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Anne Fakhouri : Voyage au pays de l'écriture

Anne Fakhouri a fait des études de lettres qu’elle a orienté vers le mythe arthurien. Elle a participé à la création d’Actusf, société pour laquelle elle dirige, entre autre, des anthologies. Le Clairvoyage est son premier roman. Avec sa suite, La Brumes des jours, il vient de remporter le GPI du roman jeunesse. Fantasy.fr l'a interviewée à cette occasion.

Par Emmanuel Beiramar
1 novembre 2009 | Mis à jour 1 novembre 2009
Anne Fakhouri : Voyage au pays de l'écriture
Anne Fakhouri : Voyage au pays de l'écriture
Anne Fakhouri : Voyage au pays de l'écriture

Fantasy.fr : Peux-tu nous raconter ta première rencontre avec l'imaginaire ?

Anne Fakhouri : Avec la littérature de l'imaginaire? C'était Alice au pays des merveilles. J'avais huit ans et j'étais dans une école anglaise. Alice a été le premier livre en v.o que j'ai lu. Ça a été une vraie révélation, à tous les niveaux. Sans rentrer dans des considérations psychanalytiques, je peux quand même dire que j'ai réalisé que j'allais mourir en lisant ce livre.
Sinon, je suis né en plus milieu des années 70, j'ai donc toutes les références Fantasy et SF de ma génération: George Lucas, Jim Henson, Steven Spielberg... J'ai vu et revu L'histoire sans fin, Labyrinth, Princess Bride et Star Wars, évidemment, mais aussi des films de vampires et Les Goonies ou Les Gremlins. C'était le début d'un cinéma Fantasy, fantastique et SF vraiment actif grâce aux effets spéciaux qui se développaient, mais aussi du jeu de rôle... J'ai bien peur que nous soyons une génération « imaginaire ».
 

Fantasy.fr : A chaud, quelles sont tes impressions (juste après l'optention de son prix) ?

Anne Fakhouri : (Plutôt émue) : Je ne veux plus jamais faire ça !
 

Fantasy.fr : Que représente pour toi l'obtention de ce prix?

Anne Fakhouri : Du bonheur, évidemment. Je suis heureuse que Le Clairvoyage ait été remarqué par un tel jury. La reconnaissance du milieu fait autant plaisir que celle des lecteurs, mais à un autre niveau.
Et puis, je ne veux pas faire ma fayote mais savoir que Jean-Claude Dunyach fait partie du jury me laisse encore ébahie et tellement émue... Je me revois reposer Déchiffrer la Trame en me disant que je venais de lire LA nouvelle.
 

Fantasy.fr : Parle-nous du Clairvoyage et de La Brume des Jours

Anne Fakhouri : Le Clairvoyage raconte l'histoire de Clara, douze ans. Ses parents viennent de mourir et elle est confiée à un oncle qui n'a pas l'habitude des enfants et une tante claquemurée dans son atelier de peintre. Clara s'aperçoit assez vite que sa nouvelle famille est liée à des créatures étranges et qu'elle possède elle-même le don de clairvoyage.
La Brume des jours reprend les aventures de Clara mais je ne peux vous en dire plus si vous n'avez pas lu Le Clairvoyage... Disons seulement qu'elles se déroulent dans un autre monde.

 

Fantasy.fr : Faire original avec quelque chose d'aussi exploitée que la Féerie n'a pas dû être facile. Quel est ton ingrédient secret ?

Anne Fakhouri : Je ne me rends pas compte de l'originalité du Clairvoyage mais je vais tenter de répondre.
Mon imaginaire, sans doute, ce qui ne me vaut vraiment aucune gloire. Je me nourris d'imaginaire, je vis dans d'autres mondes depuis toujours, comme la plupart des écrivains, je pense. Je m'y perds facilement.
Mais je crois sincèrement que je dois cette vision des fées à Pierre Dubois et son grand fabulaire du Petit peuple (avec Hausmann, dans Spirou, en 84, si je me souviens bien). Il reprend un folklore qu'on avait perdu au profit des fées chrétiennes, certes très gentilles et bienveillantes mais qui manquaient tout de même assez de consistance.
 

