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Xavier Palud et David Moreau : L'oeil du tigre

Après avoir fait leurs armes chacun de leur côté, Xavier Palud et David Moreau réalisent ensemble le très remarqué Ils. Deux ans plus tard, ils s'attaquent à The Eye, le remake américain du film des frères Pang, dans lequel ils dirigent Jessica Alba.

Fantasy.fr a interviewé les deux réalisateurs lors de leur passage au BIFFF où ils étaient venu présenter leur film.
Par Emmanuel Beiramar | Emmanuel Beiramar et retranscrits par Cyril Lenoble'Xavier Palud et David Moreau : L'oeil du tigre
9 avril 2008 | Mis à jour 9 avril 2008
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Comment en êtes-vous venus à réaliser "The Eye" ?

Xavier  Palud : C'est une longue histoire. On a terminé Ils, notre premier film en décembre 2005. Il était programmé pour sortir le 19 juillet 2006 en France. Il y avait donc 6 mois où l'on a essayé d'écrire des projets avec David mais bizarrement en France, il n'y a pas tellement de synergie vis-à-vis de ça. Il s'est trouvé que le film produit par le Studio Canal est parti au marché du film à Berlin. Et là, on a commencer à avoir des coups de fil de producteurs, d'agents américains et finalement, on s'est décidé pour l'agent William Morris et on est partis un quinzaine de jours à Los Angeles pour rencontrer une soixantaine de producteurs. On nous a proposé différents projets parmi lesquels The Eye et on a vraiment eu un coup de coeur pour l'histoire. On n'était pas spécialement fans du film original mais le script tel qu'il était adapté pour le public américain et européen, nous séduisait et on avait des choses que l'on pouvait apporter, il y avait un univers et on aimait beaucoup l'idée de travailler, comme pour notre premier film, sur l'idée de la suggestion : mettre le public dans une situation dans laquelle il n'est pas que spectateur. Je vous donne un exemple dans Ils, quand les gens sont agressés dans leur maison, au lieu de traverser la porte quand quelqu'un frappe contre cette porte, on est toujours restés avec nos comédiens ; soit on les filmait eux, soit on filmait la porte et on entendait ce qu'il se passait. Avec The Eye, c'est quelqu'un qui recouvre la vue. Le but était de redécouvrir quelque chose et si, possible expérimenter cette situation avec elle. Et cela a été le moteur de notre décision sur les projets entre lesquels on a eu à choisir.

En dehors de la réadaptation à la "sauce" occidentale du scénario, qu'est-ce qui vous a vraiment marqués dans cette histoire ?

David Moreau : Le personnage comme le disait Xavier, qui a vraiment été retravaillé par rapport à l'originale où il était un peu plus effacé. Cette fille était un victime de son handicap et dans le scénario que l'on nous a proposé et que l'on a retravaillé, elle n'était plus victime mais maîtresse de son handicap qui devenait sa force car le fait qu'elle soit musicienne professionnelle, concertiste, et aveugle l'aide. Quand on parle avec des musiciens aveugles, on voit qu'ils ont un sens musical dix fois plus aiguisé que les autres. Stevie Wonder ou Ray Charles n'auraient peut-être pas été des génies de la musique s'ils n'avaient pas été aveugles et de même pour certains musiciens classiques. Plus fort est le personnage, plus on a tendance à rentrer dans l'histoire à travers lui et à avoir plus peur. C'est ça qui nous a vraiment séduits dans la réécriture du scénario qui avait été faite avant que l'on arrive sur le projet et qu'on le chamboule un peu.

Comment avez-vous géré le passage d'un film à budget très restreint comme "Ils" à un film au budget beaucoup plus confortable comme "The Eye" ?

