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The Dead : Leçon de survie par les frères Ford

Fantasy.fr a interviewé Howard et Jonathan Ford, les deux réalisateurs du film de zombies The Dead, à l'occasion de leur passage au PIFFF, en novembre dernier. The Dead est disponible en DVD et Blu-ray depuis quelques semaines.

Par Emmanuel Beiramar | Traduction : Grégory Bouet
25 mai 2012 | Mis à jour 25 mai 2012
The Dead : Leçon de survie par les frères Ford
The Dead : Leçon de survie par les frères Ford

Fantasy.fr : Vous rappelez-vous de votre première rencontre avec le Fantastique, que ce soit en livre ou en film ?

Jonathan Ford : Moi, c’était les cycles d’horreur en deuxième partie de soirée à la télé. Les vieux films d’épouvante en noir et blanc. J’étais terrifié et j’en perdais le sommeil pendant des nuits à cause des cauchemars. Je savais à chaque fois que ça allait m'arriver j’étais accro.

Howard Ford : Je me souviens d’épisodes télévisés d’une trentaine de minutes. Surtout en noir et blanc, peut-être que c’était les mêmes que toi. Il y avait le Fantôme de la Nonne Noir notamment. Ça se passait dans un grenier, avec un rayon de lumière qui tombait sur le fauteuil à bascule sur lequel la nonne avait l’habitude de s’asseoir, et ce fauteuil bougeait. J’avais les commissions au fond du sac ! Et puis, il y a eu Evil Dead, qui a pourtant une part d’humour, mais ce n’est pas du tout drôle quand on a onze ans !

Jonathan Ford : Ouais, pas drôle du tout. On était terrifiés.
 

Fantasy.fr : Pourquoi choisir les zombies comme thème de votre film ? C’est un genre que vous affectionnez plus particulièrement ?

Jonathan Ford : Oui. Si j’avais pu, j’aurais tourné des films il y a vingt ans déjà. Mais je ne pouvais pas

Howard Ford : 25 même.

Jonathan Ford : Oui, 25. J’ai commencé à écrire ce scénario au début des années 1990. Et on me demande pourquoi je n’ai pas sorti ce film plutôt, alors je réponds que je ne pouvais pas. Ça a juste pris tout ce temps pour se concrétiser.

Howard Ford : Ce n’était pas le bon moment de toute manière. Il y a eu le Zombie de George Romero et ceux de Fulci, des films qui nous ont beaucoup inspirés... Mais ce n’était pas le bon moment. Il a commencé à y avoir plein de films de série B ou Z sur le même thème, et il a fallu qu’on aille en Afrique pour avoir le déclic, qu’on se dise « hey, y’a un truc intéressant à faire et différent, là ! ». On s’est alors lancés dans cette entreprise originale.

Jonathan Ford : Pour moi, ça a toujours été presque plus un film de survivants que de zombies en fait. En plus, l’Afrique nous a fourni ces incroyables décors, et même sans parler des zombies, il faut aussi survivre à ce territoire.

Howard Ford : Oui, c’est aussi un film sur un voyage autant qu’un film d’horreur, même s’il y a beaucoup d’horreur dedans, et c’est un élément très important. Comme tu le dis, c’est avant tout un film de survie.

Jonathan Ford : J’ai lu une critique d’ailleurs au sujet du manque de rebondissement dans le scénario. C’est exactement ce que nous voulions. D’ailleurs, nous avons veillé à éliminer toute forme de rebondissement qui aurait pu entraver le rythme du film. J’adore les films compliqués, mais ils deviennent parfois si ridicules avec les tueurs potentiels, le chien, le chat, la mère. Je sature et je n’y crois plus.

Howard Ford : Il y a un véritable culte du coup de théâtre.

Jonathan Ford : Exactement. Du coup, le cœur du scénario et son rebondissement deviennent des clichés si on ne fait pas attention.

Howard Ford : On n’a jamais été très à l’aise avec cette séquence d'ouverture dans le désert, ce qui constitue l’un des mystères révélés dans le film, et on ne savait pas trop comment aborder le tout...

Jonathan Ford : Il s’agit plus d’une juxtaposition, de placer un élément après l’autre, en allant d’un point A, puis B, C, D en suivant la trame de l’histoire sans fioritures : un homme veut survivre. Point.

