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Stéphane Marsan : Dix ans d'édition

Né en 1970, Stéphane Marsan a fait des études de philosophie. Il a découvert l’édition par le jeu de rôle avant de fonder les éditions Mnémos en 1995, puis les éditions Bragelonne en 2000 avec Alain Névant, dont il est le directeur littéraire et éditorial (de Bragelonne, pas de Névant, 'faut suivre un peu !). Il a également dirigé une anthologie et commis neuf romans. Le Monde a dit de lui qu’il avait lancé l’école de fantasy française. A l’occasion de ses dix ans d’éditeur, Fantasy.fr a eu envie de lui payer un coup…
Par Emmanuel Beiramar | 'Stéphane Marsan : Dix ans d'édition
16 janvier 2006 | Mis à jour 16 janvier 2006
Stéphane Marsan : Dix ans d'édition
Stéphane Marsan : Dix ans d'édition

Pourquoi et comment es-tu devenu éditeur ?

Par hasard. J’étais rôliste et en 1992 j’ai rencontré dans une boutique les gens qui venaient de créer MultiSim, boîte de jeu de rôle aujourd’hui défunte. J’y suis allé avec mon petit scénario sous le bras et j’ai eu la chance d’être accueilli dans leur équipe comme rédacteur et correcteur. Là j’ai découvert la chaîne graphique (mais comment qu’on fait des livres ?) et le travail en équipe, les nuits blanches, les brainstorms etc. Du coup j’ai laissé tomber l’agreg de philo et j’ai opté pour ce mélange d’édition et d’écriture. J’avais toujours voulu devenir écrivain (enfin, après dessinateur de BD et cinéaste…) et cette expérience sur le terrain, les coups de bourre, la création imaginaire en direct, l’élaboration conceptuelle et matérielle des bouquins, les illustrateurs, la mise en page, le choix du papier, les réflexions sur le prix, la cohérence d’une gamme… Tout ça m’a passionné instantanément.
Puis, en 1995, j’ai suggéré à cette équipe de publier des romans adaptés des univers de JDR que nous avions créés. On m’a répondu : bonne idée, fais-le. Et hop, Mnémos, dont j’ai été le fondateur et directeur jusqu’en 2000. Editeur en un quart d’heure ! Bon, OK, après je me suis rendu compte que c’était un peu plus compliqué…
Là, nouveau coup de bol : je rencontre Mathieu Gaborit, qui me parle d’un projet de roman, un matin, dans un café de l’Odéon, à Paris. Je lui dis qu’on va d’abord se concentrer sur l’adaptation de JDR, mais je veux bien jeter un œil… Deux jours plus tard, il me raconte Souffre-Jour et m’en fait lire la première page. Fasciné, je décide de le publier tout de suite. Ce sera le premier roman chez Mnémos et – j’étais loin de m’en rendre compte – le lancement de la Fantasy française.
A ce moment-là je n’avais pas conscience d’être éditeur. D’abord, j’avais raison, parce que j’ai tout appris en cours de route et j’ai fait toutes les erreurs possibles. Ensuite, j’ai toujours eu du mal à m’intituler tel en raison du prestige attaché à cette profession et que je ne crois pas mériter : les circonstances dans lesquelles je suis entré dans ce métier, mon ignorance initiale de cette activité et de ce milieu, le décalage de la Fantasy vis-à-vis du monde littéraire m’ont donné l’impression durable d’être là par hasard, voire par erreur. En cela, je suis certainement marqué par une éducation prônant la compétence et le perfectionnisme, tandis que mon attitude actuelle est tout autre : je pense aujourd’hui qu’il faut essayer de faire de son mieux, et basta !
Certes, au bout de 10 ans, le travail accompli forme quelque chose de consistant et me renvoie l’image d’un éditeur. Bref, c’est comme ça que les gens me désignent, alors bon... admettons !

Ta perception du milieu de l’édition a-t-elle évolué en 10 ans ? Le monde de l’édition lié à l’imaginaire te parait-il avoir changé ?

Le milieu, je l’ai découvert en chemin et je n’en ai encore qu’un aperçu. J’ai la chance d’avoir été accueilli par des gens très gentils qui pour la plupart ne sont pas des "chefs de maison" : des gens qui s’occupent des droits étrangers, de la fabrication… des petites mains dont le travail n’est pas suffisamment reconnu et qui pourtant font manger les "éditeeeeurs" comme disait Céline. Je suis aussi très fier et très redevable d’avoir été considéré par des aînés qui m’ont conseillé et aidé, tels que Pierre Michaud (L’Atalante), Jacques Goimard (Pocket SF), Marion Mazauric (J’ai lu), Yvonne Maillard (Denoël), Patrice Duvic (Pocket Terreur)…
A part ça le milieu de l’édition m’inspire la plus grande méfiance, une méfiance de classe : on n’est pas du même monde. Je n’ai du reste pas vraiment envie d’y rentrer, étant marqué du sceau de l’infamie : je fais dans l’imaginaire, c’est pas sérieux, vous comprenez. Ce mépris est insupportable.
Le milieu, je m’en fous. En revanche, le métier, lui, est passionnant et tous ceux qui veulent bien m’en faire partager la connaissance et l’expérience m’enchantent.
L’édition d’imaginaire a changé à la fin des années 1990, avec l’apparition de nouveaux et jeunes acteurs, créateurs de revues et de maisons d’édition, aidés par la PAO. Des gens aussi candides et passionnés que moi au même moment. Nombre d’entre eux sont toujours présents (Nestiveqnen, l’Oxymore etc.) et c’est vraiment formidable. Ce qui change aujourd’hui, c’est le réveil de maisons généralistes qui décident de se mettre à la Fantasy. On peut prévoir qu’elles vont se planter en n’y connaissant rien (ce qui serait bien fait pour elles) mais on peut craindre qu’elles aient le temps de concurrencer des petites maisons qui, elles, font du bon travail (ce qui serait extrêmement dommageable).