Xavier :  En tournage pur, on a fait le film pour 5 à 6 millions d'euros. Quand tu retires le budget pour la star, quand tu retires le développement du film qui a coûté 4 millions de dollars, nous on arrive en réécriture, il y a la marge du studio, du producteur, il ne reste plus grand-chose en fin de compte ; et tu n'as pas encore tourné une image donc c'était en quelque sorte aussi un budget restreint car on a tourné le film en 37 jours. Ils, on l'a fait en 30 jours, on le ferait aujourd'hui en 25 jours. C'était quand même assez restreint par rapport aux moyens dont on avait besoin. Il y a toute la séquence  sur l'autoroute à la fin : à un moment quand tu as de la figuration, des explosions tu ne peux pas aller plus vite. C'était très, très compliqué mais tu as un film à faire et tu penses juste à cela. Que tu aies 600 millions de dollars ou 900.000 c'est à peu près la même chose. Après tu as plus d'assistants. C'est un peu différent en logistique mais, finalement, c'est fondamentalement ce que tu as rentré dans ta journée : tu fais tes 15 plans (pour une journée légère, on en faisait souvent beaucoup plus), tu sais que tu as tant de scènes à faire dans ta journée et ça ne change rien aux moyens. On n'a pas eu le temps de sentir de pression car tout a été tellement vite. On voulait donner le meilleur de nous même et faire un truc qui ait de la gueule et avoir beaucoup de matériel pour faire un bon montage.

Avez-vous changé votre façon de travailler avec ce film ?

David :  Non, Non, il faut s'adapter aux Américains, il y a des choses que tu ne peux faire là-bas mais que tu fais en France. Par exemple donner la réplique c'est quelque chose que tu ne peux pas faire aux Etats-Unis. Donner la réplique, c'est lorsque tu tournes une scène avec un acteur mais que tu n'es pas content : tu lui donnes l'intonation de sa réplique. Ça se fait couramment en Europe mais aux Etats-Unis, tu ne peux pas, ils le prennent très mal. Il faut toujours faire très attention à ce que tu dis, tu ne peux pas mal parler aux gens, il faut tout le temps trouver un moyen détourné. Les Américains sont extrêmement susceptibles...

Xavier : Il ne s'agit même pas de mal parler, juste si tu ne passes pas par quatre chemins, ça peut ne pas passer. Il faut être diplomate...

A propos de votre expérience aux Etats-Unis, plusieurs Français sont allés travailler là-bas : Alexandre Aja, Pitoff, Jean-Pierre Jeunet, etc. Mais à part Aja, beaucoup sont revenus un peu déçus, voire vraiment blessés de leur expérience. Seriez-vous prêts à y retourner ?

David :  C'est vrai, c'est exactement le cas, à part Alexandre, je crois que la plupart ont été très déçus. Alexandre a été extrêmement malin, il connaissait bien les codes, son père ayant été metteur en scène aux États-Unis, et il s'en est bien sorti, mais ça aurait pu aussi être dramatique pour lui. Il a su décodé ces gens plus facilement que les autres. Il a écrit lui-même son scénario et si tu écris ton propre matériel, tu t'en sors beaucoup mieux. Alexandre a écrit le scénario de La Colline a des yeux. Nous sommes dans la même agence (chez William Morris), les agents font des commandes et des "packages" : s'ils ont deux clients, un scénariste et un réalisateur, ils vont "packager" ce scénariste et ce réalisateur et vendre le tout à un studio. C'est ce qu'ils ont fait avec La Colline a des yeux qui est un idée d'Alexandre : c'est lui qui a voulu faire ce remake. Wes Craven et Alexandre étaient chez William Morris et Alexandre a dit qu'il aimerait bien faire ce remake. Etant dans la même agence, c'est assez simple, Wes Craven donne son accord, écrit un scénario et le package est vendu à un studio. Mais le film a failli ne pas se tourner : William Stein, producteur au départ, voulait virer Alexandre à deux semaines du tournage. Finalement ils sont partis avec le projet et ils ont trouvé l'argent autre part. Quand tu viens de France et que tu fais un scénario qui est à eux, ils ont plus de pouvoir et c'est là où c'est difficile. Cela a été le cas pour Jeunet, Valette ou Pitoff : ce n'était pas leur script...

Xavier :  Pour Aja ce qui était très bien pour lui, c'est qu'il avait déjà fait deux longs-métrages. Sur le deuxième, il avait déjà expérimenté le fait de travailler avec un studio, Europa qui a distribué le film. Il y a donc eu beaucoup de discussions, de négociations. Il était rentré dans ce processus-là, à une plus petite échelle et je pense que cela a été une expérience formidable pour lui avant de passer à l'étape supérieure et de partir aux États-Unis. 

