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Anne Fakhouri : Voyages à travers les rêves

Fantasy.fr a interviewé Anne Fakhouri à l'occasion de la sortie de son nouveau roman, Narcogenèse.

Par Emmanuel Beiramar
6 mai 2011 | Mis à jour 6 mai 2011
Anne Fakhouri : Voyages à travers les rêves
Anne Fakhouri : Voyages à travers les rêves

Fantasy.fr : Peux tu nous présenter Narcogenèse mais en sortant de la version officielle ?

Anne Fakhouri : Narcogenèse est un roman sur l’enfance, la peur, la maternité, la place dans la société. Ce n’est pas un réquisitoire, ni un essai, mais bien un thriller fantastique.
On y retrouve des femmes, de la transmission et des conséquences du tabou. Il n’y a rien de plus terrifiant que la conséquence de nos actes, inconscients ou pas, je crois. La peur la plus violente, pour moi, vient de ce que l’on est capable ou incapable de faire, de notre nature humaine elle-même. Pas l’autre. Ce que nous sommes, nous. C’est bien pour cela qu’on a inventé le monstre, celui qui centralise tous les fantasmes.
Narcogenèse est l’histoire d’un monstre qui n’a pas conscience d’en être un, et d’une société qui l’exige en échange de la réussite, des bonnes mœurs et de la protection.
 

Fantasy.fr : D’où t’est venue l’idée de Narcogenèse ?

Anne Fakhouri : Pendant l’affaire Courjault, il a été dit une chose qui m’a marquée « Elle n’a pas tué ses enfants, car ils n’existaient pas… » Je me suis demandé où allaient les enfants qui n’existaient pas pour leurs parents… L’idée s’est étendue à l’enfance maltraitée, mal aimée, mal perçue. Les maux d’enfance sont les plus terribles, à mon sens.
Et j’avais envie d’imaginer un personnage de voyageur immobile, un voyageur qui utiliserait son esprit et celui des autres pour se déplacer. Zette est née de ça. Chaque personne crée, à partir de son inconscient, un endroit particulier où loger ses fantasmes. Zette peut y entrer et le visiter. Cela donne une multitude de possibilités de voyages.
Pour finir, j’ai rêvé d’un petit garçon perdu dans une grande ville ocre, une ville de maisons inhabitées. L’idée que cette ville n’était qu’une représentation de son esprit dans le coma a germé au petit matin, quand je l’ai notée sur mon carnet.
Ce qui est amusant, c’est que mon oncle, qui est réanimateur, m’a envoyé quelques mois après un article sur l’esprit des gens plongés dans le coma dont le titre était à peu près « Comme marcher dans une ville inconnue… ».
 

Fantasy.fr : A-t-il été simple pour toi de passer de l’univers du Clairvoyage à celui de Narcogenèse, un véritable thriller fantastique ?

Assez, oui. Mais il faut dire que certains thèmes, la famille, la transmission, la violence du monde réel, se prêtent aussi bien à la jeunesse qu’au thriller, au fantastique qu’à la Fantasy. Tout est une question de traitement.
Ça a même été parfois beaucoup plus facile. Comme je suis enseignante, j’ai tendance à me sentir responsable des gamins, même lorsque j’écris. Je n’ai aucune responsabilité vis-à-vis des adultes. Je me suis donc sentie plus libre.
 

Fantasy.fr : Ta façon de travailler, seule ou avec ton éditrice, a-t-elle beaucoup changé ?

