Toute l'actu de
l'imaginaire
En ce moment sur Fantasy.fr

Pierre Pevel : L'Homme au texte de fer

A l'occasion de la sortie du Dragon des Arcanes, le troisième tome de la série Les Lames du Cardinal, Fantasy.fr vous propose une interview de Pierre Pevel, en partie réalisée durant son passage sur notre forum.

Par Emmanuel Beiramar
9 septembre 2010 | Mis à jour 13 septembre 2010
Pierre Pevel : L'Homme au texte de fer
Pierre Pevel : L'Homme au texte de fer

- Quelles sont vos oeuvres favorites en imaginaire ou autre ?

Pierre Pevel : Mes oeuvres favorites ? En littérature, je ne sais pas trop. Mais je peux citer mes auteurs préférés : Flaubert, Dumas, Maupassant. Westlake et James Lee Burke. Je suis aussi un grand admirateur de Goscinny et de Franquin.

- Quelles ont été vos premières lectures de fantasy ?

Pierre Pevel : Les premières lectures de fantasy : j'ai commencé, classiquement, par Tolkien, avec aussitôt une vive préférence pour le Silmarillon. Puis j'ai lu Moorcock (Cycle d'Elric), Leiber (Cycle des Epées), Howard, Zelazny, Vance. En outre, je suis d'une génération qui a été assez gâtée par le cinéma en matière de fantasy. Ado, j'ai pu voir à leur sortie Conan, Excalibur, le premier Indy, l'Empire Contre-Attaque. Ces films m'ont sans doute aussi marqué que mes lectures, les uns appelant souvent les autres.


- Que pensez-vous du domaine de l'imaginaire français, actuellement (tous domaines confondus : livres, films...), et que pensez-vous de son attachement avec les domaines américano-britanniques (s'il se démarque, ou si au contraire il s'en inspire) ?

Pierre Pevel : Je suis bien incapable de donner mon avis sur le domaine de l'imaginaire français. Français ou étranger, d'ailleurs. La raison en est simple : je ne lis ni fantasy, ni sf, ni fantastique. Ou plutôt, je ne les lis plus. Peut-être parce que ça me donne un peu l'impression de ramener du boulot à la maison ! Une exception à cela : Pratchett.


- La plupart de vos livres sont le reflet d'une période de l'Histoire. Quelles sont celles qui vous intéressent le plus ?

Pierre Pevel : Ma période préférée est le début du XVIIe siècle français. A savoir le règne de Louis XIII et le gouvernement de Richelieu. C'est l'époque des Trois Mousquetaires et de quelques autres romans de cape et d'épée... dont les Lames du Cardinal. Je serais bien en peine d'expliquer pourquoi. C'est juste comme ça. Je trouve que les mousquetaires ont la classe, j'aime la mode et l'architecture de cette époque, les événements historiques, les bouleversement sociaux... et les bastons à l'épée... et les poursuites en carrosse... et les complots... etc.


- comment naissent vos romans vis à vis de l'Histoire dont ils utilisent le décor ?

Pierre Pevel : C'est assez souvent un événement ou une réalité historique qui m'inspire la matière d'un bouquin. Les Lames sont nées de l'enlèvement clandestin, en terre étrangère, d'un espion sur lequel le cardinal de Richelieu voulait mettre la main. Quelques hommes de confiance ont ainsi passé la frontière pour enlever l'espion en pleine nuit et le ramener en France. Je me suis demandé qui étaient ces hommes ? Comment ils avaient été choisis ? Et que serait-il advenu s'ils avaient été pris ?
De même, l'Alchimiste des Ombres s'appuie sur la difficulté de la reine à donner un héritier au trône de France. Les dragons viennent ensuite !

- Pensez-vous pouvoir écrire de la science-fiction ? ou dans d'autres genres dans des époques plus contemporaines ?

