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Ayroles tient le cap sans accroc

Alain Ayroles est né en janvier 1968 à Saint-Céré, dans le Lot. De 1986 à 1990, il étudie la bande dessinée et la communication à  l’Ecole Régionale des Beaux Arts d’Angoulême.
Dessinateur, animateur pour dessins animés, rédacteur et illustrateur dans diverses revues, Ayroles est une personne polyvalente.
En 1995, il signe pour les éditions Delcourt les scénarii de deux séries qui deviendront rapidement cultes : De Cape et de Crocs avec Jean-Luc Masbou et Garulfo avec Bruno Maïorana.
Ayroles travaille actuellement sur plusieurs projets de bande dessinée.
Par La Fantasy Team | 'Ayroles tient le cap sans accroc
10 janvier 2006 | Mis à jour 10 janvier 2006
Ayroles tient le cap sans accroc
Ayroles tient le cap sans accroc
Ayroles tient le cap sans accroc
Ayroles tient le cap sans accroc

Pourquoi avoir choisi cet hommage aux romans picaresques, à la Commedia dell'Arte et en général aux récits fantastiques du XVIIe siècle ?

Tout est parti des romans de cape et d’épées, des films de pirates et de mousquetaires, que ce soit ceux d’Hollywood ou les classiques français des années 60, et du mélange avec Molière pour qui j’ai une affection particulière.

Etes-vous un lecteur fidèle de Don Quichotte, des Pardaillan, et de la Fontaine entre autre ?

Oui et Non. Oui, j’ai lu les grands classiques de cape et d’épées, mais depuis notre travail avec Jean-Luc sur De Capes et de Crocs, j’ai lu beaucoup de bouquins sur le XVIIe ou qui viennent du XVIIe. J'ai lu Boileau, tous les classiques du théâtre que je ne connaissais pas encore. Puis j’en ai vu aussi. Quichotte, Scarron, … J’ai aussi lu le roman de Cyrano de Bergerac, qui est considéré comme un des premiers romans de science-fiction et qui l’est d’ailleurs.

Chacune de vos BD est une production atypique. Dessins superbes, textes remarquables contenant beaucoup de références culturelles. Vous sentez vous en décalage vis-à-vis des BD ou des scénarii actuels ?

Non. Je me sens en décalage quand je vois des gens qui font des produits marketing sans âme. Mais à partir du moment où des gens font un travail d’auteur je ne me sens pas en décalage. Il y a quand même beaucoup de personnes qui font un excellent travail d’auteur, même si ce n’est pas dans le même registre que moi. Mais, à partir du moment où ils y mettent du cœur, ne se moquent pas de leurs lecteurs et mettent vraiment leurs tripes dans ce qu’ils font, je me reconnais dans cette façon d’être. Pour ce qui est de la richesse des dialogues ou de ce genre de choses c’est quand même en constante amélioration en BD parce que de plus en plus d’auteurs essayent de bien écrire ou soignent plus les cadrages au niveau visuel. Il y a de bons dessinateurs aussi qui vont faire des choses plus pictorales ou plus graphiques.
J’ai l’impression que la BD est sur une bonne pente.

On dit que la BD c’est le 9e art mais est-ce, pour vous, un art plus minimaliste, plus simple que les autres ou plus complexe au contraire ?

Je pense que c’est un art qui est beaucoup plus complexe que la plupart des autres arts narratifs. Car il fait appel a des talents différents. Pour faire une bonne BD il faut savoir dessiner, écrire, aussi mettre en scène, faire de bons cadrages, de bons découpages graphiques, il faut aussi avoir des notions de jeux et de direction d’acteurs, car même si ce sont des acteurs de papier, leurs expressions vont beaucoup influer sur le ton des dialogues et c’est une facette très importante de la BD. Cela fait donc appel à des tas de compétences que l’on va retrouver par exemple au cinéma qui est aussi un art narratif. Mais au cinéma cela va être dispatché entre des dizaines de personnes. Alors qu’en BD les collaborations se font rarement à plus de deux. Trois quand il y a un coloriste. Enfin après il y a des gens qui travaillent en studio, mais en général c’est deux auteurs voire un auteur tout seul. Donc il va devoir maîtriser tout ça. C’est donc très complexe. C’est pour cela que c’est difficile de faire une bonne BD. Je pense que c’est aussi pour cela qu’aujourd’hui il y a très peu de critiques de BD qui vont en profondeur parce que c’est extrêmement difficile de décrypter tout le travail qu’il y a derrière et tous les secrets de fabrication d’une bonne bande dessinée.