Anne Fakhouri : Narcogenèse a été un livre particulier. Normalement, je dois laisser un manuscrit reposer et le corriger une nouvelle fois avant de l’envoyer. J’ai dû remettre Narcogenèse le lendemain du jour où je l’ai terminé, avec les corrections que j’avais faites au fur et à mesure. Nous avons donc travaillé, avec Mireille Rivalland, sur le rythme (ce que j’aurais fait après un temps de repos) et sur le style, pour les corrections classiques. Sinon, nous travaillons de la même façon que pour les deux autres : beaucoup de téléphone, les corrections sur papier, un aller-retour.
De mon côté, auparavant, j’ai travaillé en puzzle. Il m’est arrivé de laisser de côté un chapitre ou un passage et de continuer ma narration, pour reprendre plus tard le point qui me posait problème. Avec ce troisième roman, je développe mes propres techniques, j’expérimente, tant au niveau style que structure. Je sais maintenant, par exemple, que je suis une preneuse de notes, du moins pour l’instant et une planificatrice qui ne tient jamais aucun plan.
Mais ça, ça me ressemble plutôt, dans l’ensemble…
Je refuse de cantonner l’écriture au fait d’écrire. Le nombre de signes qu’on a écrits, comment construire un personnage, les difficultés inouïes qu’on rencontre… Tout ça me parait à la fois mesquin et dogmatisant. Je lis beaucoup de choses sur la technique, ici et là, comme si l’écriture se résumait à un savoir-faire et pas, par moments, un savoir-être.
 

Fantasy.fr : A propos de maison d’édition : tous tes romans sont parus chez l’Atalante. N’éprouves-tu pas le besoin ou l’envie de travailler avec d’autres éditeurs ?

Anne Fakhouri : Pour l’instant, mes projets correspondent à l’Atalante. Mais Denis Guiot [NDLR : directeur de la collection Soon chez Syros] et moi parlons de travailler ensemble depuis un moment.
 

Fantasy.fr : Revenons à Narcogenèse : Le Chais, l’immense propriété de la famille de Zette, semble être un véritable personnage...

Anne Fakhouri : C’est une maison de famille. Immense, massive, aux allures un peu parvenues cependant. Elle représente la protection et, au fil du roman, l’enfermement.
Les maisons m’ont toujours subjuguée. C’est fou ce qu’on peut donner comme vie à la pierre. Posséder une maison, perdre une maison… Décorer une maison, de nos jours… Il me semble que c’est le premier budget « loisir » des français. La maison est le décor représentatif de ce que l’on est, alors que ce devrait, peut-être, être simplement l’endroit où on vit.
C’est là aussi où siègent les secrets d’une famille. Les greniers, les vieilles malles, la photo des morts sur une étagère…
 

Fantasy.fr : Les familles de Narcogenèse sont dysfonctionnelles. Il y est question d’abandon, de pertes, de personnages torturés. Pourquoi ces choix ?

Anne Fakhouri : On touche un point sensible.
Toute famille pour moi est dysfonctionnelle, lorsque les enfants sont adultes, dans notre société. Le rôle qu’on y a depuis l’enfance, les étiquettes, les conflits larvés… L’apparente entente est peut-être pire que le reste. Il y a toujours, dans une famille, un laissé pour compte, un bouc émissaire. Toute mini-société a besoin de cela pour survivre.
Il y a également – et encore – les fantasmes, ce qu’on projette sur l’autre.
Plus je vieillis, plus la famille me fascine. Ces diners interminables à écouter des gens qu’on n’a pas choisis… Finalement, dans la société moderne, quel intérêt avons-nous à réunir en clan ? Pas la survie, c’est évident, ni la tradition… Mais je ne suis pas un bon exemple : plus je vieillis, plus les structures sociales, en général, me mettent mal à l’aise. J’ai mis un certain nombre d’années à accepter que, malgré toute ma bonne volonté, j’étais incapable de me faire à la façon de vivre des autres. Je finirai seule, dans une bibliothèque, avec des chiens. Comme Julien Gracq.
Sans avoir eu son talent, ce sera un peu les boules, mais comme je serai sénile, je m’en foutrai.
 