Pierre Pevel : Je n'ai pas la fibre sf. Sauf à écrire dans un univers historique décalé, comme je l'ai fait avec Viktoria, mon seul roman steam-punk.
La période contemporaine ? Pourquoi pas. Mais là encore, avec un décalage, un élément de fantasy, une trouvaille scénaristique qui fait que notre monde n'est pas exactement notre monde.

- Selon vous, faut-il parfaitement maîtriser la réalité pour insuffler de la Fantasy dans un roman ?

Pierre Pevel : Je crois en effet que plus l'aspect historique est solide, documenté, plus les éléments de fantasy prennent du relief, et moins il est besoin d'en mettre. Je crois aussi que les éléments de fantasy gagnent en authenticité, en crédibilité. Je les traite d'ailleurs avec le même sérieux et le même aplomb que les éléments historiques. Pour moi, ils ont le même degré de réalité.
Et puis, d'une manière plus générale, à quoi bon mettre en scène une époque historique si c'est pour mal faire le boulot ? Autant tout inventer. Ou s'inspirer de l'Histoire mais sans le dire. Lorsqu'on inscrit un bouquin de fantasy dans une période historique précise, il faut que cette démarche ait un sens. C'est-à-dire qu'il faut que l'Histoire "l'emporte" sur la Fantasy. Pour exprimer ça en %, je dirais qu'il faut au moins 51% d'Histoire contre 49% de fantasy pour qu'on puisse parler de fantasy historique - et le roman gagne à ce que ces 51% soient aussi solides que possible. Si la proportion est inversée, on a alors de la fantasy plus ou moins inspirée de l'Histoire. Pour moi, c'est très différent.
Pas mieux ni moins bien, juste différent.


- Quelle a été la part de recherche, en termes de temps et d'investissement ? Ce travail est venu avant l'écriture avec l'intérêt naturel que vous avez pour ces époques ou vous avez fait des recherches tout le long de l'écriture de vos différents livres ?

Pierre Pevel : Concernant la doc pour les Enchantements, il a fallu que la réunisse après avoir eu l'idée de l'univers des romans. Cela n'a pas été très difficile. Quelques bouquins et un atlas du Paris 1900 ont suffi. J'ai surtout lu, ou relu, les romans de l'époque : Leblanc, Leroux, etc...
Ma doc sur le XVIIe est de très, très loin plus importante, et je n'ai pas fini d'en accumuler. Mais ma passion pour cette époque a commencé avant que j'imagine les Lames, avant même que je ne développe Wielstadt. Avant même que j'écrive, en fait. Et elle serait égale et intacte, même si je n'écrivais pas. C'est un siècle que j'adore et que je prends vraiment plaisir à mettre scène, à faire revivre. Cela fait plus de vingt ans maintenant, soit depuis que j'ai lu les Trois Mousquetaires, que cette époque m'intéresse. Je n'ai jamais songé à compter les bouquins qui la concernent, mais ils occupent tout un pan de ma bibliothèque. Et je continue donc à en acheter, à les lire, à faire des fiches, à constituer des dossiers, etc. Je n'en aurai jamais fini !


- Dans vos romans vous faites intervenir des personnages historiques (Louis XIII, Richelieu, Anne d'Autriche, Mme de Chevreuse, etc.) et des personnages pseudo-fictifs (Athos et d'Artagnan). Allez vous rajouter d'autres personnages fictifs ou non qui enrichiront votre mythologie (Aramis, Ambroise Paré, Balsamo, Cyrano, Porthos,etc) ?

Pierre Pevel : Il n'est pas impossible que d'autres personnages célèbres (fictifs ou non) fassent leur apparition. Je ne m'y oblige pas. Ce sont les circonstances de l'intrigue qui dictent.

- Avez-vous un secret pour rendre beaucoup de vos personnages attachants ?

