 
Merci

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