Howard Ford : Avec des zombies en plus.

Jonathan Ford : Oui, avec des zombies en plus. Mais tout se résume à ça : la volonté de survivre. On n’a pas besoin de rebondissements compliqués, juste la survie.

Howard Ford : Ainsi on s’identifie plus facilement au héros, même dans un contexte où les morts attaquent les vivants. D’ailleurs, si on analyse à fond ce concept, ça devient totalement ridicule. Mais si on choisit d’y croire, et heureusement, le public n’a pas le choix, alors en route pour l’aventure.
 

Fantasy.fr : On trouve un soupçon de Western dans votre film, et notamment dans la musique.

Howard Ford et Jonathan Ford : Tout à fait.

Jonathan Ford : Nous sommes de grands fans de Sergio Leone. C’est un maître. C’est l’une de nos influences majeures.

Le moindre détail prend une importance énorme dans l’histoire et le panorama africain est fabuleux. J’adore ! Mais on se concentre sur un type qui change une roue, sur sa botte couverte de sable, et ce sont ces petits détails de la vie qui prennent leur importance, contrastant avec l’immensité du paysage.

Howard Ford : L’aspect organique, la nature, la vie, la poussière a aussi son importance. Le feu, le vent, l’eau, et si on réfléchit un peu plus, on se rend compte que le personnage principal naît presque dans cette situation. Il est presque nu en fait. Démuni.

Jonathan Ford :  Il sort de l’eau. Ça représente sa naissance, et après il commence son long périple dans la vie. Il doit trouver son destin.

Howard Ford : Quoi qu’il en soit, le personnage reste un témoin viable. Si on laisse de côté les zombies, tout le monde voit que nous sommes en Afrique, que les paysages sont réels, que rien n’est faux, que les gens sont de vrais gens, très maigres, voire émaciés, qui meurent de faim. C’est la réalité, ça, et elle recèle une véritable horreur. Ne serait-ce que lorsque l’on voit les cadavres en arrière plan. J’espère que cela mettra les gens mal à l’aise. Nous étions tout à fait conscients de ces faits d’ailleurs. Ces images pourraient sortir tout droit d’un reportage, un reportage actuel sur les horreurs qui se passent en Afrique et qui résident déjà dans notre subconscient, sauf que là, elles se trouvent dans un film de zombies. J’espère que cela mettra vraiment les gens mal à l’aise.

Jonathan Ford : Nous mélangeons le fantastique et la réalité pour accentuer cette horreur, et c’est pour ça que nous sommes allés filmer en plein milieu de nulle part, avec de vrais villages paumés, et de vrais gens, pas des figurants, en arrière-plan.

Howard Ford : C’était notre objectif de départ. D’ailleurs, quand nous sommes arrivés, nous n’avions jamais entendu parler de cet endroit. C’était donc parfait ! L’environnement lui-même est très sec et la menace de la mort plane constamment, donc le décor participe aussi à l’ambiance.

Jonathan Ford : Et il faut aussi savoir que tout est ouvert. Il n’y a pas de portes à fermer en Afrique, il n’y a que de vastes étendues, des déserts à perte de vue, et quand on voit ces choses venir pour nous, on sait qu’elle avancent lentement, mais rien ne va les arrêter. Nous, on va devoir se reposer, manger, et elles vont finir par nous rattraper. Ça c’est vraiment terrifiant. C’est cette émotion qu’on voulait communiquer.

Howard Ford : Ne serait-ce que l’architecture, si je peux m’exprimer ainsi. Elle est très simple, il n’y a que des huttes ou assimilées, dont le plan de construction n’a pas changé depuis des siècles, et toujours sans portes. En cas d’épidémie de n’importe quoi, les maladies se propagent très vite. D’ailleurs, c’est classique en Afrique, ça existe déjà, c’est un problème récurent et tout voyage devient une épreuve.

Jonathan Ford : C’est aussi pour ça qu’on a voulu limiter l’humour au maximum. Nous voulions un peu de cynisme, mais pas trop, tout en prenant le concept surnaturel du mort-vivant et en le traitant avec le maximum de respect possible, le maximum de sérieux. Nous voulions l’utiliser d’une manière originale aussi, et voir si ça marcherait.

