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Charlie Adlard : Ouah, l'King of the Dead

Fantasy.fr a pu interviewer Charlie Adlard, illustrateur de la série de comics culte Walking Dead, à l'occasion de son passage à Paris.

Par Emmanuel Beiramar | Traduction : Grégory Bouet
27 avril 2011 | Mis à jour 27 avril 2011
Charlie Adlard : Ouah, l'King of the Dead
Charlie Adlard : Ouah, l'King of the Dead

Fantasy.fr : Te souviens-tu de ta première rencontre avec l’horreur ?

Charlie Adlard : Ma première expérience… C’est amusant, car j’ai un souvenir très net de mes parents me disant qu’ils venaient de voir un film terrifiant d'Alfred Hitchcock. C’était Psychose. Je crois que ça m’a effrayé pendant longtemps car j’ai mis du temps à rassembler assez de courage pour regarder ce film si terrifiant. Pendant tout ce temps, j’ai essayé d’imaginer à quel point il pouvait faire peur. C’est marrant, je viens juste de m’en rappeler. Après, le premier véritable film d’horreur que j’ai pu voir devait être Le Loup-garou de Londres. Il m’a vraiment marqué, parce que j’ai réussi à rentrer dans la salle malgré la limite d’âge qui existait en Angleterre à cette époque. J’étais tout excité, je n’avais que quinze ans, je transgressais un interdit. En plus ce film était super gore (pour l’époque), c’était fantastique, c’est la raison pour laquelle ce souvenir est si vif.
 

Fantasy.fr : Comment fais-tu pour aborder des univers aussi différents que Judge Dredd, Armitage, Savage, Gotham Nights ?

Charlie Adlard : ce n’est pas aussi différent que tu le penses. Ça reste des histoires imaginaires à ma sauce. Enfin, ça reste ma manière de dessiner. D’ailleurs, quand quelqu’un m’appelle pour me demander de dessiner…heu… n’importe quoi, je me dis que cette personne aime mon style. J’évite d’aborder tous les projets en me disant « holala, il faut que je m’adapte, que je modifie mon approche artistique. J’ai peur, je travaille sur un genre différent ». Non, je fais ce que je sais faire. Que ce soit de la science-fiction comme Judge Dredd ou Savage, ou du super-héros comme avec Batman, ou les autres, j’aborde ce projet comme j’aborde tous les autres projets. Je me dis juste qu’on attend de moi que je dessine tout ça, que ce soit bien fait, et qu’on veut que j’y apporte mon style, sans aucune pression.
 

Fantasy.fr : Existe-t-il des différences entre ton travail pour les Etats-Unis et le Royaume Uni ?

Charlie Adlard : Pas vraiment. Malheureusement, le Royaume Uni méprise un peu le marché américain. C’est ironique quand on connaît son ampleur. De même, on est à 50 km de chez vous, et il y a une influence des BD françaises dans les comics anglais, mais comme les Etats-Unis et le Royaume Uni parlent plus ou moins la même langue, nous avons vraiment trop de titres axés super-héros. Mais ça ne marche pas dans l’autre sens. Si on prend l’exemple de 2000 AD, ce magazine n’a jamais percé aux Etats-Unis. C’est le problème aussi avec les Américains qui se moquent des produits qu’ils jugent trop classiques comme 2000AD, un peu comme les années 1980 qui détestaient les années 1970. Ce n’est pas du tout la même sensibilité.
 

Fantasy.fr : Tu as repris le flambeau de Tony Moore sur Walking Dead. Comment es-tu arrivé dans l’histoire ? On t’a appelé ? As-tu rencontré des problèmes avec le numéro 7 ?

