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Yannick Monget s'interroge sur l'avenir

Fantasy.fr vous propose une interview de Yannick Monget à l'occasion de la publication de la nouvelle version de son roman Gaïa aux éditions Bragelonne.

Par Emmanuel Beiramar | César Bastos/Emmanuel Beiramar
1 août 2012 | Mis à jour 1 août 2012

Pour commencer, pourrais-tu te présenter aux lecteurs ?

Yannick Monget : Je suis prospectiviste, certains diront écologue parce je me suis spécialisé dans les questions liées à la crise bioclimatique contemporaine, mais je n'aime pas forcément le terme: spécialisé ne veut pas dire spécialiste. L'écologie touche à tant de domaines scientifiques différents que l'on ne peut être un expert en écologie, on ne peut maîtriser tous les aspects de ce sujet.

Je préside surtout le groupe Symbiome que j'ai fondé en 2008 sous le parrainage de mon ami Jean-Marie Pelt, groupe qui travaille à sensibiliser à cette problématique environnementale et qui commence à présent à développer également d'ambitieux projets pour mettre en place des solutions.

Je suis également auteur en parallèle à La Martinière depuis 2006, mon travail consistait dans mes derniers ouvrages à utiliser les techniques infographiques les plus récentes pour transcrire en images les projections du GIEC (le Groupe International d'Experts sur le réchauffement Climatique, mandaté par les Nations-Unies pour étudier le phénomène et ses impacts), une manière ludique d'expliquer les défis auxquels l'humanité est confrontée par le biais de l'image.


Gaïa est un roman d'anticipation avec un message écologique fort. Mais ce n'est pas qu'une thématique te permettant de tisser une bonne histoire, c'est aussi et surtout un engagement personnel...

Yannick Monget : Les romans sont totalement complémentaires de ce travail de sensibilisation dont je parlais juste avant. L'idée est d'utiliser le roman comme support afin de transmettre des informations, sensibiliser là aussi de manière ludique, au travers d'une intrigue cette fois-ci. Donc oui, j'écris avant tout avec cet objectif d'essayer de dénoncer des choses, d'informer. Le livre a cet avantage sur le cinéma que l'on peut tenir des propos beaucoup plus riches, plus complets...

Devant la gravité de la situation j'ai effectivement décidé il y a quelques années de m'engager pleinement dans ce combat. Malheureusement peu de monde prend réellement conscience de la gravité de ce qui se passe. L'élection présidentielle française en a été une parfaite illustration car l'écologie a été reléguée au second rang (quand elle n'a pas été tout simplement ignorée) par tous les candidats ou presque. C'est plus qu'inquiétant.

L'anticipation est le genre littéraire qui m'intéresse le plus, car c'est l'un des genres les plus engagés et des plus efficaces. Asimov disait de la science-fiction que c'est la branche de la littérature qui se soucie des réponses de l'être humain aux progrès de la science et de la technologie et je partage tout à fait cette analyse : pour dénoncer la folie des hommes et l'irresponsabilité de beaucoup de leurs choix, le meilleur moyen est de projeter le lecteur dans une mise en scène où justement nos craintes d'aujourd'hui deviendraient réelles, de dire en quelque sorte : voilà ce qui risque d'arriver si vous persistez dans cette voie. C'est également ce que je faisais dans Terres d'Avenir, mais de manière plus documentaire et avec ce support visuel fort. Dans Gaïa, mon support, c'est l'intrigue.


La majorité de l'intrigue de Gaïa est vécue à travers le point de vue d'un chef d'entreprise bien loin de partager tes valeurs. Pourquoi cette décision, et comment t'y es-tu pris ?

Yannick Monget : Je ne partage pas les opinions de bon nombre de dirigeants politiques et de grands industriels. Ceci  étant, j'essaie de comprendre comment ils en arrivent à leurs conclusions, pourquoi ils en arrivent à se tromper autant sur leur analyse de la situation. Ce cheminement intellectuel est très intéressant. C'est en les comprenant que l'on peut aussi combattre efficacement leurs idées. Le personnage de Grant est donc effectivement inspiré en partie de ces ministres, de ces richissimes hommes d'affaires que j'ai croisés, des échanges que j'ai parfois eus avec eux.