Par rapport au scénario original de De Capes et de Crocs, quelle part d’improvisation y a t-il dedans ? Etait-ce dès le début très rythmé, très précis ou vous êtes-vous laissé aller comme avec la Commedia dell'Arte?

C’est vrai qu’il y a un côté Commedia dell'Arte jusque dans la façon de travailler puisqu’on bosse sur une trame qui est définie depuis le début mais qui reste très vague. Toutes les péripéties, tous les événements du récit sont plus ou moins improvisés au fur et à mesure de l’avancée des albums. Ce qui fait que De Capes et de Crocs, qui au départ devait faire 3 tomes, en compte 7 aujourd’hui et va certainement en aller jusqu’à 9 à l’arrivée, peut-être 10. Je suis à peu près incapable de me prononcer sur le nombre d’albums car à chaque fois des idées de séquences, des idées de gags viennent se greffer sur l’intrigue principale et rallongent le récit. Ce sont des parenthèses que nous nous amusons beaucoup à réaliser. Le lecteur y trouve son compte, tant mieux.

Il ne s’agit donc pas d’un acte commercial…

Franchement cela m’est arrivé d’avoir dans des salons et des dédicaces d’entendre ça. On serait au XVIIe siècle cela se règlerait sur le pré avec une épée. On fait un boulot d’auteur, point final. Que ceux qui croient que l’on fait un truc commercial aillent se faire (censuré).
Nous faisons un boulot qui est tout sauf du foutage de gueule et ça nous tient à cœur. On y prend du plaisir, on essaye de le transmettre au lecteur et cela n’obéit, en aucun cas, à des contraintes commerciales. La seule concession commerciale que l’on fait sur les albums, c’est la couverture, parce que nous avons envie que les lecteurs ouvrent le bouquin. Et quand je dis concession commerciale c’est simplement que l’on essaye d’avoir une belle couverture attractive, point final.

Etes-vous parfois surpris du développement de l’histoire ou des personnages ?

Oui les développements de l’histoire sont parfois surprenants, car il y a beaucoup de personnages secondaires dont les personnalités s’étoffent au fur et à mesure de l’histoire et qui prennent de plus en plus d’importance. Du coup ils entraînent le récit vers des directions qu’il n’aurait pas dû prendre au départ. Mon souci est de rester cohérent par rapport aux personnages. Même si le récit part dans des directions inattendues, tant que les personnages restent cohérents, on finit par retomber sur nos pattes, parce que c’est crédible, cela tient debout.
Le danger c’est de perdre le rythme et de s’égarer dans des méandres du récit qui n’apportent rien. Mais il y a des moments où on arrive à se surprendre encore. C’est ce qui nous fait marrer et ce qui nous donne envie de continuer. Il y a aussi le fait que, à chaque nouvel album, on se donne des challenges, des gageures à relever. On essaie de mettre la barre un peu plus haut. Un exemple entre autre : jusqu’ici il y avait des tirades en alexandrins, dans le tome sept il y a un duel en alexandrins. Donc avec des contraintes encore plus fortes au niveau de la rime. C’est des défis que l’on se lance. Pareil pour Jean-Luc, il y a des cases qui sont encore plus spectaculaires, encore plus difficiles à réaliser que dans les tomes précédents. Nous essayons à chaque fois d’avoir un p’tit truc en plus qui fait que on tombe pas dans une routine.

