Toute l'actu de
l'imaginaire
En ce moment sur Fantasy.fr

Stéphane Marsan ou la genèse de Milady

Après huit années d’existence, les éditions Bragelonne créent leur premier label : Milady. Si ce genre d'initiative, connue sous le terme d’imprint dans les pays anglophones, est assez répandue à l’étranger, il n’en est pas de même au pays d’Alexandre DumasStéphane Marsan, éditeur et co-fondateur de Bragelonne, nous éclaire sur ce qu’est Milady, sur les raisons de son existence et ce à quoi doivent s’attendre les lecteurs...

Par Emmanuel Beiramar | 'Stéphane Marsan ou la genèse de Milady
26 mars 2008 | Mis à jour 27 mai 2008
Stéphane Marsan ou la genèse de Milady
Stéphane Marsan ou la genèse de Milady

Une question pour éclairer un peu les internautes : qu'est-ce qu'un label ?

Le terme "label" utilisé dans le monde du disque nous a semblé un bon équivalent français pour ce que les Anglo-saxons appellent un imprint, à savoir une marque commerciale ou une société d’édition détenue par un éditeur. Dans le cas de Milady, ce n’est pas une structure distincte, c’est une marque de Bragelonne.

Pourquoi ne pas simplement avoir créé une nouvelle collection ?

Une collection représente une ligne éditoriale spécifique au sein du catalogue, comme une origine historique ou géographique, un genre… comme Bragelonne SF est dédiée à la science-fiction et L’Ombre de Bragelonne à l’horreur. Milady n’aurait pas pu être une collection de Bragelonne car on n’aurait pas pu pointer sa spécificité aussi facilement que pour celles que je viens de citer. Elle va certes montrer peu à peu sa personnalité propre, notamment en fonction des choix littéraires de sa directrice, Isabelle Varange,  mais fondamentalement elle a une vocation très similaire à celle de Bragelonne et ses titres auraient globalement très bien pu y avoir leur place. La différence littéraire n’est pas la principale raison d’être de Milady.

D'où est venue l'envie de créer Milady ?

Milady est tout d’abord une nouvelle expression de ce militantisme essentiel à Bragelonne en faveur des genres de l’imaginaire, populaires et de divertissement. Elle va nous permettre d’offrir davantage de récits, d’auteurs, d’images, de formats, en nombre et en diversité, à un public plus large. L’édition, c’est le partage : on se fait plaisir en publiant des romans avec l’espoir de faire plaisir aux gens qui vont les lire. Avec Milady, on a plus de places à table. :-)
Ensuite, il y a plusieurs constats. Premièrement, l’offre éditoriale de l’imaginaire dans ce pays est trop restreinte. Il n’y a pas assez de titres de SF, Fantasy et fantastique publiés, et ce tant du point de vue littéraire (tant de romans intéressants ne sont pas traduits, trop peu d’auteurs français sont édités) que commercial (la demande du public reste largement supérieure à l’offre). Or Bragelonne atteint, dans l’état actuel des choses, une limite. Nous ne pouvons pas faire à nous seuls le boulot de deux ou trois éditeurs. Et je n’ai personnellement pas envie de voir 60 % des tables du rayon SF-Fantasy trustés par une seule identité éditoriale, ce n’est pas sain.
Deuxième constat, qui en découle : le marché a besoin de concurrence. Nous avons toujours accueilli avec beaucoup d’espoir l’apparition de nouvelles collections dédiées à l’imaginaire, qui montreraient le dynamisme des genres et leur importance culturelle et économique croissante. Elles ont eu quelques très belles réussites dont on ne peut que se réjouir, mais elles ne concurrencent pas Bragelonne. Or le marché a besoin d’autres collections qui embrayent sur notre succès, augmentent significativement le chiffre d’affaires global du rayon, projettent des titres dans les listes de meilleures ventes, acquièrent plus de visibilité dans la presse etc. Nous avons donc finalement décidé de créer notre propre concurrent.
Troisième aspect, qui est arrivé très tardivement dans nos projets : le poche. Nous avons toujours pensé que le poche ne remplissait pas son office en France. Lorsqu’un titre en poche vend au mieux entre 1,5 et 2 fois ce qu’a vendu le grand format, il y a un problème. D’un côté on a un livre pratique, à 6 euros et mis en place par un très gros distributeur dans plusieurs milliers de points de ventes ; de l’autre on a un bouquin lourd et encombrant, entre 20 et 25 euros, mis en place par un petit ou moyen distributeur dans moins de mille librairies. Et l’éditeur poche nous explique sans se démonter que c’est normal qu’il ne vende pas deux fois, trois fois, quatre fois plus ? Désolé, moi les maths c’est niveau CM2, je fais une règle de trois et je dis : il y a un problème.
En outre, les grandes collections poche de l’imaginaire, J’ai lu, Pocket, Le Livre de Poche etc., publient dans l’année entre 18 et 33 titres. Bragelonne, petit éditeur indépendant de grand format, en publiera 101 à lui tout seul en 2008 et nos moyennes de ventes sont plus de deux fois supérieures aux leurs. Il y a vraiment un problème… Alors, on s’est dit qu’on allait essayer de faire du poche, parce qu’on n’est jamais si bien servi que par soi-même. Milady a une vocation obstinément mass market, qui consiste à proposer des romans à ceux qui ne mettent pas 25 euros dans un bouquin et/ou qui ne vont pas en librairie. Jusqu’à l’âge de 18 ans, je ne disposais pas d’un budget pour acheter des livres à plus de 100 francs et je n’achetais que du poche. Cette population-là n’est à l’heure actuelle pas satisfaite par les éditeurs d’imaginaire. On va faire un gros effort sur les prix de vente, par exemple.