Fantasy.fr : Vous dites avoir utilisé des Africains pour certains rôles, et avez ajouté qu’ils jouent mieux que certains acteurs professionnels...

Jonathan Ford : Oui, mais les deux principaux acteurs sont des locaux...

Howard Ford : Tous ceux qui ont plus d’un mot de dialogue sont des acteurs locaux en fait...

Jonathan Ford :  … mais des acteurs du coin, dont celui qui fait le chef du village, qui est très connu là-bas.

Howard Ford : Mais sinon, tout ceux qui font les villageois, les survivants, les zombies... Certains de ces villages n’ont même pas l’électricité, ils n’avaient jamais vu de caméra. Un jour ils vivent leur vie, le jour suivant, ils jouent dans un film. Ce fut une expérience très étrange pour eux, mais nous avons passé de très bons moments avec eux. Attention, pas ceux avec les AK-47, qui nous ont pris de l’argent, je vous parle des villageois. Ils ont été fantastiques avec nous. Ils ont adoré nos idées, ils ont tout compris sur la légende des zombies.

Jonathan Ford : Ça ne leur a posé aucun problème d’arracher la tête de quelqu’un et de le dévorer ensuite. Ils ont joué le jeu à fond.

Howard Ford : Ils n’avaient aucun problème pour comprendre la teneur du film et l’implication des zombies. D’ailleurs, j’espère qu’on verra bien la sagesse du peuple africain dans le film. Ils sont plus sages que quiconque en fait.

Jonathan Ford : Plus que l’américain en tous cas, qui est très égoïste, qui n’aide personne, qui n’est pas très héroïque. Il apprend tout des indigènes au cours de son périple, il apprend sa nouvelle vie auprès de ses nouveaux frères de sang. D’ailleurs, à la fin du film, il doit se réaffirmer en tant que personne et oublier tout ce qu’il a appris auparavant.

Howard Ford : Peut-être par un acte de pur altruisme. Mais on peut aussi aller voir le film juste pour le thème des zombies mangeurs de chair humaine, hein ?
 

Fantasy.fr : Il y a vingt à trente minutes du film sans aucun dialogue, juste la bande son. Pourquoi ?

Jonathan Ford : Nous voulions nous éloigner de la plupart des bavardages typiques des films hollywoodiens, qui ne font que gâcher du temps en fait. C’était aussi une manière de renforcer l’ambiance de solitude lors du voyage du héros. Quand on est seul, on n’a personne à qui parler. On prend tout ce qui nous arrive comme ça arrive, sans aucun moyen d’en débattre, de faire part de ses sentiments à quelqu’un. Juste un homme seul pendant son aventure.

Howard Ford : Il y a un élément visuel avant tout. Si quelque chose marche à la radio, autant le réserver à la radio. Quand on raconte une histoire et qu’on utilise une caméra, l’image raconte l’histoire. On a repris les notes de John et on a supprimé tous les dialogues inutiles.

Jonathan Ford : Si ce n’était pas essentiel, on le coupait.

Howard Ford : Dès que le personnage devait s’interroger sur quelque chose, commençait pas un « pourquoi… », hop, on enlevait. On a gardé vraiment l’essentiel.

Jonathan Ford : On a prouvé qu’on pouvait raconter une histoire seulement avec des images.

Howard Ford : On peut même apprendre de cette expérience. Mourir est une aventure en solitaire après tout. Les personnages du film sont mourants en quelque sorte. Ils doivent conserver leur énergie, ce n’est donc pas un moment propice aux échanges nombreux. C’est ce que j’aime aussi. J’aime les films qui prennent leur temps en quelque sorte. Surtout lors d’un périple comme celui-là.

Jonathan Ford : Oui, là il n’y a vraiment pas besoin de dialogues pourris. D’ailleurs, mes films préférés comportent très peu de dialogues, donc je suis devenu un grand fan de ce genre de réalisation.
 

Fantasy.fr : Avez-vous effectué de nombreuses recherches pour trouver les lieux appropriés ?

Jonathan Ford : Oui, nous avons beaucoup exploré. Le truc, c’est que nous avons fait des repérages à des saisons différentes, donc nous avons dû réadapter, en fonction de décors pas aussi secs ou pas aussi désertiques que prévu. Nous avons fait pas mal de réécriture du coup.