Grant est probablement le protagoniste le plus intéressant du roman, on se rend compte qu'il n'est pas aussi caricatural qu'il y paraît. Il maîtrise quelques notions environnementales, et a intégré, malgré tout, certaines informations sur la crise en cours. C'est amusant de jouer avec certains a priori du lecteur. Finalement, Grant n'est pas du tout aussi extrémiste que certains pronucléaires ou pro-pétrole, on s'en rend compte au fil de l'intrigue.

Je ne crois pas me tromper en disant que ton engagement explique en grande partie d'où t'es venue l'inspiration pour ce livre. Mais est-ce que Gaïa est le fruit d'autres sources d'inspiration ?

Yannick Monget : Il y a de nombreuses sources d'inspirations très différentes, la première d'entre elles, l'élément déclencheur, n'a rien à voir avec l'écologie, il s'agit d'un film : Un jour sans fin avec Andy Mac Dowell et Bill Murray. Cet excellent film raconte l'histoire d'un homme qui déteste une ville et ses habitants, et qui va se voir obligé, de manière inexpliquée, à y revivre à l'infini une même journée. Une sorte de punition divine qui va permettre de faire évoluer son regard sur ses habitants. Au final, il va tellement s'y attacher qu'il s'y installera.

Je me suis alors posé la question de savoir quelle aventure on pourrait faire vivre à une personne qui justement ne serait pas du tout sensible à la cause environnementale, pour lui faire comprendre et intégrer le drame mondial qui se joue actuellement. Et l'idée de base est toute simple : inverser brutalement les rôles entre l'humanité et le reste des écosystèmes. Que se passerait-il si un jour la Nature agissait avec l'homme comme l'homme agit aujourd'hui avec la nature ?

Voilà l'idée centrale du roman. Dans cette histoire, toute la planète semble se liguer contre Homo sapiens. Ce ne sont plus les forêts qui sont grignotées par nos routes et nos constructions, mais les grandes villes du monde qui se retrouvent envahies par la végétation. L'Homo sapiens perd sa place en haut de la chaîne alimentaire, ce n'est plus le prédateur par excellence, mais il devient la proie.
 

Certaines scènes du livre sont très cinématographiques. On croirait presque les « voir »…

Yannick Monget : C'est ma manière d'écrire. Je fonctionne de manière très visuelle, j'écris et je construis le livre comme un scénario, je vois moi-même la scène se jouer dans ma tête pendant l'écriture. J'écris finalement le livre avec le regard d'un metteur en scène, d'un réalisateur : je place mes acteurs, je dirige leur jeu, je décide des décors et je fais mon montage. C'est ce qui m'a fait opter pour une écriture fluide, simple, facilement accessible, ce qui n'est pas chose aisée lorsque vous faites passer des informations scientifiques parfois complexes. C'est d'ailleurs tout le défi…


Quelques années plus tôt, Gaïa a déjà rencontré une première vie en librairie et a remporté un succès incroyable… alors que tu t'auto-éditais. Peux-tu nous dire comment tu t'y es pris et comment tu expliques ce succès ?

Yannick Monget : Tout a commencé par un énorme coup de chance. Alors que j'étais encore à l'université, j'ai commencé à écrire des livres sur des thèmes scientifiques qui me tenaient à cœur, il y a eu Rencontre et Gaïa. Au culot, j'avais envoyé ces ouvrages à tous les grands éditeurs parisiens. Aucun n'en avait initialement voulu, je suis donc passé par l'étape d'édition à compte d'auteur, en finançant le livre avec mes économies d'étudiant. J'ai décidé de monter à Paris pour le présenter moi-même à des libraires.

Le succès a mis un peu plus d'un quart d'heure à arriver, le temps de faire Gare de l'est - Forum des halles, (on m'avait dit que c'était là-bas qu'il y avait le plus vaste rayon en littérature SF/anticipation. Je suis alors tombé sur Alexis Aubenque; à cette époque, il était (Comme Chattam d'ailleurs) vendeur en librairie Fnac. Alexis me voit arriver et me dit "je connais ton bouquin", je lui explique que c'est impossible, et le voilà qui commence à me raconter toute l'histoire du roman. Il faisait partie du comité de lecture de Florent Massot (2 ans plus tôt) lorsque j'avais envoyé mon roman à tous les grands éditeurs parisiens, il l'avait donc eu entre les mains. Il avait adoré, deux ans plus tard il se rappelait du moindre détail. Le voilà qui me prend une feuille et me note le nom de tous ses amis libraires à Paris, en leur disant d'aller les voir de sa part.