Fantasy.fr : Comptais-tu dès le départ faire un dyptique?

Anne Fakhouri : Oui. Le Clairvoyage était la première étape, l'introduction à l'aventure que j'avais en tête. En fait, dans l'idéal, je n'aurais dû faire qu'un seul tome mais le format aurait alors été trop lourd pour de la jeunesse. J'aurais pu aussi laisser clore le premier tome et en faire un one shot mais je n'avais pas envie d'abandonner Clara à ses douze ans...
 

Fantasy.fr : Il y a une vraie rupture entre les deux tomes. La Brume des Jours étant bien plus sombre que Le Clairvoyage. N'as-tu pas eu peur à un moment de perdre tes plus jeunes lecteurs ?

Anne Fakhouri : Je doute que Le Clairvoyage ait vraiment de très jeunes lecteurs. Je pense qu'il peut être lu à partir de douze, treize ans. Je me suis retrouvée face à ce que tout écrivain connait à un moment ou un autre : j'ai eu le choix entre continuer mon histoire dans sa propre logique ou l'adapter pour plaire à un public que je ne connais pas. Je n'avais vraiment aucune idée du type de lecteurs qui me liraient (dieu merci, sinon je ferais plutôt du marketing). J'ai voulu écrire un livre qui puisse être lu par des adultes et des adolescents. J'ai donc tenu compte de l'intérêt du lecteur en général. En revanche, la noirceur ne pose pas vraiment de problèmes. Je crois que nos gosses lisent des choses bien plus violentes ou sombres.
 

Fantasy.fr : Tu vas reprendre l'un des personnages dans un prochain roman, non ?

Anne Fakhouri : Oui, effectivement. Cela dit, j'écris tout à fait autre chose pour l'instant. Au moment de commencer ce roman de Fantasy qui parle de l'origine d'un des personnages de la Brume des Jours, un autre projet s'est imposé et a balayé les autres. Mais j'ai tout un carnet de notes, de croquis et de cartes... Il me faut du temps, maintenant, et du café.

 

Fantasy.fr : Tu as une écriture très travaillée qui plait aux lecteurs avertis tout en restant accessible aux plus jeunes. Un mélange difficile à obtenir, non?

Anne Fakhouri : Ouh la, je le prends pour un vrai compliment!
Je dois beaucoup à Mireille Rivalland qui m'a montré comment avoir une écriture plus nette, plus efficace. Je sais être très confuse, trop prolixe, dans le mauvais sens du terme.
Cela dit, je ne sais pas pour mon écriture mais je pense aussi que je suis ce mélange là. J'ai des goûts et des connaissances très classiques mais un vrai intérêt pour les œuvres populaires. L'écriture idéale, celle à laquelle j'aspire (le chemin est long) devrait à mon sens ressembler à ça: accessible et riche. Gaiman, en jeunesse, en est l'exemple le plus actuel.
Les gens qui pensent qu'on a l'air intelligent en faisant des phrases compliquées ou en étant incompréhensibles n'ont rien compris à la littérature et, pour être très franche, m'emmerdent. J'ai horreur de cette scission, dont j'entends tout le temps parler, entre une littérature populaire (traduire: mal écrite et nulle) et une littérature de qualité. Il y a plusieurs degrés de plaisir dans la littérature: celui de la découverte, de la compréhension, de l'esthétisme, de la détente...
J'aime lire une littérature populaire de qualité. Elle existe, contrairement aux rumeurs d'un petit milieu qui commence à se scléroser à force de confondre satisfaction égotique, CV littéraire, culture encyclopédique et plaisir.
 

Fantasy.fr : Quelles difficultés as-tu rencontrées dans l'écriture des deux tomes ?