Howard Ford : On voulait aussi un environnement moins vert pour mieux évoquer la mort et l’agonie. Quand on est revenu en Afrique, c’était beaucoup plus vert, alors on a dû modifier les prises de vues pour rester raccord. Et même les autres lieux que nous avions choisi pour tourner, nous avons compris que nous ne pourrions nous y rendre en fait, même si on adorait tel ou tel élément du décor. Dans certains cas, on risquait de finir en prison sans jamais arriver sur le lieu du tournage, alors on devait aller dans une autre direction en espérant trouver quelque chose. Quand on y arrivait on se disait « stop ! C’est bon ! On tourne ! ». Bref, on a un peu monté le film comme ça. Parfois on pouvait tourner sans problème et d’autres fois, on devait négocier avec le chef du village local. Parfois il n’y avait pas de problème, parfois ça devenait problématique et on ne pouvait pas tourner parce que untel devait consulter le chef du village voisin et on n’avait pas le temps d’attendre. Mais il s’est passé des trucs vraiment bizarres. À chaque qu’on revenait dans un village, tout le monde était très content.

Jonathan Ford : On leur donnait à manger, du matériel…Des produits de première nécessité, des sacs de riz.

Howard Ford : Du coup, ils étaient d’autant plus contents de nous voir revenir et ils nous jouaient des chansons, ils dansaient. C’était très gentil et un peu gênant en même temps car nous, on devait absolument tourner et le temps pressait. C’était bizarre mais gentil.
 

Fantasy.fr : Comment vous êtes vous débrouillés sans électricité pour le tournage ?

Jonathan Ford : Nous avons emporté notre propre générateur, mais à cause de la corruption ou je ne sais quoi, « on » a saboté le générateur en question une fois arrivé au port.

Howard Ford : Et ce après une attente de cinq semaines.

Jonathan Ford : Ils se sont contentés de nous donner ce générateur en miettes. Point barre. On a dû le réparer et l’emmener sur les lieux de tournage avec un minimum de lumières. Oui, on s’est vraiment autorisé le minimum de lumière possible. Mais ce qu’on ignorait par exemple en allumant un seul projecteur en haut d’un mat, c’est que tous les villages alentours voient cette lumière. On filmait une scène et quand on se retournait, on avait 500 personnes qui regardaient ce qu’on faisait.

Howard Ford : Ils sortaient de partout.

Fantasy.fr : Comme des zombies !

Howard Ford : Exactement !

Jonathan Ford : Donc, oui, pour filmer nous avons dû apporter notre propre générateur.

Howard Ford : Il y a vraiment un clivage technologique. On arrive le premier jour dans une ville plutôt moderne, puis on arrive dans une zone contaminée, on reste deux jours à l’hôpital avec des gens qui tombent gravement malade.

Jonathan Ford : C’était horrible. On a subit des intoxications alimentaires, la malaria. On vomissait entre les séquences. En fait, ça sortait de partout. C’était vraiment une expérience atroce. Je me réveillais parfois en pleine nuit, le cœur battant la chamade, m’angoissant encore pour le film.

Howard Ford : En fait, je repense que toute cette souffrance, tout ce qu’on a enduré pour tourner ce film est palpable. Que les gens l’aiment ou pas, tout ce que j’espère, c’est qu’ils en retirent quelque chose qu’ils n’ont jamais vu ailleurs. Quoi qu’on puisse en penser, mais je ne veux pas rentrer dans le débat, je crois bien qu’il y a quelque chose d’unique dans ce film.
 

Fantasy.fr : Avez-vous d’autres projets ?

Jonathan Ford : Oui, en effet. Il s’agit d’un polar surnaturel, un peu dans le genre du Sixième Sens. On espère le sortir l’année prochaine aux Etats-Unis, mais il pourrait aussi y avoir un autre film indépendant des frères Ford entre temps.

Howard Ford : Quelque chose de très très différent.

Jonathan Ford : Et pour ceux qui iront voir The Dead, sachez qu’il y aura un The Dead 2. Vous allez voir !!!

Howard Ford : Ça, vous allez voir ce que vous allez voir (Rires) !

 

L'interview s'est faite en compagnie de Richard Bourderionnet du site Scifi-universe.com.

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