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Tad Williams, l'auteur touche-à-tout

Fantasy.fr a eu l’occasion de poser quelques questions à l’auteur d’Autremonde, de L’Arcane des épées et de Château d’ombre.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce dernier est un bon vivant, tant ses passions et ses occupations sont nombreuses. Si vous désirez connaitre le sentiment de l’auteur sur un tas de sujets, il vous suffit de lire ce qui suit !

Par Emmanuel Beiramar
23 janvier 2009 | Mis à jour 10 juin 2010
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Vous avez écrit de la Fantasy, de la science fiction, des scénarii de comics, des récits pour la jeunesse, vous avez eu plusieurs métiers avant de devenir écrivain, y a-t-il encore un domaine qui vous intéresse auquel vous n'avez pas encore touché ?

 

Oui, beaucoup ! Mais en fait, il y en a assez peu dans lesquels je n'ai pas débuté. J'aimerais refaire de la peinture, ça me manque. J'aimerais travailler plus pour des films, je n'en ai fait que fait que quelques-uns, indépendants, et j'aime beaucoup les films. J'ai recommencé à jouer de la musique, ce qui m'avait beaucoup manqué aussi. Et en fait, il y a certainement beaucoup de choses auxquelles je n'ai pas pensé et que je voudrais essayer. J'adore faire plein de choses à la fois. Si on ne peut faire qu'une seule sorte de choses, par exemple si vous ne pouvez être qu'écrivain, c'est comme dire à un peintre qu'il ne peut utiliser que du rouge, ou que du vert... Il y a tellement de façons de raconter des histoires et de faire de l'art et elles sont toutes intéressantes. Et vous apprenez de nouvelles choses à propos de vous-même et sur le monde à chaque fois que vous essayez et essayez de faire les choses de façon différente. Donc, j'aime faire les choses autrement, et il y a probablement plein de trucs que je n'ai pas encore faits et que j'aimerais.

 


Si vous n'aviez pas été écrivain quel aurait été le métier que vous auriez aimé faire ?

En fait, écrire a été une des dernières activités créatives que j'ai essayées. J'ai fait de la musique, du dessin, du théâtre, de la radio, donc j'imagine que j'aurais travaillé dans l'un de ces domaines. L'écriture a été le premier domaine avec lequel j'ai réussi à gagner ma vie. En dehors des métiers créatifs, j'aurais peut-être été enseignant, car j'adore synthétiser différentes sortes de connaissances, différentes choses ensemble pour les expliquer aux gens. J'aurais probablement fait un autre métier créatif dans les champs qui me plaisent, ou je serais devenu prof.


Au niveau de l'écriture parmi tous les domaines que vous avez touchés quel est votre domaine de prédilection ?

Je dis souvent, voyez-vous, au cours d'interviews qu'en quelque sorte je rejette la distinction entre la fantasy et la science fiction. Nous n'avons pas de terme générique en anglais, pour décrire l'ensemble, Clive Barker a essayé d'imposer le mot « fantastic » (fantastique) comme terme général mais ça n'a pas pris... Je n'aime pas choisir un genre particulier, j'ai tendance à écrire de la Fantasy très science fictionnelle, une fantasy avec beaucoup de faits et très construite avec un monde très poussé, mais j'aime aussi faire de la SF basée sur les idées et les personnages et pas tellement sur la science. J'aime jouer avec les codes des genres, y entrer et en sortir. J'aime l'horreur ; il y en a dans mon travail, mais je ne pense pas avoir écrit un livre qui n'était qu'un livre d'horreur. Ce que j'aime dans ce champ-là, c'est la liberté, prendre des éléments divers et les mettre ensemble dans quelque chose que j'espère unique, mon propre mélange de diverses choses.

 


Quand vous lisez, vous espérez retrouver ce genre de chose ?

