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Irvin Kershner : En route vers les étoiles

Fantasy.fr a décidé de rendre un dernier hommage à Irvin Kershner (Les yeux de Laura Mars, L'empire contre-attaque, Jamais plus jamais, Robocop 2...) en fouillant dans ses archives audio pour vous proposer la retranscription (après plusieurs pannes d'ordinateur) de la conférence que le réalisateur avait faite à Gérardmer en janvier 2007.

Par Emmanuel Beiramar | Retranscription : Grégory Bouet
3 février 2011 | Mis à jour 3 février 2011

Pourquoi accepter de faire une suite ?

Irvin Kershner : C’est difficile de réaliser la suite d’œuvre, quelle qu’elle soit. On a toujours une raison particulière pour le faire quand même, mais en ce qui me concerne, c’est surtout parce que j’avais envie de faire un film en particulier et que je ne pouvais pas. Plutôt que de rester chez moi à ne rien faire, j’ai accepté de travailler sur les suites que l’on m’a proposées, pour faire quelque chose à la place des films que je ne pouvais pas réaliser. Quand on me propose une suite, je regarde le ou les films originaux et je me dis « OK, maintenant, je vais faire mieux ». Même si le résultat n’est pas à la hauteur de mes projets, même si c’est illusoire, voire impossible, il est très important de se placer dans cet état d’esprit, de vouloir dépasser et dépasser l’original, pour obtenir quelque chose de différent.


Comment réaliser une suite meilleure que le précédent film ?

Irvin Kershner : Déjà, on engage son propre caméraman, son propre monteur, sa propre équipe technique. En fait, on prend des personnes avec lesquelles on a l’habitude de travailler, car en collaborant ensemble sur une œuvre qu’ils ne connaissent pas, par essence, ils apportent quelque chose de neuf, de frais. Un environnement frais et rafraîchissant dans l’esprit d’une série donnée est très important.

En ce qui concerne L’Empire Contre-Attaque, donc Star Wars épisode V, quand George Lucas m’a appelé, j’ai d’abord refusé. Pourquoi ? Je lui ai répondu que Star Wars était  l’un des films qui avait connu le plus de succès dans l’histoire du cinéma, que c’était un  film excellent et que je ne voyais pas comment je pouvais faire mieux. A la rigueur, je pourrais faire presque aussi bien que l’original, donc je ne veux pas. Puis, George Lucas m’a harcelé et harcelé, il m’a envoyé des courriers, il m’a appelé, le tout pendant un mois. Au bout d’un mois de discussions, j’ai répondu : OK, George, je le fais mais à la seule condition d’avoir le contrôle absolu. Je ne veux pas de toi sur mon dos à me dire ce que je dois faire. Lucas a répondu : mais au contraire, je veux te donner cette liberté totale, je veux que tu fasses ce film à ta manière. Je veux que ce soit ton film. Et il l’a fait. C’était à tel point que je suis allé à Londres et en Norvège, pendant que Lucas restait chez lui. Il est venu deux fois en tout et pour tout, pendant deux jours à chaque fois, et encore, ce n’était que pour affaires et non pour des raisons artistiques. J’ai été complètement libre.

Je suis aussi très fier de mon travail, car après la sortie des versions remasterisées de la trilogie, j’ai regardé mon film. Il est resté exactement comme je l’avais monté alors que le premier et le troisième épisode ont été massivement remontés et modifiés. Lucas m’a juste demandé de rajouter deux fois deux secondes pour que l’on voit un peu plus le monstre des neiges. George Lucas voulait vendre les petits jouets qui sortaient au même moment. En dehors de ça, le film est resté tel que je l’avais réalisé.

