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Splice : Interview de Vincenzo Natali

Splice : Interview de Vincenzo Natali

Splice, de Vincenzo Natali, est disponible depuis quelques semaines en DVD et Blu-ray. Fantasy.fr vous propose une interview de son réalisateur.

Par Emmanuel Beiramar | Traduction : Grégory Bouet
12 janvier 2011 | Mis à jour 14 janvier 2011
Splice : Interview de Vincenzo Natali
Splice : Interview de Vincenzo Natali

Fantasy.fr : Quelle fut votre première rencontre avec l'imaginaire ?

Vincenzo Natali : Ma première rencontre se passa avec un film de Ray Harrihausen, Les Voyages de Sinbad. Je devais avoir 4 ou 5 ans et je crois que c’était mon premier film d’ailleurs. C’était un film de monstres en fait et j’étais captivé par le travail de Ray. C’est pour ça que j’ai voulu devenir créateur d’effets spéciaux. Ce n’est pas surprenant si mon plus gros film, Splice, est un film bourré de créatures du coup. C’est en quelque sorte ma déclaration d’amour aux films de monstre.
 

Fantasy.fr : A l’image de Harryhausen, avez-vous privilégié les effets visuels et physiques aux effets numériques ?

Vincenzo Natali : Tout à fait. Dren, notre organisme hybride, est une combinaison de plusieurs techniques d’effets spéciaux. Il y a beaucoup d’effets visuels en fait, mais j’ai mis un point d’honneur à intégrer nombre d’effets physiques, car je reste persuadé que les meilleurs effets spéciaux ont une base physique. C’est pour ça que je voulais un véritable acteur en chair et en os pour jouer Dren. Ainsi, nous avons obtenu des mouvements que nous n’aurions jamais pu reproduire avec une créature totalement digitale. Quand on voit comment Dren évolue… de manière assez dramatique d’ailleurs comme on peut le voir sur mon t-shirt, il y a certains passages où elle est entièrement digitalisée. Nous n’avions pas le choix, mais dès que c’était possible, nous revenions à un acteur bien vivant.
Notre principal objectif quand nous avons conçu Dren était : créons la créature la plus crédible possible du point de vue biologique et organique et injectons aussi le plus d’humanité possible. J’ai eu énormément de chance en tombant sur Delphine Chaneac lors du casting. Elle joue Dren et sa présence est incroyable. Elle donne une profondeur au personnage de Dren que nous n’aurions jamais pu atteindre avec une créature digitalisée. C’est très important pour ce film qui, tout en étant un film de monstre, et j’espère bien avoir fait tout ce qu’il fallait pour qu’il réponde aux attentes des fans du genre, est aussi une histoire tournant autour des relations entre les gens mais aussi les émotions qui se développent entre une créature et son créateur. D’ailleurs, dans le film, ces relations s’aventurent dans des régions assez étranges.
 

Fantasy.fr : Créer le personnage de Dren, a t-il été difficile ? C’est un monstre, tout en étant très attirant. Comment s’est déroulée cette création de personnage ?

Vincenzo Natali : C’était un véritable défi. L’évolution de Dren ressemble un peu à l’histoire du vilain petit canard qui se transforme en cygne. Un enfant que seule une mère pourrait aimer. Elle commence comme un monstre repoussant pour aboutir à une magnifique créature, peut-être le prochain stade de l’évolution. D’après moi, notre démarche en créant le dernier stade d’évolution conçue pour être magnifique était un peu complexe. Entre nous, je voulais éviter quelque chose qu’on pourrait peindre sur un van, mais d’un autre côté, je ne voulais pas d’un être si étrange et/ou repoussant qu’il perdait toute crédibilité et que le personnage d'Adrien Broady ne pourrait pas suivre. Tout a été une histoire d’équilibre. On a réussi je crois, mais vraiment grâce à Delphine. Elle est si jolie, et elle parvient à rester attirante et sensuelle d’une manière très particulière sans que cela soit surjoué ou vulgaire. Elle a cette nature un peu androgyne ce qui rend le jeu charmant sans être trop sexuel.
 

Fantasy.fr : Vous abordez des thèmes assez sensibles comme les modifications génétiques, une certaine forme d’inceste, la sexualité entre des espèces différentes. Cela n’a pas été trop difficile à gérer ?

Vincenzo Natali : C’est ce qui m’a emballé avec ce film. Je voulais adapter le mythe de Frankenstein au XXIe siècle. Inconsciemment, ce film rend un grand hommage à Mary Shelley mais en même temps, je pense qu’on s’aventure là où elle n'est allée. En plus, et c’est logique, ce film s’inscrit bien mieux dans notre époque. Les protagonistes du film, comme Elsa Kast interprétée par Sarah Polley, joue parfaitement la relation mère-fille. En cela, je trouve que c’est parfaitement dans l’air du temps avec cette vision féminine, alors que l’histoire de Frankenstein est avant tout une relation père-fils.
Après, sachant que l’objectif principal d’une espèce est de se reproduire, le film se devait d’aborder la sexualité. C’était inévitable. Ne pas le faire serait revenu à éviter le sujet. Nous n’avions pas peur d’aborder ce thème et nous avons même repoussé les limites. D’ailleurs, Sarah Polley m’a dit, non sans une certaine fierté, que ce film était indéfendable d’un point de vue moral. Elle a probablement raison. Je lui ai répondu que, à mon sens, c’était la manière la plus honnête de réaliser ce film et pour tout dire, cette idée d’être attiré par quelque chose de non-humain est très ancienne. Cela existe depuis des milliers d’années et elle s’est infiltrée dans notre inconscient. Toutes les mythologies ont leur version de la sirène, du centaure ou des anges, des hybrides d’humains et d’animaux, qui finissent par devenir des objets de désir. Ce concept m’intrigue beaucoup et j’étais très intéressé par l’idée que la génétique pourrait donner vie à ces mythes. C’est pour cela que nous ne nous sommes pas gênés pour creuser ce concept et j’espère que ça rend notre film assez unique ou du moins, que ça le place au-dessus d’un simple film de monstre.
 