Le label Milady, de par son nom, s'adressera-t-il plus au public féminin ?

On cherchait de nouveau une référence à Alexandre Dumas, et cette chère comtesse de Winter s’est imposée à Alain Névant et moi exactement en même temps, c’était rigolo. Pour désigner une concurrente, quoi de mieux que celle qui vous poignarde dans le dos ? Au-delà de cette évidence, la consonance féminine n’est pas pour nous déplaire, en effet. Le lectorat est de plus en plus constitué de femmes, et la Fantasy, la SF et l’horreur ont été trop longtemps sous domination masculine. Quant aux ouvrages, ils ne seront ni plus ni moins destinés au public féminin que ceux de Bragelonne.

Quels sont vos objectifs avec Milady ?

Outre les aspects que j’ai développés plus haut, il y a des choses qui me tiennent à cœur. L’horreur par exemple. Depuis le discret enterrement de Thriller fantastique au Fleuve noir, ex-Pocket Terreur, il n’y a plus de collection de poche dédiée au fantastique et à la terreur en France. Tu te rends compte ? Plus une seule ! Seulement quelques titres isolés chez Folio et J’ai lu. Et pourtant, on nous fait lire Hoffman, Radcliffe et Maupassant à l’école. Ah, attends, on tient peut-être une piste, là… ;) Voici un manque que nous voulons combler. En outre, il y a plein de choses qu’on ne peut pas faire chez Bragelonne, pour des raisons de réseau de distribution, de format, de prix, pour lesquelles Milady sera parfaite, les séries et les licences, par exemple. Au bout du compte, je vais te dire : j’espère que Milady va mettre un bon coup de pied au cul à l’édition d’imaginaire. Faire bouger les gens, briser les habitudes, donner envie de faire les choses différemment.

Certains accusent Bragelonne d'asphyxier le genre en publiant trop d'ouvrages. L'arrivée de Milady ne risque-t-elle pas de nuire à la littérature de l'imaginaire ?

