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Loïc Le Borgne : Africa King

Loïc le Borgne s’est fait remarquer avec sa trilogie des Enfants d’Eden, un space opera tumultueux qui met en scène la jeune Marine à la recherche de ses origines (Collection Autres Mondes, Mango). Après s'être attaqué au fantastique avec Je suis ta nuit , il nous propose Le Sang des Lions, un roman d'anticipation ayant pour cadre l'Afrique.


A l'occasion de la sortie du roman dans la collection 15-20 d'Intervista, Fantasy.fr vous propose une interview de son auteur.

Par Emmanuel Beiramar
26 décembre 2008 | Mis à jour 26 décembre 2008
Loïc Le Borgne : Africa King
Loïc Le Borgne : Africa King

Doit-on considérer Le Sang des Lions comme une déclaration d’amour à l’Afrique ?

Loïc le Borgne : Plus exactement, je crois, un hymne à la nature sauvage, à ses mystères, à ses beautés, et à l’aventure au cœur de cette nature. J’aime depuis toujours lire des récits d’aventures en alternance avec des romans de littérature  de l’imaginaire. Je pense que l’on retrouve ces affinités dans mes histoires. Ici, comme dans la trilogie des Enfants d’Eden (chez Autres Mondes) les deux fusionnent. Je voulais parler de l’Afrique mythique, de notre fascination pour la savane, pour la faune sauvage. Jef, le jeune héros, va découvrir cette Afrique spectaculaire, et vivre des aventures tumultueuses, en rencontrant des personnages pittoresques,  en faisant face à des situations périlleuses. J’aime l’aventure populaire, dans le bon sens du terme, quand elle regorge de péripéties, de grands espaces, de rebondissements, quand elle a du souffle, comme dans les récits de Robert Louis Stevenson, Jack London, Jules Verne par exemple. J’ai beaucoup voyagé pour tenter, je crois, de retrouver ces sensations, et maintenant j’écris…


Il y a d’ailleurs beaucoup de références à d’autres récits, dans Le Sang des Lions...

Loïc le Borgne : J’ai toujours aimé les romans, les nouvelles, les films sur l’Afrique. J’ai lu les récits d’Hemingway, Kessel, Blixen, Conrad... Pour écrire le livre, j’ai de nouveau regardé des classiques du cinéma comme Hatari, Mogambo, African Queen, Les Neiges du Kilimandjaro, Out of Africa.  Les parcs Magic Eden, dans Le Sang des Lions, représentent  ce rêve, ce mythe, désuet mais toujours ancré dans l’imaginaire occidental, de l’Afrique éternelle au pied du Kilimandjaro. Le rêve est même poussé jusqu’à l’absurde, avec ces animaux placides, ce dôme climatisé au-dessus de la montagne. Les hommes ont créé un paradis artificiel… qui ne demande qu’à s’effondrer. J’ai voulu bâtir cette histoire comme un tour de magie : le lecteur, tout comme Jef, le personnage central, en a d’abord plein la vue. Avant de comprendre que c’est une illusion, et qu’il y a autre chose de bien plus mystérieux dans le chapeau… Le récit d’aventure, ludique, cache un récit initiatique. On passe du monde de John Wayne, juché sur sa voiture avec son lasso à la main dans Hatari, à celui de la forêt profonde dans Le Cœur des ténèbres, de Conrad, qui a inspiré le film Apocalypse Now.



Le récit se déroule dans le futur, mais en Afrique. C’est plutôt rare, non ?

Loïc le Borgne : C’est vrai, pas mal de récits de science-fiction ont pour cadre l’Europe ou les Etats-Unis, sans doute parce qu’il est plus facile d’imaginer le futur de notre civilisation que celui d’une autre. Mais j’ai découvert en voyageant d’autres cultures, d’autres mondes, d’autres modes de pensée. Dans cent ans, ils existeront toujours. Que seront-ils devenus ? L’Afrique a un futur, et a donc aussi sa place dans des récits de science-fiction. Des auteurs comme Mike Resnick, avec Kirinyaga, et d’autres romans du même genre, ont d’ailleurs ouvert la voie depuis longtemps. Je trouvais intéressant de plonger des technologies futuristes au pays des éléphants et des Massaïs. De voir un vaisseau passer devant le Kilimandjaro, ou un guépard cyborg traquer des évadés dans la savane.



Comment avez-vous imaginé les Magic Eden, ces étranges parcs ?

Loïc le Borgne : J’ai eu l’idée de ces parcs en visitant un zoo avec mes filles. Les lions, les guépards, les girafes sont si beaux qu’on aimerait s’approcher, passer les grilles pour les caresser. Bien entendu, c’est impossible, et l’on doit se rabattre sur des peluches synthétiques. Dans le roman, les concepteurs des Magic Eden, grâce à la génétique, sont allés au bout du fantasme. On ne risque rien en approchant les animaux transgéniques, doux comme des agneaux. Les Magic Eden n’existent pas actuellement, mais il y a, dans des parcs de loisirs ou des zoos, des attractions qui s’en approchent : on vous propose de caresser des dauphins, de vous promener avec des lions… En général, ce n’est pas donné, mais les gens se précipitent, comme si nous étions avides de ce genre de contact avec le monde sauvage, et même en manque.