Charlie Adlard : Je connaissais Robert d’avant. On n’avait pas travaillé ensemble, mais je dessinais pour un ami, Joe Cassy, qui bossait sur un comics appelé Codeflesh [Très bonne histoire en N&B de chasseur de prime moderne NdT], et, pour faire court, Robert s’était débrouillé pour publier des épisodes qu’on n’arrivait pas à sortir. Donc, je le connais vaguement d’avant dirons-nous. C’était il y a quelques années. Et juste comme ça, il m’envoie un mail en me demandant si ça m’intéresserait de travailler sur un petit comics de zombies qu’il fait pour Image. Je ne connaissais pas Walking Dead à l’époque, et de toute manière, je ne pouvais pas lire autant de comics que je l’aurais voulu. J’avais une famille, des trucs comme ça, et ça me prenait beaucoup de temps. Mais j’étais au chômage à ce moment là, alors c’était un coup de chance énorme. Il m’a appelé juste au bon moment ! En toute honnêteté, j’aurais accepté n’importe quoi, juste pour continuer à travailler. Tout est allé très vite après, et je n’ai pas tardé à m’apercevoir que ce n’était pas qu’un simple comic de zombies comme les autres, c’était spécial. Avant même qu’on s’en aperçoive, c’était devenu un phénomène ! Et pour répondre à ta question, ça a été un peu compliqué pour moi au début. Comme je te l’ai dit, j’ai l’habitude d’aborder un projet avec une grande confiance en moi. On m’a appelé, c’est qu’on aime mon style. Mais je pense que les fans ont eu du mal à m’accepter au début. Si on prend des personnages comme Batman, Spider-Man ou Judge Dredd, les fans sont habitués aux changements de dessinateur, aux altérations artistiques constantes, alors qu’avec Walking Dead, ils ne connaissaient qu’un seul style, Celui de Tony. Le mien est très différent, je suis plus dans l’ouverture, le souci du détail, les expressions du visage. Je suis aussi plus ancré dans le réalisme et les teintes sombres. Le changement a été très net. C’est aussi pour ça que Robert a pensé que je ferais le remplaçant idéal. À cause de ces différences. Mais les fans ont eu du mal à accepter cela justement. Ils s’étaient déjà habitués à une certaine manière de voir les personnages, mais heureusement, j’ai eu 80 numéros pour les faire changer d’avis.
 

Fantasy.fr : Mais comment ça fonctionne justement ? Tu as une trame détaillée des six numéros suivants ou découvres-tu le scénario au fur et à mesure ?

Charlie Adlard : Un peu des deux. J’ai un aperçu global et je lis le script avec l’œil du fan. D’ailleurs, certains passages m’ont déjà choqué, et du coup, je sais que ça choquera aussi les fans. Des choses surprenantes liées à certains événements. En fait, avec Robert, on doit se parler une ou deux fois par an. Quand je dis parler, je parle d’une conversation d’au moins une heure, et on discute du scénario et de la direction que prend l’histoire. Je sais quand les choses vont empirer, quand il me parle de séquences six, douze ou vingt-quatre numéros à l’avance pour me préparer, mais c’est presque inutile, car il y a toutes les chances qu’il change d’avis avant d’en arriver là. En fait, c’est déjà sympa d’avoir le script et de voir ce qui va se passer, grosso-modo, et de suivre le comic comme un lecteur normal

 

Fantasy.fr : tu es un peu comme n’importe quel fan en fait.

Charlie Adlard : Oui, si on y réfléchit, c’est exactement ça. C’est super d’ailleurs. J’ai une vague idée de ce qui va se passer, mais j’ai toujours des surprises. C’est sympa, surtout que je suis quand même le dessinateur.
 

Fantasy.fr : Il y a beaucoup de scènes très violentes et sanglantes dans Walking Dead. As-tu eu du mal à en dessiner certaines ? Étais-tu horrifié ? Et quelle serait la ou les scènes qui t’ont marqué le plus ?

Charlie Adlard : Déjà, c’est assez horrible à lire. Ainsi, quand j’en arrive à l’étape du dessin, j’ai déjà digéré l’expérience et ce ne sont plus que des marques sur du papier à la fin. Même les scènes les plus atroces ne sont que des dessins après tout. Ça ne change pas vraiment d’un dessin de petits chatons ou d’un truc comme ça. Après, il y a quelques moments forts quand même. Comme je te l’ai dit, je lis le script un peu comme un fan. La fois la femme et l'enfant de Rick meurent par exemple. Je ne m’y attendais pas. J’avais parlé avec Robert quelques mois avant cet événement et il ne savait pas s’il n’allait pas plutôt blesser Lorie. Du coup, l’histoire aurait tourné autour de la question « survivra, survivra pas ». Moi, comme par hasard et en accord avec les poncifs du genre, je m’étais dit qu’elle vivrait. Un peu comme dans n’importe quelle série américaine. Quand j’ai lu le script final où elle et le bébé sont abattus, mes yeux sont sortis de ma tête. J’ai eu la même expérience avec un une scène que je viens de lire et que je ne peux donc pas révélée, bien évidement. En tout cas, je me suis dit :" j’arrive pas à croire qu’il ait fait ça "! Je me dis ensuite : "et en plus, il attend de moi que je dessine ça ! "
 

Fantasy.fr : Tu dois pouvoir dessiner un zombie les yeux fermés, maintenant...