En ce qui concerne la suite de Un Homme Nommé Cheval, je voulais réaliser le premier, mais je n’ai pas réussi à m’entendre avec les studios. Je dois admettre que je n’ai pas aimé le premier film. Il y avait un budget de 8 millions de dollars, une somme très impressionnante à l’époque, un budget très conséquent pour les années 1970, pour un résultat qui m’a déçu. Quelques années après, j’ai entendu parler d’une suite et je suis allé voir les studios. Je leur ai dit : voilà, j’ai des idées et j’aimerais réalisé cette suite. Les studios ont accepté. Je suis parti dans le Dakota du Sud pour le tourner avec 3,5 millions de dollars de budget. Beaucoup moins que le premier, donc. J’ai vraiment l’impression que mon film réalisé avec moins d’argent est meilleur que l’original. Ce fut une expérience très enrichissante, car ça reste le défi à relever : surpasser, ou au moins égaler, le premier film. J’ai travaillé très très dur sur l’histoire. Je suis très satisfait du résultat.

Pour la suite de Robocop, ce fut comme avec Star Wars, je ne voulais pas travailler sur la suite. Le président d’Orion m’a appelé pour me dire qu’il avait un autre réalisateur qui travaillait sur le projet depuis un an, avec pas mal d’argent investi, et qu’au bout d’une année, ce réalisateur n’était arrivé à rien. Pas d’histoire intéressante, rien de monté avec une distribution déjà prévue. Bref, il fallait vraiment commencer à tourner très vite. Il m’a dit : s’il te plait Irvin, aide-moi, fais le film, je te donne tout ce que tu veux, mais fais le film.

C’est toujours plaisant d’accorder une faveur au président d’une société, car on se dit toujours que ça pourra nous revenir. Donc j’ai accepté, j’ai fait le film, mais comme d’habitude, j’ai essayé d’apporter quelque chose en plus au Robocop de Paul Verhoven, d’y ajouter des réflexions sociales, des thèmes qui me sont chers et que j’ai réussi à intégrer dans ce film de science-fiction.

Je me permets de revenir à l’histoire avec George Lucas. Une fois que j’ai accepté de réaliser L’Empire contre-attaque, il m’a précisé qu’il financerait lui-même le film, et pas la Fox.
Il allait investir 21 millions de dollars, une somme colossale pour l’époque, dedans, soit tout ce qu’il possédait jusqu’au dernier cent. Un pari très risqué pour George Lucas à l’époque. Si le film marchait bien, il pourrait en faire d’autre, mais s’il se plantait c’était fini, il n’y aurait plus jamais de Star Wars. C’était une responsabilité écrasante pour moi. J’étais très stressé, mais je me suis aussi dit que si Lucas y tenait à ce point, était prêt à se ruiner pour le faire, qu'il croyait à ce point en moi, j'étais obligé d’accepter.


Préférez-vous rêver quand vous êtes réveillé ou quand vous dormez ?

Irvin Kershner : Quand on réalise un film, on rêve tout le temps. On rêve éveillé. On rêve endormi. On rêve tout le temps. Il s’agit d’un processus créatif très intense qui englobe toute notre vie pendant le tournage. Quand on marche dans le train, quand on dort, souvent on se réveille en se disant «ça y’est ! J’ai trouvé comment fabriquer telle ou telle séquence. C’est vraiment un processus de création très intense parce qu’on est en train de concrétiser un rêve justement.

Souvent, quand les gens regardent un film, ils trouvent que ça ressemble à la vraie vie. Pour moi, pas du tout. Au contraire. Un film est très très proche du rêve. Quand on regarde un rêve, il s’agit de quelque chose de totalement abstrait qui possède son propre temps, son propre espace, et le temps et l’espace sont mélangés. Quelque part, c’est un peu comme un film. Dans un film, le temps et l’espace sont complètement mélangés, remixés, mélangés, et interprétés. Il faut interpréter un film comme on interprète un rêve.


Pouvez-vous revenir sur l'histoire d'une scène de L'Empire contre-attaque qui a conduit à divers disputes ?