David :  En ce qui nous concernent, demain c'est non. Xavier et moi arrêtons de travailler ensemble et il y a une chose très simple : demain on ne pourrait pas réaliser un film séparément aux États-Unis. Les Américains ont besoin d'être rassurés, même si le film a plutôt bien marché là-bas, il a fait 32 millions de dollars, ils sont très contents (ils ont gagné de l'argent), ils ne vont pas nous confier des films séparément. En même temps, on n'a pas envie de faire des films en France séparément pour prouver quelque chose aux Américains. Xavier et moi, on a envie de faire tout genre de cinéma. Maintenant que l'on a l'expérience américaine, on a envie de faire des films pour le marché américain sauf que l'on a l'impression que c'est plus intéressant de les faire avec de l'argent européen. Comme Crimes à Oxford qui est un film avec des acteurs américains mais avec des fonds européens...

Pouvez-vous nous parler de votre collaboration avec Patrick Lussier, il a l'air assez présent sur The Eye ?

David : Il a été crédité comme conseiller technique. On avait un monteur qui ne nous allait pas alors on a demandé à ce que ça soit Patrick. Quand les choses ont commencé à mal se passer en post-production, il a pris le rôle de médiateur. Mais au lieu d'aller dans notre sens, il n'a voulu écouter que les producteurs, il a été la voix des producteurs, ce qu'on appelle vulgairement la pute aux producteurs, c'est-à-dire un mec qui lâche ses metteurs en scène. Patrick est un mec que je ne respecte pas du tout humainement. Il n'a pas été ce que j'attends d'un monteur qui est là pour supporter la vision du réalisateur... Mais sinon,c'est un super monteur, il nous a vraiment aidés.

Xavier :  Cela a vraiment été une bataille pour l'avoir : personne n'en voulait.

David : C'est vraiment un super monteur avec de bonnes idées. Avant que ça se passe mal, il était très content et trouvait le film génial. A partir du jour où les producteurs n'étaient pas contents, il est allé dans leur sens. 

Xavier : Il nous a cassé les cou***** tous les jours au lieu d'être notre allié. On est contents de l'avoir eu lui car il nous apporté plein de belles choses sur le film. Mais on n'est pas contents humainement.

David : Humainement et professionnellement, c'est un mec qui retourne sa veste, comme il y en a beaucoup là-bas. Lui, c'est vraiment un gros fils de ****, si je le croise je lui casse la gueule ! C'est une personne qui nous a vraiment b**** la gueule. On lui a donné toute notre confiance et il la prend et  te donne l'impression de donner la sienne pour te gruger au final, c'est super douloureux. En fait ce n'est pas un méchant, il est juste victime d'un système très violent. Moi, je suis plus fasciné par les gens qui ont une ligne directrice et qui s'y tiennent plutôt que les gens qui vont aller s*** les ****** des producteurs. 

Xavier : Le gros problème, c'est qu'à Hollywood, tout le monde a peur de tout le monde, c'est-à-dire que personne ne dira du mal de quelqu'un. Tout le monde va dans le sens de là où il faut aller. Ils seraient prêts à vendre ou tuer leur mère pour un boulot. Le gros problème de Patrick Lussier, c'est qu'à un moment le studio voulait vraiment le virer. Si nous avions voulu ne pas être emmerdés, nous pouvions le faire partir mais nous avons dit non ! Parce que nous supportions notre équipe,  qu'il en faisait partie, que nous l'avions choisi et que nous avons aimé ce qu'il a proposé. C'est après que cela a changé. Nous étions dans une aventure et il fallait aller au bout. Lui, par contre, ça ne lui a posé aucun problème d'aller avec les producteurs plutôt que de nous suivre.

David : En gros,c'est pour ça qu'il est crédité en tant que conseiller technique. Le film qu'on peut voir n'est pas notre "cut", loin de là. Mais on a appris plein de choses et la prochaine fois, ça ne se passera pas comme ça.

Xavier : On n'est pas aigris, on n'a pas de regrets, ça nous a appris énormément de choses. On a gagné certaines batailles, on en a perdu d'autres...

David : Honnêtement, on en a perdu plus qu'on en a gagnées mais ce n'est pas grave, ça fait partie du jeu.