Charlie Adlard : Les zombies sont très frustrants d’une certaine manière. C’est le truc le plus facile à dessiner, et en même temps le plus difficile. C’est simple, car on peut les dessiner rapidement, rajouter quelques détails, et on n’a pas à s’inquiéter du réalisme, de leurs traits distinctifs. On peut les dessiner à la chaîne. Mais attention, ce sont aussi des personnages à part entière. Je ne peux pas me contenter de dessiner des tas de chair et d’os qui se ressemblent tous. Non, je dois les différencier, leur donner presque une personnalité. Bon, je ne gâcherai aucun suspense en disant qu’une énorme invasion de morts-vivants se produit, et là, ça devient très compliqué à dessiner. Il en faut des hordes entières.
 

Fantasy.fr : Parlons de la série télé maintenant ? Tu incarnes un zombie dans le premier épisode. Tu peux nous en dire un peu plus sur cette expérience ?

Charlie Adlard : C’est fantastique. C’est la meilleure aventure télévisuelle qui soit en fait. Je suis resté trois jours là-bas pendant le tournage. Je ne veux pas faire de la peine à ceux qui pense que l’univers des séries télé est formidable, mais ne travaillant pas pour la série en question, étant là en invité, une fois l’excitation de la découverte passée,  je me suis un peu ennuyé. Je me contentais de me balader en faisant attention à ne gêner personne, à m’inquiéter de savoir quand on avait besoin de moi ou pas, à ne pas discuter avec qui que ce soit, car tout le monde est très occupé. A la fin, j’essayais de m’occuper comme je pouvais. Je n’avais personne avec qui partagé mon expérience en fait.
Le premier jour, je suis arrivé très très tôt et, c’est amusant, mais on me traitait comme un zombie V.I.P., j’étais un invité et non un figurant. J’ai eu le privilège d’avoir un maquillage beaucoup plus soigné, plutôt qu’un simple masque ou un fond de teint basique.
 

Fantasy.fr : Combien de temps de maquillage ?

Charlie Adlard : Pas énormément, 1h30. Ce n’était pas beaucoup plus que certains, à part pour des petits détails, car d’autres zombies avaient des plans plus importants que d’autres, avec certains accessoires, ils devaient « jouer » certaines choses. Ce sont les zombies qu’on voit le plus souvent devant les autres. C’était génial de voir chaque étape. Il y en avait un avec une énorme cicatrice sur le côté de la tête, un autre avait le cou ouvert. Le truc le plus marrant, c’était du bain de bouche colorant qui assombrit les dents, et pendant vingt minutes on se retrouve avec des dents noires. C’est super bon, ça a le goût de bain de bouche, tu vois, ça rafraîchit vachement, mais ça noircit les dents en fait. Bref, les maquilleurs n’arrêtaient pas de donner du bain de bouche à tout le monde pour garder ces dents aussi sombres que possible. Et après, il fallait une heure pour me démaquiller. Je défie quiconque de me reconnaître. D’ailleurs, même moi je n’y suis pas arrivé. Bon, c’est faisable. J’ai revu les scènes où je joue plan par plan et là, je me vois, mais quand on regarde l’épisode à la vitesse normale, ça doit durer dix ou quinze secondes.
 

Fantasy.fr : Mais qu’est-ce que tu penses de la série en elle-même ? Tu as des informations au sujet de la deuxième saison ?

Charlie Adlard : Je sais deux ou trois trucs, mais je ne peux rien dire. Mais c’est très excitant de voir comment ça va évoluer, quels sont les nouveaux personnages, des trucs comme ça. Alors, j’ai hâte qu’elle arrive.
 

Fantasy.fr : Avez-vous d’autres projets en perspective ?

Charlie Adlard : J’en ai. Rien d’officiel malheureusement, et je ne peux pas non plus en parler. Mais ce que je peux dire, c’est qu’ils concernent tous des bédés européennes. J’attendais ça depuis longtemps. Il y a quelques années, j’ai travaillé sur mon premier album de Fantasy. Il s’agissait du Souffle du Wendigo, chez Soleil, qui profite du phénomène Walking Dead pour le réimprimer d’ailleurs. Toujours est-il que je suis très content de bosser sur Walking Dead, même à l’écran, et de travailler sur une bédé française tous les deux ou trois ans. C’est parfait pour moi, car j’aime autant ces deux facettes de la bande dessinée. J’aime autant le style américain que le style européen, et c’est une chance folle de pouvoir travailler des deux côtés. En plus, tout mon travail m’appartient*, et c’est un privilège très appréciable.


*Owned series : phénomène lancé par certains dessinateurs et scénaristes qui voulaient garder les droits sur leurs créations. Popularisé par DC au début des années 1980, puis imité par Marvel à la fin de cette même décennie. NdT.

 

 

Merci à Charlie Adlard et à Emmanuelle Klein des éditions Delcourt.

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