Pendant une journée, je n'ai fait que ça, à chaque fois on me déroulait le tapis rouge car Alexis avait, d'après ce que l'on m'avait dit, un don pour dénicher des talents. Du jour au lendemain, je me suis retrouvé dans plein de librairies à Paris. Je n'ai su que bien plus tard que sur quelques points de vente seulement, le livre avait fait 25 000 ventes. Je ne me rendais pas vraiment compte... Sur le seul Virgin des Champs Elysées, 1 200 livres avaient été vendus en un an. Sans compter les demandes que j'ai commencées à recevoir de réalisateurs et producteurs pour le porter à l'écran... Par la suite j'ai appris que cette réussite avait également éveillé l'intérêt de plusieurs éditeurs, c'est comme cela que j'ai rencontré Stéphane Marsan.

Je me garderais bien si tu veux d'essayer d'en expliquer le succès. Je ne pense pas que c'est à moi de le dire... les libraires et les lecteurs seront plus à même de dire par quoi ils ont été séduits. Tout ce que je me contente de dire, c'est que si le livre a plu, s'il a permis à des lecteurs de passer un bon moment et surtout d'apprendre et comprendre en même temps des choses, de réfléchir à cette thématique... alors pour moi c'est un succès, c'était mon objectif.
 

Cette nouvelle édition chez Bragelonne est-elle différente de la première ? En quoi ?

Yannick Monget : Oh que oui. Au début, j'en ai discuté avec Stéphane Marsan. Le livre ayant eu ce succès on s'est dit qu'on pouvait le ressortir avec une vraie distribution mais sans apporter énormément de modifications. Stéphane était persuadé que je pouvais aller plus loin.

J'ai réfléchi à ce qu'il m'a dit et j'ai commencé à le relire... et là, je n'ai pu que constater qu'il avait raison, il y avait matière à faire, je pouvais aller plus loin. J'ai donc commencé à apporter quelques modifications, et comme je suis assez perfectionniste, au final, il n'y a pas une seule page, pratiquement pas un paragraphe, qui n'ait été modifié.

Il y a eu des modifications sur la forme comme sur le fond : sur la forme, même si je ne me considère toujours pas comme un littéraire, je pense avoir pas mal évolué depuis 2006 et j'ai donc voulu améliorer l'écriture. Sur le fond, la situation environnementale ayant considérablement évolué depuis six ans, il y avait des mises à jour à faire. De plus mon regard a lui-même évolué sur la crise. Cette expérience, et le vécu de ces dernières années, ont beaucoup joué. Le regard est plus posé et peut-être plus sombre, plus pragmatique. Le personnage de Grant et ses échanges avec Anne sont plus complexes et plus dosés, la critique est plus poussée, avec quelques piques directes envers Monsanto (une habitude que j'ai prise) ou le nucléaire.

Pour donner un exemple concret, j'ai ajusté les textes traitant de la caulerpe, cette algue tueuse qui avait inspiré en partie l'histoire. Lors d'une soirée au Parlement Européen, j'ai appris de l'ambassadeur de SAS le prince Albert II de Monaco, SE Gilles Tonelli, que la caulerpe, ce végétal qui avait envahi une bonne partie de la méditerranée, a disparu... apparemment parce qu'elle avait justement détruit son environnement. De quoi servir de leçon à l'humanité.


Durant le laps de temps qui sépare les deux versions de Gaïa, je suppose que le bilan écologique ne s'est pas amélioré ?