Les Magic Eden pourraient exister ?

Loïc le Borgne : Peut-être pas dans l’immédiat, mais probablement d’ici peu. J’ai travaillé sur le concept avec ma sœur, biologiste aux Etats-Unis. Nous avons vite rejeté la théorie controversée des prétendus gènes de l’agressivité, pour nous orienter vers des animaux transgéniques dont certaines glandes sont modifiées, et qui secrètent leurs propres calmants. C’est inquiétant, mais réaliste.



Et risqué, non ?

Loïc le Borgne : Le livre justement montre qu’il est prétentieux de vouloir ainsi manipuler la nature, de croire qu’on peut transformer, sans conséquences, des êtres vivants en machines ou en jouets, des animaux sauvages en peluches. Là encore, je me suis inspiré de problèmes que rencontrent aujourd’hui des généticiens dans les labos. Et puis, en modifiant les animaux, les concepteurs des Magic Eden n’ont pas réalisé qu’ils déstabilisaient tout un écosystème, celui de la savane, dont l’équilibre est fragile, parce que chacun dépend des autres.


Les Massaïs sont très présents dans Le Sang des Lions. Est-ce par admiration ?

Loïc le Borgne : J’ai choisi les Massaïs, mais j’aurais pu prendre d’autres peuples en exemple. Et même citer des pays, des associations locales, qui font en Afrique de gros efforts en matière de protection de l’environnement. Les Massaïs, c’est vrai, ont su préserver durant des siècles, dans la savane, un équilibre parfait entre les humains et leur bétail, la faune sauvage, et la végétation. Les grands fauves, ou des animaux énormes comme les éléphants, les rhinocéros, n’ont pas disparu de ces territoires, comme ailleurs sur la planète. Ce qui m’intéressait, c’était de comprendre comment et pourquoi les Massaïs étaient parvenus à ce résultat. Ce sont des règles écologiques simples, pragmatiques, qui garantissent l’équilibre de cet écosystème. Mais plus encore, c’est un mode de pensée, une manière de concevoir le monde qui sont au cœur de cette préservation réussie, du moins jusqu’à maintenant. En étudiant les croyances des Massaïs, qui rappellent sur bien des plans celles de tribus d’Indiens d’Amérique, ou d’autres peuples qui n’ont pas rompu le contact avec la nature, on déniche de judicieux conseils en matière d’écologie, d’actualité aujourd’hui.  Ces peuples savent que la nature est si complexe qu’il est prudent, face à elle, de faire preuve d’humilité. Dans le cas contraire, on devient humble aussi, mais par la force des choses, après une très douloureuse volée de bois vert. C’est ce qui guette les créateurs sans scrupules des Magic Eden, pour qui seuls les profits engendrés par le tourisme comptent.



Dans Le Sang des Lions, le héros, Jef, s’enfonce peu à peu dans les profondeurs de l’Afrique et touche du doigt certains mystères…

Loïc le Borgne : Dans mes romans, j’aime embarquer les lecteurs dans un voyage dont ils ne connaissent pas la destination, dans une sorte de spirale qui va de plus en plus loin, qui s’enfonce dans d’étranges contrées. J’aime les emmener jusqu’à ces instants où l’on ne sait plus si l’on est dans la réalité ou dans l’imaginaire. Les animaux nous poussent vers cette frontière. Il suffit de regarder un chat dans les yeux pour le comprendre. Pense-t-il ? Que pense-t-il ? Quel est son monde ? Qu’êtes-vous pour lui ? Vous pouvez essayer avec un chien, un cheval, un loup, un lion dans un zoo. L’instant où l’animal plonge ses yeux dans les vôtres est magique. Vous ne seriez pas plus perdu face à un extraterrestre. Vous pénétrez en territoire étranger. Au fond, nous sommes très seuls dans l’univers et même sur Terre. Nous n’avons pu établir de contact approfondi avec aucune espèce, y compris sur notre propre planète, et cela, je crois, nous pèse. Mais peut-être que certains humains, qui ne pensent pas comme nous, Occidentaux, y sont parvenus... C’est ce que Jef va tenter de comprendre…



Vous nous présentez dans Le Sang des Lions, qui se déroule dans une centaine d’années, une Afrique florissante et une Europe moribonde. Pourquoi cette inversion des rôles ?

Loïc le Borgne : D’abord parce que l’Afrique, c’est un immense continent, une grande mosaïque, mais que nous réduisons souvent, en Europe, à quelques clichés. Aux infos, on entend en général parler des famines, des guerres, de la pauvreté, des épidémies. Ce sont des fléaux, dans certaines zones d’Afrique, c’est vrai. Mais l’Afrique est aussi gorgée d’énergie, de jeunesse, d’intelligence. Elle est même, je crois, un vivier d’idées pertinentes que nous pourrions étudier de plus près, en matière d’écologie par exemple.

 

Dans le roman, la puissante fédération de l’Afrikwana, au sud-est de l’Afrique, a été bâtie autour de l’Afrique du Sud. Pourquoi ce pays ?