Xavier : C'était une école gigantesque, on a appris un milliard de choses en faisant ça.

David : Demain, si on retourne aux Etats-Unis, ça ne se passera pas comme ça. Mais c'est génial d'avoir fait ce film. Tu apprends des défaites comme des victoires, tu apprends même plus des défaites d'ailleurs ! 

Xavier : Et puis il reste des choses de grande qualité, Jessica qui s'est vraiment investie sur le film. Il reste aussi les directions que l'on a données.

A propos de Jessica Alba, beaucoup de stars hollywoodiennes ont la réputation d'être capricieuses...

Xavier et David en coeur : Jessica, c'est un amour ! Comme Olivia Bonamy.

Xavier : On s'est retrouvés en autarcie dans un endroit où il n'y avait personne autour de nous, pas de paparazzi pour Jessica. On avait un film à rentrer en 37 jours et on s'est battu tous les jours pour y arriver : on a bossé, bossé, bossé.

David : Et puis Jessica a plein de choses à prouver à travers ses films. C'est le premier film où elle avait vraiment le rôle principal, elle n'a pas été du tout casse-co*****. C'était, comme Xavier l'a dit, dans le cul du monde où il n'y avait personne. Elle a été préservée des paparazzi et du côté un peu pourri d'Hollywood. On était avec une comédienne qui avait envie de se battre pour faire un bon film. Elle nous a donné sa confiance et ça s'est passé admirablement bien.

Xavier : On nous avait parlé de certaines comédiennes dont l'agent te fait : "le gros plan tu ne me le fais pas comme ça...". Il n'y a jamais, jamais eu ça avec Jessica ! Elle n'est même jamais venu derrière le combo, elle n'avait pas envie de voir. Quand elle te donne sa confiance, elle te laisse faire, et après elle regarde une fois que tu as fini un montage. C'est ce que devrait être le travail avec n'importe quel comédien.

C'est une comédienne que l'on vous a imposée ou vous avez eu votre mot à dire ?

David : On nous l'a vendue en nous disant si elle ne vous plaît pas, on en prend une autre. Mais en même temps on savait que c'était la comédienne parfaite pour ce genre de film avant de la rencontrer, parce qu'on savait qu'elle est très populaire chez les jeunes et que ce sont eux qui vont voir ce genre de cinéma-là. Donc c'était parfait. Quand on l'a rencontrée, on a discutée une demi-heure, une heure, on a flashé sur son regard, sur ce qu'elle était, on s'est dit nickel, on y va ! C'était marrant de ce dire qu'elle n'avait rien fait comme rôle consistant et qu'on allait l'aider à y arriver. C'était un beau challenge et on s'est très bien entendu tout de suite. Au départ, on n'était pas plus excités que ça de la rencontrer puis quand on l'a rencontrée, on l'était vraiment !

Xavier :  On a été concernés par plusieurs projets avec David. On est passé sur certains films que l'on n'a pas fait parce que l'on n'était pas séduits. A deux, tu gardes la tête froide, tu ne te dis pas : "Pu****, j'ai la chance de faire un film !". On n'a pas fait ce film-là parce qu'il y avait une star, on l'a vraiment fait parce qu'on aimait l'histoire. David comme moi avions vu l'original, on ne l'avait pas spécialement apprécié. Si un jour on nous avait dit vous ferez The eye, on aurait dit : "Jamais de la vie !" C'est vraiment l'histoire. Et si on n'avait pas aimé Jessica, on serait certainement partis sur autre chose, en se disant que ce n'était pas notre film. Ce n'est pas comme ça qu'on l'envisage... On a vraiment fait ce choix sciemment .

Quels sont vos projets ?

David : On produit le remake de Ils avec Wes Craven et sa société. On développe un scénario pour notre boîte. Il s'agira d'un film d'horreur.
Xavier : Pour l'instant l'objectif c'est d'être crédibles en tant que producteurs pour après être plus audacieux dans les projets.
David : Sinon, j'écris mon film, un thriller. J'ai un autre projet de comédie, une vraie comédie.  Xavier écrit son film. C'est un polar tiré d'un bouquin vachement bien. Tu peux le dire ou pas ?
Xavier : Non, pour l'instant c'est en développement !
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