Pierre Pevel : Ben non. Je n'ai pas de secret. Je sais seulement que je consacre du temps et du soin à mes personnages. Malgré leur dimension héroïque, je les veux crédibles. C'est-à-dire avec des vertus et des défauts, des préférences, des centre d'intérêts, des habitudes. Une certaine profondeur psychologique, donc. Je sais également que je préfère les montrer qu'expliquer. C'est la règle du "show, don't tell". Donc, si un personnage est égoïste, plutôt que d'en parler sur une page, je le montre en situation d'être égoïste. Ainsi (je crois), le lecteur découvre l'égoïsme du personnage. Il se fait sa propre opinion.

- Vous faites naître des images issues de films d'aventures. Avez-vous une approche particulière ?

Pierre Pevel : Quant à l'aspect visuel de mes romans, il tient sans doute à mon imaginaire. Je "vois" ce que je raconte, ce que je décris. D'ailleurs, je dois passer par cette étape de "visualisation" avant d'écrire. Il faut que je me fasse une idée assez précise du décor, de la mise en scène, du déplacement des personnages, etc. C'est comme ça. Je ne peux pas faire autrement. C'est peut-être générationel. J'ai regardé la télé avant de savoir lire. Mes plus vieux souvenirs sont des images et des moments de séries télé.

- Planifiez-vous toutes vos intrigues personnages ou écrivez-vous avec une idée globale de votre intrigue, le reste venant en chemin ?

Pierre Pevel : Je suis de ceux qui imaginent toute l'histoire (et dans ses moindres détails) avant de commencer l'écriture. J'élabore ainsi un script extrêmement précis, où le déroulement de chaque scène est décrit, avec parfois des éléments de dialoque ou de description. J'ai besoin de ce travail préparatoire. Sans lui, je suis mal à l'aise quand j'écris. J'ai besoin de savoir où je vais, et à quel rythme. A ce titre, je considère que j'ai deux métiers : celui de scénariste, puis celui de narrateur.

- Pourriez-vous nous décrire ce qu'est chez vous, une journée type d'écriture ?

Pierre Pevel : Mes journées de boulot se ressemblent toutes. Je me lève vers midi, je bois un thé et je me mets au boulot. Jusqu'à 19-20h. Je me remets au taf après minuit, jusqu'à 2 ou 3h. Ensuite, au lit avec un bouquin. Dodo vers 4h. Quand je suis en phase d'écriture, je n'écris que dans l'après-midi. La nuit, je relis, je corrige, je cogite. Le reste du temps, je l'emploie essentiellement à combattre le mal et à découvrir des vaccins.

- Combien de signes ou de pages écrivez-vous en moyenne par jour ?

Pierre Pevel : Je suis un lent. Un laborieux. J'écris environ 5 000 signes par journée de boulot. C'est très peu. Et en me donnant du mal, en plus. Parfois, je monte à 10 000. Rarement. Un exemple à ne pas imiter, à moins d'avoir un éditeur TRES compréhensif.
Les scènes dialoguées me viennent assez facilement. Les descriptions, les ambiances sont plus difficiles à écrire. Et les scènes de combat sont ce qu'il y a de plus dur : la description des actions doit être précise mais ramassée, le style doit être vif et... le tout doit être visuel ! Une vraie vacherie.


- Un auteur de SFF français traduit en anglais, c'est rare. Pouvez-vous nous dire comment ça s'est passé ?

Pierre Pevel : Pour ce qui est de la traduction des Lames en anglais, c'est Tom Clegg qui l'a réalisée. Avec talent, je dois dire. Pour son malheur, je lis l'anglais. J'ai donc pu constater la très grande qualité de son travail. Mais aussi le harceler sur des points de détail. Il a été très patient avec moi.

Le contact avec Gollancz s'est essentiellement fait par l'intermédiaire de Gillian Redfearn, l'éditrice qui a remarqué mon bouquin et a tout fait pour que Gollancz le prenne. C'est à elle et, chez Bragelonne, à Stéphane Marsan, que le bouquin doit d'exister en anglais. Ma part dans tout ça est modeste. Une fois le bouquin écrit, je me suis contenté de regarder le miracle se produire grâce au travail d'autrui.