Anne Fakhouri : Pour Le Clairvoyage, j'ai été confrontée à un problème de structure. J'ai beaucoup simplifié. Il y avait déjà trop d'événements. L'écriture aussi a été un problème. J'ai appris à couper mes phrases en deux et, comme tous les écrivains, traquer les adjectifs.
Pour La Brume des jours, j'ai plus été dérangée par des problèmes de cohérence, de « raccords » à faire entre les deux tomes. Mon écriture avait évolué, en revanche, grâce aux conseils que j'ai eus sur Le Clairvoyage.
 

Fantasy.fr : Peux-tu nous raconter une expérience positive et une autre négative depuis la signature de ton premier contrat ?

Anne Fakhouri : Je crois que l'expérience la plus positive a été de rencontrer des lecteurs qui avaient aimé Le Clairvoyage. Parfois, ils m'ont donné une vision très différente de la mienne, étonnante, riche.
Pour la déception... J'ai laissé de côté un projet que j'avais mis en place avec un directeur de collection. Ça m'a vraiment perturbée. J'y reviendrai plus tard, sans aucun doute mais là je dois faire des choix. J'ai plusieurs romans en préparation et je ne peux en écrire qu'un à la fois.
 

Fantasy.fr : Que cherches-tu à faire partager à travers ton écriture ?

Anne Fakhouri : Plusieurs choses... Mon goût pour les mondes imaginaires et l'ambiguïté du nôtre. J'aime bien gratter la peinture, voir ce qu'il y a derrière les apparences.
Ensuite, je défends des valeurs cons: le droit à la différence, le droit à choisir sa propre vie, mais aussi le devoir d'être confronté à ses responsabilités et ses choix.
Mais avant tout, je cherche à partager de l'émotion. Je suis toujours dans l'émotion, l'hypersensibilité. C'est ma vision de la littérature et ma culture. Certaines personnes ont une sensibilité qui leur tient lieu d'intelligence. J'en fais partie.
 

Fantasy.fr : Tu diriges également des anthologies. Que cherches-tu à faire partager à travers elles? Que recherches-tu dans les textes que tu sélectionnes ?

Anne Fakhouri : Les textes marchent ou pas. Point. Je tente aussi de privilégier une certaine variété.
Dans Les Ogres qui sera réédité prochainement, il y a une cohérence: tous les textes ont été écrits par des femmes. Dans Les Fées dans la Ville, les textes sont très variés, tant dans l'ambiance que dans l'écriture.
 

Fantasy.fr : Après Les Ogres, Les Fées dans la Ville. Ces deux anthologies, comme ton diptyque, sont en rapport avec la féerie. Pourquoi ce monde te tient-ils autant à coeur ? Comptes-tu t'en éloigner pour d'autres ouvrages ?

Anne Fakhouri : Je pourrais parler de l'évasion du prisonnier, comme le disait Tolkien... Mais j'aime ce monde parce que c'est le mien. J'en maîtrise les codes, les intervenants. Le monde réel est plus difficile à percevoir pour moi, plus angoissant. J'ai besoin d'aller faire un tour dans d'autres mondes pour l'affronter. L'imaginaire me rend plus forte. J'y trouve aussi ma forme d'humour, et de la tendresse.
C'est de l'affect, ni plus ni moins. Et qu'on ne vienne pas me souffler dans les bronches avec de l'intellectualisme à deux balles. Tout est une question d'affect et d'émotion dans la Fantasy et le fantastique.
La SF, c'est un peu différent... Mais bon, je lis très peu de SF. J'en étudie avec mes élèves. En écrire est plus compliqué pour moi, je n'ai pas la culture, je tombe facilement dans des clichés mais je vais essayer très bientôt, pour le plaisir d'une collaboration !
 

Fantasy.fr : Quels sont tes projets ?

Anne Fakhouri : Terminer cette année difficile dans mon collège et écrire en parallèle le livre qui s'est imposé et que je proposerai à l'Atalante, mais en adulte puis les trois autres, si tout va bien, dans le temps... J'aimerais aussi écrire quelques nouvelles. J'ai écrit un conte de Noël pour Jacques Baudou cet été et ça m'a donné envie d'explorer la forme courte.

 

Le clairvoyage et La brume des jours sont disponibles dans la librairie de Fantasy.fr.

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