Absolument ! Habituellement, mes écrivains préférés sont ceux qui me surprennent, qui sont de bons conteurs d'histoires, car bien raconter une histoire est une chose très difficile à faire. Beaucoup de gens peuvent vous donner une intrigue mais vous donner une histoire avec une vraie structure où tout se passe et qui vous tient en haleine, qui n'est pas qu'une intrigue, c'est une façon entière de penser et d'expérimenter. J'aime les auteurs qui peuvent faire ça. Mais aussi les écrivains qui ont un certain sens de l'humour, ça ne veut pas dire d'écrire un roman humoristique mais ils ont des vues sur le monde, généralement sombres et cyniques mais pas désespérées, pas sombres au point que tout le monde veuille se suicider. Quoi d'autre ? J'aime me sentir comme si je vivais d'autres vies, c'est la raison pour laquelle j'ai toujours aimé l'Histoire, j'aime les choses qui vous font comprendre les autres modes de vie. Je pense souvent que la chose la plus triste doit être les gens qui lisent pas et qui n'ont qu'une seule vie et quand ils meurent ils n'ont eu que cette unique vie ! J'ai l'impression d'avoir vécu des milliers de vies parce que je suis un lecteur. J'aime lire des gens qui me présentent de nouvelles choses. Si on parle de Izzo, l'auteur français de polar, je ne suis pas de Marseille (NDT l'environnement de livre de J-C Izzo) mais j'ai l'impression d'en savoir un peu sur ce que c'est e vivre à Marseille et d'y avoir grandit. C'est ce genre de choses que j'adore. L'écrivain qui m'amène un autre monde me rend heureux.

 


Dernièrement, qu'avez-vous lu qui vous ait bouleversé ?

 

Il faut que je réfléchisse car habituellement je lis 15 livres en même temps... Je lis un livre vraiment très intéressant qui s'appelle Life and death are wearing me out de Mo Yan, un écrivain chinois que d'aucuns voient comme un futur prix Nobel, un jour. C'est l'histoire de la Chine moderne du point de vue d'un homme qui est un propriétaire terrien qui est exécuté par les communistes locaux en 1939 et qui revient de l'enfer, en tant qu'âne. Des gens de sa ville en sont les propriétaires dans sa propre maison, sur sa propriété, et durant l'histoire il devient un porc et d'autres choses. Donc il y a cette expérience du point de vue d'un animal mais ça parle aussi de la période post-révolutionnaire en Chine. C'est amusant et absurde mais en le lisant vous apprenez des choses sur la Chine moderne. Ça me plaît beaucoup mais je ne l'ai pas encore fini pour le moment. Je viens de parler de Jean-Claude Izzo, l'auteur de polar français qui est mort il y a quelques années, je lis sa trilogie marseillaise, je ne peux pas dire que ça me secoue complètement car je trouve que Noir est un peu trop romantique pour moi, la tragédie d'un homme seul... mais je l'apprécie beaucoup et j'aime beaucoup, comme je l'ai dit, être dans un autre endroit. Je lis aussi des livres sur la physique, Physics for stupid people (NDT : La Physique pour les nuls), un autre par Michio Kaku qui est un physicien très connu et qui a écrit un très bon livre pour les gens qui sont dans la SF : les idées de la SF sont-elles possibles. Les champs de force, les voyages dans le temps et tout ça... écrit par un grand physicien qui examine à la loupe ces choses-là. Pourquoi elles pourraient ou ne pourraient pas fonctionner, je ne me souviens plus du titre. (NDT : à priori, il s'agit de Physics of impossible, non traduit pour le moment.) J'apprécie beaucoup de choses...

 


Pourquoi avoir choisi de publier le début de votre nouvelle saga (Shadowmarch) sur le Net ?

 