- Vous avez rencontré George R.R. Martin à l'occasion d'Anticipation. De quoi avez-vous parlé ? Sais-tu s'il a eu le temps de lire ton roman ?

Pierre Pevel : J'ai en effet croisé Martin cet été à Montréal. Nous n'avons eu le temps que d'échanger quelques mots, le temps de nous découvrir une même admiration pour Alexandre Dumas. Martin s'est montré particulièrement aimable mais nous n'avons pas pu lier véritablement connaissance. D'ailleurs, il était très sollicité.
J'ignore s'il a eu le temps de lire mon bouquin. L'exemplaire qu'il tient entre les mains est une des épreuves anglaises reliées mais non corrigées sorties spécialement pour la WorldCon.

- Pouvez-vous nous dire quelques mots sur l'accueil des Lames chez les Anglo-saxons ainsi que l'obtention d'un Gemmell Award ?

Pierre Pevel : The Cardinal's Blades a été très bien accueilli en Grande-Bretagne. J'en suis ravi, bien sûr. Et recevoir le prix Morning Star du David Gemmell Award a été la cerise sur un gâteau déjà délicieux. J'ai rencontré beaucoup de lecteurs anglais heureux de découvrir une fantasy autre que la fantasy anglo-saxonne : souhaitons que cette curiosité profitent bientôt à d'autres auteurs français. J'espère que The Alchemist in the Shadows ne décevra pas le public. Il sortira en Grande-Bretagneen même temps que le Dragon des Arcanes, soit un petit mois avec la sortie du premier tome aux US ! Je crois que c'est ce qui s'appelle une rentrée chargée !

Le troisième tome des Lames sort dans quelques jours. Que pouvez-vous nous dire sur ce Dragon des Arcanes ?

Pierre Pevel : Le Dragon des Arcanes reprend là où l'Alchimiste des Ombres s'arrêtait. Il oppose les Lames à des adversaires particulièrement redoutables et les confrontent à des dangers plus grands que tous ceux qu'ils ont rencontrés jusqu'à présent. Mais l'enjeu est de taille : Paris est menacé de destruction... et ce n'est pas le pire ! Bref, les Lames vont traverser des épreuves qui ne les laisseront pas, mais vraiment pas indemnes. D'ailleurs, le roman commence avec un mort dans leurs rangs...



Le Dragon des Arcanes sort en librairie le 17 septembre 2010.

publicité
Bandes-annonces
Looper
Looper

Joseph Gordon-Levitt et Bruce Willis réunis comme on ne s'y attendait pas.

Frankenweenie
Frankenweenie

Le nouveau film d'animation de Tim Burton.

Dredd
Dredd

Le Juge Dredd est de retour !

publicité
Accès rapide
Cinéma Télévision Littérature Jeux
Bilbo le Hobbit Game of Thrones Le Trône de Fer Dragon Age
(Le prélude du Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien) (Le Trône de Fer) (La saga de George R.R. Martin) (Le jeu de BioWare)
Les Vengeurs The Walking Dead La Roue du Temps Diablo 3
(Captain America, Thor, Iron Man, Hulk...) (D'après la série de comics de Robert Kirkman) (L'épopée de Robert Jordan) (Il n'y a pas que World of Warcraft chez Blizzard)
The Amazing Siper-Man Torchood Le Disque-Monde Assassin's Creed
(L'Homme-Araignée, nouvelle version) (Le spin-off de Doctor Who) (La série de Terry Pratchett) (Tout sur la franchise d'Ubisoft)
The Dark Knight Rises Camelot
(Le 3e Batman de Christopher Nolan) (Oubliez la série Merlin)
Conan le Barbare Spartacus : Blood and Sand
(D'après Robert E. Howard) (Sexe et sang chez les gladiateurs)
Harry Potter et les Reliques de la Mort
(D'après Joanne K. Rowling)
Twilight : Révélation
(D'après Stephenie Meyer)
Pirates des Caraïbes 4
(Jack Sparrow est de retour)