A propos des dialogues, est ce que vous les déclamez pour voir s’ils fonctionnent ?

Oui, de toute façon je les relis à haute voix en essayant de les déclamer pour la prosodie, pour la sonorité et la musicalité des vers. C’est vrai que, par rapport à des alexandrins écrits pour le théâtre, c’est très différent. Pour le théâtre cela peut être long. Il n’y a pas une contrainte de place. Dans la BD nous avons un travail beaucoup plus difficile dû à la contrainte spatiale, pour revenir à cette idée que la bande dessinée est un art narratif complexe.
Mettre des alexandrins dans une BD c’est bien joli, mais nous n’avons pas beaucoup de place et douze pieds c’est très long. Cela fait des bulles énormes et c’est très difficile de les caser en une page, donc il est hors de question de faire des vers de remplissage. Le spécialiste, pour ça, c’est Lafontaine. Si vous lisez une fable de Lafontaine, il va passer par des détours qui sont là uniquement pour amener sa rime. En BD vous ne pouvez pas vous permettre ça. Il n’y a pas la place. Donc il faut arriver à trouver du sens à la rime, en très peu de mots, tout en essayant de glisser quelques images poétiques, tant qu’à faire des vers c’est un peu le minimum, et aussi en respectant une prosodie. Mais ce n’est pas toujours faisable. Donc il y a quelques vers dans De Capes et de Crocs qui sont un peu brinquebalants, mais qui respectent les règles de la versification.
Il y a déjà tellement de contraintes dans la BD que celles de l’art métrique ajoutées à celles de la BD donnent des casse-tête quasi insolubles. C’est aussi très exaltant de les résoudre. Si on ajoute, en plus, que la mise en scène doit coller avec les dialogues c’est souvent très difficile.

Les personnages principaux, dans vos BD, sont un loup, un renard, un lapin, une grenouille dans "Garulfo". Avez-vous un animal de prédilection dans cette ménagerie ?

Quand je mets en scène un personnage c’est celui là que je préfère à ce moment là. J’adore mettre en scène Bombastus quand il part dans ces tirades scientifiques extrêmement documentées. J’adore mettre en scène les pirates dans leur panique ou dans leur harangue. J’adore le loup, le renard, le lapin, le méchant, jusqu’aux héroïnes. Si je n’ai pas d’affection pour un personnage, fut-ce le méchant, il n’aura pas de corps ni d’âmes et cela va se ressentir à l’arrivée. A un moment de l’écriture il y a une affection particulière pour chaque personnage. Mais il n’y a pas de personnage préféré qui se dégage de la série. Même si récemment, j’ai eu beaucoup de plaisir à mettre en scène le personnage du caillou qui est très minimaliste, on va dire. Il n’a pas de yeux, pas de bras, pas de bouche. C’est un caillou ! En plus de tout ça nous nous interdisons l’utilisation, pour lui donner des expressions, de tous les codes graphiques : comme les gouttes de sueur ou les spirales sur la tête qui figurent des émotions en bande dessinée. Nous nous autorisions que des codes de mouvement : des petits traits, des choses comme ça, pas de codes émotionnels. On se retrouve avec un personnage qui est inexpressif, qui n’a même pas d’artifice émotionnel. Pour retranscrire ces émotions, il ne reste plus que le cadrage. C’est un défi amusant d’essayer de donner vie à un personnage qui est par essence inanimé.

Nous avons tous des souvenirs plus ou moins agréables de la découverte des pièces de théâtre au collège. Vous est-il arrivé que des enseignants vous appellent pour utiliser vos œuvres à des fins pédagogiques ?