C'estune longue histoire... Premièrement j'ai rencontré il y a à peu près quinze ans deux artistes : Roger Dean qui a fait les pochettes des albums de YES et Michael Kaluta, qui dessine des comics. Et ils m'ont parlé de faire un film. J'ai cherché à savoir comment faire de la fantasy épique en film. Mais ça ne marchait pas ! Alors ça ne s'est pas fait, je n'ai rien fait avec eux. Alors je me suis dit que personne n'avait fait de la bonne fantasy pour la télé. Donc j'ai pris l'idée et je me suis dit comme on fait ça pour la télévision. Pour moi, la fantasy parle de voyage, alors comment on fait et qu'est-ce qu'on change pour la télévision ? On peut rester au même endroit et j'ai créé le monde du Château d'ombre (Shadowmarch) qui est situé autour du château. Il y a eu des négociations avec divers personnes de la télévision, et après disons deux ans, quelqu'un de haut placé de la chaîne Sci-Fi en Amérique, a dit non. "Pourquoi avoir un autre programme de Fantasy alors que nous avons déjà Xena !" C'est littéralement ce qu'ils ont dit. Ces gens ne savent rien de notre centre d'intérêt. Alors ç'a été très frustrant. Je ne voulais pas commencer un autre roman de high fantasy mais j'avais beaucoup travaillé avec cette idée. Je me suis demandé ce qui serait intéressant de faire. J'ai donc décidé de faire une série de fictions, des morceaux, sur Internet. Parce j'avais le sentiment que nous ne ferions pas beaucoup d'argent et que j'ai un style de vie onéreux. J'ai écrit un autre livre la même année, ainsi que le premier Château d'ombre en ligne. J'ai également  écrit La guerre des fleurs.  À la fin de la première année, on a décidé que, sauf si j'étais capable d'écrire deux livres en même temps pendant plusieurs années supplémentaires, je ne pourrais plus offrir l'histoire en ligne car nous ne faisions pas assez d'argent. Mais au bout d'un an j'étais au milieu d'une histoire et je voulais vraiment trouver ce qui allait arriver à ces personnages. Heureusement, j'ai pu transformer tout ça en livre et le vendre. C'est pourquoi j'ai ajouté beaucoup de matériel et fait le premier volume. Actuellement je termine le quatrième livre. C'est une histoire compliquée jusqu'à ce point-là. Les deux derniers volumes ne seront que des livres, et donc pas disponible online.

 

 

Internet a considérablement changé l'industrie de la musique, de la télévision et du cinéma, est-ce la même chose pour la littérature ?

 

C'est en train de se passer mais ce n'est pas encore fait. Parce que, au point où nous en sommes, le texte est encore très bon marché et un livre de poche est une façon très aisée de transporter du texte. Un jour bientôt, les gens vont lire sur leur téléphone ou quoi que ce soit d'autre, et ils voudront avoir tout électroniquement. Mais à aujourd'hui c'est toujours très bon marché d'avoir un livre de poche, ici je ne sais pas combien ils coûtent - 5 ou 6 euros, peut-être ? - et si vous l'oubliez dans le bus, ce n'est pas la fin du monde ! Ce n'est pas comme si vous perdiez votre téléphone ou une coûteuse liseuse électronique. Mais le jour viendra où les textes seront plus facilement disponibles et les gens seront habitués à la lecture sur écran, qui est une autre barrière, beaucoup de monde ne trouve pas ça confortable, mais les nouvelles générations, les jeunes, commence à trouver ça faisable et n'auront pas de problème avec ça. Alors oui, ça arrive. Ce n'est plus exactement comme avant mais ça n'a pas encore complètement changé. L'une des raisons du point de vue du business, pas de l'art, car j'ai toujours fait plusieurs choses différentes, est que je ne me sens pas piégé dans quelque chose grâce à ces changements dans la façon de gagner ma vie. Je veux pouvoir me dire, je fais moins de ceci et plus de cela car toutes ces choses changent, vous comprenez ? La musique est le meilleur exemple, personne dans l'industrie de la musique ne sait ce qui va se passer, personne n'a de plan. Les maisons de disques sont en panique. Avant, ils menaient la danse mais maintenant elles ne comptent plus. Et les disques qui se vendent le mieux ne font que des quantités plus petites car beaucoup de monde les prend sur Internet. J'ai toujours été intéressé par ça et j'essaie de ne pas dire que tout ça est mauvais, j'essaie de dire que c'est ça qui va se passer. Le futur arrive, à nous de s'y adapter. Je pense que si, comme moi, vous êtes un conteur d'histoire, il y aura toujours un endroit pour le faire. Et si vous êtes bons pour ça, vous trouverez toujours un moyen de vous mettre en avant et de dire  d'une certaine façon "si vous aimez mes histoires plus que celle des autres, alors donnez-moi un peu d'argent que je puisse en vivre."

 


Tout à l'heure, nous avons parlé de vos différents métiers. Est-ce que vous avez déjà eu l'idée de créer un univers vraiment multimédia ?