Fantasy.fr : Vous avez pensé à ce film il y a une dizaine d’années, juste après Cube, et en dix ans, la génétique a beaucoup évolué. Votre scénario a-t-il aussi beaucoup changé durant toutes ces années ?

Vincenzo Natali : Oui, il a changé. Enfin, l’essence du scénario est restée la même, mais la forme, oui. En fait, j’ai co-écrit le scénario avec deux autres personnes, Antoinette Terry Bryant et Doug Taylor qui est arrivé un peu plus tard, mais à la base, c’était un court-métrage. Après ce court, nous nous sommes dit qu’il y avait une histoire au potentiel beaucoup plus important, alors nous l’avons réécrite. Mais dans l’ensemble, je peux affirmer que le cœur du récit n’a jamais changé. Nous sommes passés par différentes phases de création, nous avons testé pas mal de style, mais nous sommes toujours retombés sur la base de notre scénario. Le véritable défi, selon moi, c’est ce sujet si explosif qui ressort sous bien des formes comme l’identité, la famille, l’évolution. Chaque aspect pourrait donner lieu à un film et toute la difficulté tenait à harmoniser tous ces éléments, à maintenir une certaine cohésion et ne pas s’éparpiller et c’est la raison pour laquelle ça a pris tant de temps. Il faut aussi ajouter que nous avons eu beaucoup de mal à trouver des financements pour ce film qui présentait deux défis, celui d’aborder des sujets très sensibles et de réaliser des effets très complexes. Dren est très lourde en effets spéciaux et demandait une certaine part de budget pour être crédible. Ce film n’aurait pas pu exister sans la confiance de la Gaumont. Il fallait une entreprise indépendante pour relever le pari. Aucun studio hollywoodien n’a voulu de mon film. J’ai essayé, mais en vain. Heureusement, en France, il y a une mentalité très saine vis-à-vis du sexe. La Gaumont, par exemple, ce n’était pas un point faible, mais un point fort dans une perspective commerciale. Et c’est comme ça que le film a vu le jour.
 

Fantasy.fr : Pouvez vous nous parler de vos projets comme High-Rise  ? Splice 2 peut-être ?

Vincenzo Natali : Splice 2 ?! (Rires)

 

Fantasy.fr : On ne sait jamais. Vous vouliez ne faire qu’un seul Cube et il y a eu deux suites. S’il y a un autre Splice, serez-vous plus impliqué dans son développement qu’avec les autres Cube ?

Vincenzo Natali :  Il est vrai que la fin de Splice, sans pour autant la dévoiler, est une porte grande ouverte pour une suite, mais je n’en ai jamais eu l’intention. Ça m’a juste semblé la meilleure façon de clore le film. Cela dit, et en prenant l’exemple de Cube, mon premier film, et ses deux suites avec lesquelles je n’ai rien à voir, si une suite doit voir le jour, alors je le réaliserai et je m’en occuperai, à l’inverse de Cube où j’ai rejeté en bloc l’idée des suites, en partie par naïveté. Maintenant que je suis vieux et sage, je veux contrôler ce qui arrive, car en fin de compte, la plupart des gens pensent que j’ai fait ces films et je ne veux pas avoir la responsabilité d’un bon ou d’un mauvais film si je n’ai rien à voir avec lui.
En ce qui concerne High-Rise, je suis vraiment emballé. Il s’agit d’une adaptation d’un roman de J.G. Ballard (I.G.H. , roman paru dans la collection Dimensions SF de Calmann-Lévy. NdT) écrit il y a une trentaine d’année, mais sûrement plus d’actualité que jamais. Cela raconte l’histoire d’immenses gratte-ciel qui contiennent de véritables villes et dont les sociétés s’effondrent et régressent à un état de barbarie hallucinant. Comme dans Splice, j’y aborde des thèmes très sensibles, ce qui rend le projet encore plus excitant. De plus, 2010 a vu la concrétisation de la Burj (à Dubaï. NdT) , la plus grande tour du monde qui représente parfaitement les édifices du roman de Ballard. Personnellement, je pense que c’est dans la nature de ces immeubles de créer un microcosme à l’image du monde et quand on est dans un de ces bâtiments, on a une vision assez effrayante de cet univers.

 

Vous pouvez retrouver une interview filmée de Delphine Chaneac sur la Fantasy TV.

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