Irvin Kershner : Il s’agit d’une séquence intéressante, en effet. Je m’en souviens très bien. Tout d’abord, rétablissons la vérité. Il n’y a jamais eu de dispute sur le plateau. Au contraire. Grâce au travail des acteurs notamment, ce fut l’un des films les plus faciles à réaliser de ma carrière. Tout ce que j’ai demandé aux acteurs, ils l’ont fait très facilement, très simplement. Harrison Ford était un véritable bébé, il faisait n’importe quoi. Pour Mark Hamill, il suffisait de lui dire quelque chose et il agissait. Vraiment, aucun problème avec les acteurs, mais je me rappelle quand même de deux soucis. Le premier, c’est quand j’ai emmené Harrison Ford dans la zone des plastiques pour le moule de la prison de carbonite, puis quand je suis allé voir la planche une fois finalisée. Harrison Ford y était très statique. Là, je lui ai dit que ça n’allait pas, car Han Solo ne se laisserait pas faire comme ça, il aurait tendance à vouloir sortir du cadre, à vouloir se bagarrer avec ses geôliers. J’ai renvoyé Ford au moulage avec pour consigne de refaire le moule avec une pose plus agressive. Le gros problème, c’était que juste avant cette séquence, les acteurs étaient suspendus à plusieurs dizaines mètres de hauteur sur un plateau plongé dans le noir. A ce moment, la princesse Leïa dit à Han Solo qu’elle l’aime et Harrison Ford savait très bien ce qu’il allait lui dire, car c’était écrit dans le scénario. Dès  que j’ai vu cette scène dans le scénario, j’ai su que ça n’irait pas. La ligne de Ford était « je t’aime aussi ». Han Solo ne pouvait pas répondre ça ! C’est un personnage viril, fort. S’il répond ça, il donne l’avantage à la femme. J’ai quand même tourné la scène avec le « Je t’aime / Moi aussi ». ça n’allait pas. Vraiment pas. Mais c’était  l’heure de déjeuner et tout le monde ne pensait plus qu’à aller manger. J’ai dit non. On  va rester, on va tester d’autres répliques, d’autres essais. J’ai donné d’autres répliques à Harrison Ford, on a retourné la scène avec l’une des fameuses répliques supplémentaires, mais ça n’allait toujours pas.
On va continuer, c’est pas grave. A ce moment-là, au bout de dix répétitions, toute l’équipe à commencé à me haïr, elle voulait partir manger, boire de la bière. On boit beaucoup de bière en Angleterre, c’est quelque chose de sacré pour nous. L’ambiance devenait vraiment électrique, tant et si bien que j’ai fini par dire à Harrison Ford : écoute, je laisse tourner la caméra, et tu dis la première chose qui te passe par la tête, ce que tu veux, n’importe quoi. On commence la séquence, le film se tourne, la princesse Leïa lui dit « je t’aime » et Solo répond « je sais ». C’était parfait ! C’était exactement ce qu’aurait répondu Han Solo. Mon premier assistant, également réalisateur, a insisté pour faire d’autres prises, arguant que l’on était bien parti pour obtenir ce dont on avait besoin. J’ai répondu que c’était bon, j’avais la réplique parfaite. L’assistant m’a dit : mais « je sais », ça ne va pas du tout, c’est drôle, c’est marrant. Justement ! C’est drôle, c’est ce que je veux, ai-je rétorqué. J’ai donc gardé cette séquence.
Quelques mois plus tard, quand j’ai montré le premier montage à George Lucas, il y a eu un petit moment de tension. Pendant la projection, Lucas m’a dit : Hé, attends, ce n’est pas la ligne que j’ai écrite !. J’ai répondu : Effectivement. Lucas a repris : Je sais. Ça ne va pas du tout ! C’est drôle, les gens vont rire !  J’espère bien, ai-je répondu. George Lucas ne comprenait pas. Pour lui, la séquence devait être sérieuse. Justement, je lui ai expliqué. Comme ce moment doit être sérieux, et la scène qui suit est encore plus sérieuse, car Han va se faire congeler, les gens ont besoin de rire, de se décharger de cette tension, de cette énergie dramatique justement pour pouvoir rebondir sur quelque chose d’encore plus sérieux et tragique. C’est exactement ce que Han Solo doit dire à ce moment-là. C’est la bonne séquence. George Lucas n’était pas convaincu et il lui a demandé de faire deux montages. L’un avec « ma » réplique et l’autre avec la réplique originale. Je savais que le public avait adoré la séquence avec « Je sais » et c’est la raison pour laquelle elle est restée.

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