 

Oh, absolument ! Quand je travaillais chez Apple, à la fin des années 80, un ami et moi, qui travaillions tous les deux là-bas, sommes devenus très intéressés par ce qui s'appelait à l'époque le multimédia interactif. Les premiers jours de la réalité virtuelle. Nous allions à toutes les conférences. Nous avons rencontré Jaron Lanier qui a inventé le premier gant virtuel (data glove). Nous avons lancé une entreprise en 1995 dans laquelle nous faisions de la télévision interactive, beaucoup de trucs analogiques. Et même dans les années 1990, j'avais élaboré un plan avec des propositions pour environnement en ligne. Dans ma série Autremonde, un monde s'appelle "The house", une grande maison sans fin (en français dans le texte). C'était à l'origine une idée pour un monde multimédia où les gens viendraient. Il y aurait des histoires, de l'aventure comme dans un jeu, mais où vous pourriez juste vivre, avec un salon où échanger mais il y aurait cette grande histoire qui ne serait pas seulement comme World Of Warcraft, marcher et tuer. Il y aurait cette maison avec des histoires, et personne ne saurait pourquoi elle est comme ça. C'était au début des années 90, donc oui, je me suis toujours intéressé à ça. Comme je n'ai pas pu réaliser ça, j'ai écrit les livres d'Autremonde pour jouer avec ces idées. J'ai donc utilisé cette maison, mais également plusieurs de mes idées sur les environnements multimédia. À l'heure actuelle, les gens commencent à revenir vers moi en disant que maintenant que ces idées sont plus ou moins concrètes, nous pouvons ensemble. Et je suis très ouvert à ça, ça m'intéresse beaucoup. Essayer de faire un environnement avec des personnages de jeux de rôles mais aussi avec des histoires construites pour donner aux gens autre chose à faire, avec un esprit derrière qui le rende spécial et introspectif. Donc oui, je suis très intéressé par tout ça.



Quels sont vos projets ?

 

Je finis le dernier tome de Château d'ombre et à côté de ça, mon épouse et moi écrivons une série de livres pour les jeunes adultes en cinq volumes, dont le premier s'intitule The dragon of ordinary farm. Nous n'avons pas encore d'éditeur français pour le moment mais nous avons des contacts. Pour mon prochain livre, je ferai soit de la science-fiction à nouveau, mais plus futuriste ou bien du fantastique, un livre sur une guerre froide entre le paradis et l'enfer, avec un personnage qui est mort et est renvoyé sur Terre pour travailler avec l'enfer. Il est envoyé du paradis pour travailler avec l'enfer car les gens meurent mais ne vont dans aucun de ces deux endroits. Alors ils doivent travailler ensemble comme durant la guerre froide. Ils ne s'aiment pas et ne se font pas confiance. C'est un autre livre possible. Ce sera donc celui-là ou celui de SF. Au bout du compte, il est probable que j'écrive les deux. J'ai également un autre projet pour les jeunes adultes. Et je dois aussi écrire à peu près six nouvelles dans les mois qui viennent pour des anthologies pour Gardner Dozois, entre autres une anthologie basée sur les écrits de Jack Vance (NDT : Songs of the Dying Earth). Et si je peux refaire des comics, ça me plairait bien. Le problème c'est le temps !

 

 

Qu'est-ce que ça vous fait de collaborer avec votre femme ? C'est une façon différente de travailler ?

 

Mon épouse, Deborah, était mon éditeur britannique. Nous avons une relation de travail depuis longtemps. Je la respecte beaucoup mais elle est encore un nouvel écrivain pour certains aspects. Alors elle me laisse organiser et même si nous écrivons la même quantité, je structure davantage nos récus. En fait, je suis une espèce de rédacteur en chef, je crois. Elle apprend très vite et elle est très intelligente, donc bientôt ça sera vraiment du 50/50. On travaille vraiment bien ensemble, on partage le même bureau. Je ne collabore pas beaucoup  avec un co-auteur et le faire avec sa propre femme, quand quelque chose se passe mal... eh bien, il faut continuer à vivre ensemble ! Mais, en grande partie grâce à elle, ça marche très bien. Il est très très aisé de travailler avec elle.

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