Parmi tout ce que tu as entrepris en tant qu’éditeur, de quoi es-tu le plus fier ?

D’être interviewé par Fantasy.fr ! Sans blague : rendez-vous compte ce qui s’est passé en dix ans ! Un site français sur la Fantasy, un truc qui s’appelle juste "Fantasy.fr", fondé et animé par des amoureux de littérature, BD, cinoche, séries télé de SF, Fantasy, fantastique etc. Un truc qui ressemble à Starfix, le mag de mon adolescence, que je relisais cinquante fois, tellement c’était trippant d’être "là-dedans". Votre site, c’était inimaginable à l’époque. Bravo !

A part ça ? D’avoir donné un coup de pouce à de jeunes auteurs bourrés de talents. D’avoir permis à plusieurs d’entre eux d’être traduits à l’étranger. D’avoir contribué à l’installation de la Fantasy dans l’édition française. D’être l’éditeur de Ayesha de Ange, un chef-d’œuvre. Les dernières pages de Vestiges d’Arcadia de Colin et de Wonderful de Calvo, qui me font chialer. Et d’avoir les amis que j’ai.

Que détestes-tu dans ce métier ?

La presse. Les grands groupes. Travailler. ;)

Tu as créé deux maisons d’édition. Si Mnémos a su trouver sa place, Bragelonne est devenue en 5 ans une figure incontournable du milieu. Comment expliques-tu ce succès ?

Spontanément, je dirais : la chance. Un réflexe, chez moi. Bon, sérieusement : le grand format, le capital sympathie que les membres de l’équipe avaient gardé de leur précédente activité (Mnémos et SF Mag), des putain de bons bouquins, l’orientation Fantasy clairement et fermement affirmée, un site vivant et complet, un diffuseur adéquat et de qualité, l’illustration de couverture plein pot, le soutien des libraires… Mais le plus important, ce sont les gens. L’édition est la conjonction de personnalités, de compétences, de goûts et d’idées d’une équipe, et c’est chaque membre de Brag qui a suscité ce succès, Alain, Barbara, Dave, Manu, Henri et moi. Tant pis si ça fait démago ; c’est VRAI. Quand je parle de mon boulot, je dis "nous".
La grosse surprise, soyons francs, c’est que Bragelonne soit devenu si vite le premier éditeur indépendant de SF & Fantasy en France, la collec' de référence. Je crois que les autres nous ont aidés en s’endormant un peu, tandis que nous prenions une longueur d’avance sur la Fantasy.

Quelle est la prochaine étape ? Que souhaites-tu réaliser dans les années futures ?

Je suis gourmand et capricieux (fils unique, quoi) : j’ai envie de tout… mais en même temps je suis prudent et angoissé, ce qui me freine. Ce qui m’intéresse, là, c’est d’une part de diversifier nos publications, aborder ou renforcer d’autres genres, combler les désirs d’autres lecteurs… et d’autre part de profiter, à bon escient autant que faire se peut, des moyens que le succès de Bragelonne nous confère, pour faire plaisir et se faire plaisir. Des petites folies !
Un luxe, remarque, serait de retrouver davantage de temps pour lire…

Qui rêverais-tu de publier ?

D’abord, mes auteurs préférés, qui jusque-là sont assez difficiles à vendre. J’ai commencé avec Graham Joyce, j’espère publier un jour prochain Tim Powers, Guy Gavriel Kay, John Crowley… L’essentiel du travail d’éditeur est l’envie de partager l’émotion de la lecture : "J’ai adoré ce roman, je voudrais que d’autres puissent le lire." Tout est là. J’aimerais aussi que Mathieu Gaborit me confie un nouveau roman… et que Fabrice Colin me tire les larmes à nouveau (et pas seulement sur le planning de publication, ha ha).

As-tu l’intention de reprendre un jour la plume ?

Oui. Je travaille sur deux sagas de Fantasy et des romans fantastiques et autobiographiques plus personnels. Mais je manque de temps et quand j’en ai un peu, je préfère lire plutôt qu’écrire. D’ailleurs, quelles que soient mes envies d’écrivain, les dix ans écoulés semblent montrer que l’édition est plus mon truc. Pourtant, chaque matin apporte des surprises. On ne sait jamais.
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