Oui, c’est arrivé. On a eu des lettres de professeur de français qui ont utilisé De Capes et de Crocs comme outils pédagogiques. Ça nous a fait très plaisir parce que De Capes et de Crocs c’est du divertissement au départ et cela reste avant tout du divertissement. Mais mine de rien il y a quand même pas mal d’éléments culturels de-ci de-là qui sont distillés de manière ludique. Si on peut servir d’outil de vulgarisation c’est tant mieux parce que j’aime bien quand la culture est rendue amusante. Et si on peut faire ça avec De Capes et de Crocs c’est tant mieux. C’était la démarche de Rabelais qui essayait de faire partager des connaissances aux gens de son époque à travers des récits divertissants. D’autres auteurs l’ont fait aussi. Et De Capes et de Crocs est un peu dans cet esprit là.

Au fur et à mesure du succès de la série, l’attente du public a-t-elle changé votre façon de travailler ou bien êtes-vous restés serein et indépendant ?

Non l’attente du public n’a pas changé grand chose. Sauf que l’on est toujours un peu inquiet quand l’album va sortir de savoir comment il va être reçu. Nous avons envie de faire partager aux gens le plaisir qu’on a eu à l’écrire. Donc on a toujours peur d’avoir un peu raté notre coup. Mais sinon cela n’influence pas notre façon de faire.
Je suis souvent inquiet des reproches qui peuvent y avoir sur une baisse du rythme, de l’intrigue, de l’action.
Je suis aussi très curieux de savoir comment sont perçus les mystères par les lecteurs, parce que quand on met en scène un mystère forcément on en connaît la clé, donc il n’est pas très mystérieux. C’est donc difficile d’imaginer comment il est perçu et jusqu’à quel point il reste mystérieux, jusqu’à quel point il fait poser des questions, jusqu’à quel point le suspense fonctionne. Je suis assez sensible aux échos que j’en ai de la part des lecteurs car je sais que, en tant que lecteur moi-même, c’est très agréable d’être accroché à un suspense, d’être entraîné dans un mystère à condition que les réponses tombent au bon moment. C’est une grande difficulté dans l’écriture d’arriver à ménager des suspenses tout le temps, en faisant des révélations qui tombent vraiment à point nommé.

Vous disiez qu’il y aurait neuf tomes, peut-être dix pour la série "De Capes et de Crocs". Inversement la série "Garulfo" est terminée. Est-ce que son univers vous manque ? Envisagez vous d’y revenir ?

Non pas pour l’instant en tout cas, car quand on a fini le tome six moi j’avais vraiment l’impression d’avoir fait le tour de la question et de cet univers. Bruno Maïorana avait envie de continuer de dessiner des grenouilles et des princesses car il s’était attaché aux personnages. Moi aussi, mais j’avais vraiment l’impression d’avoir dit tout ce que j’avais à dire. Bruno aurait bien aimé continuer, ne serait ce que graphiquement, de pousser plus loin le registre qu’il avait développé pour cet univers là, le dessin qu’il avait adapté.
Mais en fait on est parti sur une nouvelle histoire, avec Bruno, donc ces regrets se sont évanouis.
Là on est dans autre chose, donc on est plus dans l’enthousiasme d’un nouveau départ que dans la nostalgie, même si que ce soit pour lui ou pour moi, avec un petit peu de décalage, cela a été assez dur de faire le deuil de Garulfo, parce que c’est vrai qu’il y avait un univers et des personnages auxquels nous étions très attachés. Cela pas été facile de s’en séparer. C’est un peu contradictoire ce que je dis mais il y a quand même eu un certain regret à un moment. Mais il est maintenant dépassé. Et pour Bruno, aussi, je crois. J’en ai fait plus vite mon deuil que lui et maintenant nous sommes vraiment dans notre nouveau projet.

Quel est ce nouveau projet ?

Il s’agit d’une histoire de vampire qui va se dérouler dans l’Angleterre Victorienne. Donc un récit plutôt dans un registre fantastique, mais aussi un peu gothique, romantique, assez sombre. Du fait que cela se passe en Angleterre, il y aura quelques incursions de l’humour anglais et peut être certaines situations décalées. Mais cela ne sera pas dans un registre aussi comique que Garulfo. Cela sera beaucoup plus  "sérieux", entre guillemets parce que … bon (rires).
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