Yannick Monget : C'est simple : en 2006 la situation était inquiétante; aujourd'hui... elle est catastrophique. L'homme persiste et signe, c'est désolant. On a tiré les sirènes d'alarme, on a tenté de prévenir, mais nos dirigeants, sous l'influence des lobbys pétroliers, nucléaires, financiers et agroalimentaires, sont pour beaucoup des pantins (je pèse mes mots). Ils ne sont là que pour donner une impression de démocratie, mais cette démocratie a depuis longtemps échappé aux peuples. Je ne suis rattaché à aucun parti politique, n'y voyez aucun message subliminal, mais un simple, triste et amer constat.

Les choses vont rapidement changer, ce n'est pas une opinion, c'est une certitude quasi-mathématique, reste à savoir de quelle manière cela se fera: ce changement nous sera-t-il imposé par l'équilibre des écosystèmes, ou l'homme, au bord du précipice, se reprendra-t-il de lui-même in extremis ? Je n'en sais rien, je ne peux qu'espérer que ce changement, nous nous l'imposerons à nous-mêmes. Ce sera beaucoup moins douloureux que dans le cas contraire.


Des références (littéraires ou autres) à partager avec les lecteurs ?

Yannick Monget : Pour les livres, je citerais Barjavel, Ravage qui dénonce justement notre trop grande dépendance aux technologies ; La Nuit des temps également; j'aime énormément Michael Crichton; un de mes livres préféré est Contact, de Carl Sagan. Sinon, il y a les excellents ouvrages de mon ami Jean-Marie Pelt (La Terre en héritage par exemple). Je lis aussi Malhorne en ce moment, je partage pas mal d'idées avec Jérôme Camut, qui est par ailleurs un ami. 

Pour les films, il y en a des tonnes. Pour ce qui est des films engagés Les Fils de l'Homme, Lord of War, ou Le Dernier rivage, la version reprise par les Australiens dans les années deux milles (la première version, courageuse, réalisée en 1950 était sortie en pleine guerre froide).


Sans être moralisateur ni pessimiste, est-ce que Gaïa est un avertissement ?

Yannick Monget : Gaïa n'est effectivement pas moralisateur et c'est pourquoi je n'ai pas voulu une fin sinistre. Je pense qu'il faut toujours laisser une lueur d'espoir, c'est à mon sens nécessaire. Nous vivons une période sombre, il n'est plus temps de s'apitoyer, il nous faut cette insurrection des consciences dont parle Pierre Rabhi, il nous faut nous indigner et surtout AGIR. Nos dirigeants n'en prennent pas du tout le chemin, que ce soit en Occident ou en Orient. Restent les peuples : en ce moment ça bouillonne un peu partout, ce n'est pas forcément une mauvaise chose. Il faut un vrai changement, pas le changement dont parlent les politiques à chaque élection, mais une vraie rupture avec le modèle sociétal actuel.


Quels sont tes projets, aussi bien littéraires qu'environnementaux ?

Yannick Monget : Au niveau littérature, je travaille depuis plus de deux ans à un roman là aussi très engagé, un véritable défi pour moi, sur la menace liée à l'énergie nucléaire : Résilience. Là aussi il s'agit d'un thriller d'anticipation, extrêmement ancré malgré tout dans la réalité, dont l'action se déroulera aux quatre coins de la planète, et où l'humanité se retrouvera confrontée à ses très mauvais choix stratégiques. L'occasion de comprendre en quoi le nucléaire constitue à mon sens la plus grande menace actuelle pour l'humanité, et pour paraphraser un certain personnage de Crichton : "la pire des idées dans l'histoire des mauvaises idées".

Pour ce qui est des projets Symbiome, plusieurs d'entre eux sont en cours, dont l'exposition Terres d'Avenir qui revient du Congrès International sur la Sécurité Energétique de Genève, et continue son itinérance internationale. Pour le reste, je ne peux malheureusement trop vous en parler; tout ce que je peux vous dire, c'est que plusieurs projets internationaux sont actuellement en développement. Il faudra encore attendre quelques mois pour en savoir davantage.


Pourrais-tu résumer Gaïa en trois mots seulement ?

Yannick Monget : J'ai vu que l'on avait utilisé le terme éco-thriller pour définir Gaïa. Je n'ai personnellement rien contre, j'ajouterais peut-être éco-thriller d'anticipation... ça fait trois mots comme ça...

 

Cette interview a précédemment été publiée sur le blog de Bragelonne.

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