Loïc le Borgne : Je me suis rendu en Afrique du Sud. J’ai été très impressionné par le mélange perpétuel entre tradition et modernité. C’est un monde fascinant, avec des autoroutes et des lions, des buildings et des paysages somptueux. Peut-être les prémisses, encore balbutiants, d’une société conciliant respect de la nature et modernité. Après tout, chez nous, on tolère à peine quelques loups et une poignée d’ours. Là-bas, il y a parfois des éléphants dans les champs… Je me suis inspiré de ce pays pour imaginer une Afrique florissante, high-tech, rayonnante, telle qu’elle pourrait aussi, on peut toujours rêver, le devenir. Je voulais échapper aux clichés catastrophistes et fatalistes. Je n’ai pas non plus cependant présenté une Afrique idyllique : l’Afrikwana, dans le roman, a des qualités et des défauts. Je crois que si l’Afrique en avait les moyens, elle aurait beaucoup d’avenir. Dans Le Sang des Lions, elle a obtenu ces moyens, grâce notamment à ses recherches en matière d’énergies alternatives, alors que l’Europe est restée arc-boutée sur ses acquis. L’Afrique du Sud est d’ailleurs en pointe de la recherche dans plusieurs domaines. Elle lance par exemple en ce moment des satellites voués à la protection de l’environnement.
 

L’Europe par contre, dans le roman, est bien mal en point…

Loïc le Borgne : Elle a subi de plein fouet une crise économique et une crise climatique, dont les effets se sont cumulés pour aboutir à un appauvrissement global. Quand j’ai écrit le manuscrit, en 2007, la crise financière n’était pas encore passée par là. Mais j’étais parti sur le principe que notre système économique complexe, imbriqué, était un véritable château de cartes. Et qu’il détestait l’imprévu. Or si personne n’est capable de dire précisément de quelle nature sera le dérèglement climatique qui s’annonce, tout le monde est à peu près d’accord pour affirmer que la règle sera le chaos. La bourse ne va pas aimer…

 

C’est pourquoi les flux de réfugiés se sont inversés ?

Loïc le Borgne : En fait, c’est bien là où je voulais en venir. Une manière de dire: « Attention, notre position n’est peut-être pas éternelle… » Et de pousser un peu le lecteur à se mettre à la place de l’autre, de ce jeune homme qui remonte aujourd’hui du Sud, des espoirs pleins la tête, des rêves d’Eldorado dans le cœur, qui a accepté les profondes déchirures du départ, la séparation avec les proches, les risques de la route, du voyage clandestin, et qui finit dans un camp de transit, ou, pire, renvoyé au milieu du désert comme un pestiféré. J’admire le courage de ces jeunes gens, leur volonté farouche de s’en tirer. Si nous étions nés du côté le moins riche, ne ferions-nous pas la même chose ? De toutes mes forces, je crois que j’essaierais…

 

Au fond, Le Sang des Lions ne parle-t-il pas toujours de ce même thème, celui des frontières ?

Loïc le Borgne : C’est vrai. Les frontières entre pays ou zones économiques, les frontières qui séparent les hommes des animaux, le présent du passé et du futur, les frontières entre civilisations, entre couleurs, entre cultures. Les frontières, au fond, révèlent nos faiblesses. Sans elles, nous sommes plus forts. Mais leur disparition, qui exige des efforts, et même un certain altruisme, fait toujours peur, alors qu’elle engendre de l’espoir, des dynamiques, des renaissances, sans gommer les particularités. En Europe, nous savons désormais qu’elles ne sont pas forcément éternelles, et que leur suppression ne conduit pas à la catastrophe. Un jour l’idée de frontière sera peut-être comme celle de l’esclavage aujourd’hui : un truc périmé qu’on ne comprend plus. Une idée du temps passé.

 

Alors que paraît le livre, vous offrez aussi au lecteur des nouvelles sur Internet ?

Loïc le Borgne : Oui, on trouve quatre nouvelle inédites sur mon site. J’ai écrit ces Nouvelles de l’Afrikwana en même temps que le roman, parce que je me plaisais dans cet univers, que j’avais envie de m’y balader un peu plus, mais avec un ton différent. C’est une vision décalée des Magic Eden, un peu comme si l’un des Massaïs du récit nous racontait ces quatre histoires au coin du feu. Plutôt que de les garder dans un coin de mon ordinateur, j’ai préféré les offrir aux lecteurs. Elles dévoilent un peu le fonctionnement des Magic Eden, et montrent l’absurdité d’un tel système. Je pense qu’ Internet est un média parfait pour proposer des compléments aux lecteurs, avant ou après la lecture d’un roman (comme les bonus d’un DVD).

 

Quels sont vos projets ?

Loïc le Borgne : Je travaille à un futur roman, en restant dans le thème de l’écologie et du futur, mais de manière différente. Je me penche sur la perception que nos descendants auront de nous, et du monde que nous leur auront laissé. Les arbres seront, après les animaux, au cœur de ce récit. Je corrige aussi un thriller fantastique, dans la même veine que Je suis ta nuit...

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