Fantasy.fr : Narcogenèse parle également de tabou…

Anne Fakhouri : J’enfonce une porte ouverte en affirmant que le tabou est nécessaire à toute société pour sa survie. Le tabou familial est bien plus pernicieux car il cache souvent des crimes, au lieu de les prévenir. On scelle la honte une bonne fois pour toutes en interdisant les générations futures d’en parler.
Cyrulnik a écrit un essai sur la honte. Le principe de silence autour de la honte vient du fait qu’on ne veut pas la partager, qu’elle rejaillit sur les autres.
Je suis toujours étonnée par le fait qu’à notre époque, on se justifie encore de sa famille, de ses origines, des fautes des autres. C’est en cela que la famille peut être dysfonctionnelle : on se retrouve souvent, quoi qu’on dise ou fasse, à porter les crimes de nos ancêtres. C’est ça que je trouve parfaitement immature, pas le fait d’avoir peur des monstres.
Il fallait également enterrer cette bourgeoisie terrible, silencieuse et avaleuse d’enfants fragiles, qu’on retrouve dans les Grandes Familles, et qui n’a plus lieu d’être de nos jours. Un dernier hommage ironique, avant un soupir de soulagement.
Enfin, le tabou social qui m’a le plus étonnée, ces dernières années, est celui lié à la maternité. Je pensais que nous avions dépassé ce stade, mais pas du tout. L’image de la mère ayant un pouvoir absolu, de la femme épanouie dans une maternité à laquelle elle se consacre à 100% est encore très vivace. Il est dérangeant, voire interdit, d’évoquer les pulsions de mort, la déprime ou encore un simple mal être lié à la maternité. On a cru régler le problème des grossesses psychologiquement compliquées le jour où une contraception efficace a été proposée aux femmes… C’est d’ailleurs sans doute pour cela que la loi sur l’infanticide s’est renforcée à ce moment-là. On veut à tout prix réduire la maternité à un état simpliste de grâce et de sérénité. Il y a encore beaucoup de silence, perpétué par les femmes, d’ailleurs, autour de tout ce qui est utérin.
 

Fantasy.fr : Après l’obtention du GPI, tu as porté un t-shirt Anne Fakhouri – 1, Neil Gaiman 0. Or, dans Narcogenèse, il y a un certain Marchand de Sable qui peut faire penser au Sandman de Gaiman...

Anne Fakhouri : Oui. Mais non. Il est évident que, d’un côté, j’admire beaucoup Neil Gaiman et suis imprégnée de ses écrits. D’un autre côté, nous avons aussi un univers et des références communes (ceci expliquant sans doute cela). Et ce marchand de sable est un personnage enfantin particulièrement exploitable. Un type qui balance du sable dans les yeux des gosses pour les endormir… Pas vraiment amical, non ?
Le Sandman de Gaiman est plein de poésie. Le mien est un monstre qui s’apparente plus à Freddy Krueger qu’à celui de Bonne nuit les Petits.
Quant au t-shirt, il m’arrive de le porter encore, juste pour rappeler au monde entier (mon concierge, la boulangère) que ce pauvre Neil a perdu…
 

Fantasy.fr : Alice au pays des merveilles a été l’un de tes premiers chocs littéraires. Est-ce pour cela que ton roman illustré par Xavier Collette qui a dessiné la BD adaptée du roman de Lewis Carroll ?

Anne Fakhouri : Encore une fois, je pense qu’il y a là un univers commun. Xavier Collette est un choix d’éditeur, à la base mais, comme pour Sarah Debove, j’étais ravie, quand on m’a demandé mon avis.
 

Fantasy.fr : Quels sont tes projets ?

Anne Fakhouri : J’écris un roman jeunesse et quelques nouvelles. Les nouvelles correspondent à un vieux défi. Je trouve la structure intéressante, car très éloignée de mon fonctionnement habituel d’écriture.
Après, on verra… J’ai bien ce roman de fantasy maudit. A chaque fois que je veux m’y mettre, un autre projet survient.
Sinon, je serai aux Futuriales le 14 mai et aux Imaginales du 25 au 29 mai.

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