Non, c’est le contraire. Cette bouffonnerie récurrente sur la saturation du marché et l’asphyxie du rayon et du genre a cessé de m’amuser depuis longtemps. On regarde les chiffres ? Voici ceux du syndicat national de l’édition pour le nombre de titres publiés (nouveautés et rééditions). "Romans policiers", en 2004 : 1548, en 2005 : 1531, en 2006 : 1939. "Romans de SF, Fantasy et épouvante", en 2004 : 754, en 2005 : 720 (tiens, ça baisse… elle est où, l’augmentation inexorable de la production dénoncée par certains ?), en 2006 : 813. Si on ne regarde que les nouveautés en SF et assimilés, il y en a eu sur ces mêmes années 331, 303 et 438. Ce qui veut dire que, avant 2006, sont sortis en France moins de nouveautés que l’année ne compte de jours ! Et il aurait fallu s’en réjouir ? Après plusieurs siècles de science-fiction, de merveilleux et de fantastique moderne, c’est tout ce qu’elle propose, l’édition française ? C’est ça une littérature vivante ? C’est ça la diversité culturelle ? Depuis quand est-ce que mettre moins de livres à disposition, ça favorise la littérature ???!!!
Deuzio, entre 2001 où nous avons dû sortir 10 titres, et 2007 où on en a fait 72, nos moyennes de ventes ont explosé. Ce qui signifie simplement qu’il y a davantage de lecteurs, ou qu’ils achètent davantage de livres. S’il y avait asphyxie, les livres se vendraient moins, non ? Comme par hasard, les autres segments qui sortent beaucoup plus de titres, tels que le polar ou la jeunesse, se placent très régulièrement dans les meilleures ventes, eux, et tapent des 100000 ou 200000 exemplaires, eux. Ah ben, vas-y balance, j’en veux bien autant, moi !
Tertio, il faudrait quand même se rendre compte que lorsque nous nous baladons en librairie, les responsables de rayon nous disent : grâce à vous les gars, je gagne ma croûte ! Cela ne veut pas dire qu’ils adorent tous nos romans, hein, mais que sans l’horrible et insupportable surproduction de Bragelonne, le rayon tournerait beaucoup moins. Ce sont les ventes de Bragelonne, et demain celles de Milady, qui permettent aux autres éditeurs qui se plaignent et nous crachent dessus d’avoir de la place pour leurs livres !
Le fond de l’affaire, c’est la trouille, la frustration et l’amertume. Les collections de SF et Fantasy n’ont pas de moyens financiers, pas de soutien marketing, les groupes s’en foutent totalement, restreignent leur nombre de titres annuel et ne comprennent rien à ce qu’elles font. C’est ça qui conduit "certains", comme tu dis, à nous désigner comme les coupables de leurs propres échecs. Comme si on se levait le matin en se demandant quel livre d’un autre éditeur on va essayer d’empêcher de vendre… (soupir)

Les rayonnages des librairies ne sont toutefois pas extensibles...

Mais justement, bien sûr que si ! Les rayons sont extensibles à partir du moment où la librairie décide de les étendre, de leur donner plus de place. Et pour convaincre les patrons de librairies et de grandes surfaces culturelles, comme on dit, de le faire, il n’y a pas 36 solutions : faut que ça marche ! Des rayons Sudoku, tu en as vu beaucoup avant que ce truc se mette à cartonner ? Et soudain, délire, y en a ! Faut croire qu’on lui a trouvé de la place, dis donc… La librairie n’est pas un endroit figé, c’est un lieu qui vit, qui change, qui évolue. Nous voulons que la SF, la Fantasy et le fantastique se voient plus, qu’ils vendent plus, qu’ils donnent plus envie, qu’ils attirent plus de lecteurs, qu’ils aient plus de tables, de rayonnages, de vitrines ! Pierre Michaud, de L’Atalante, nous a dit l’autre jour, alors qu’on lui exposait ces vues, que nous avions un projet culturel. On a d’abord cru qu’il se foutait de nous, mais non, il était sérieux ! Alors, oui madame, on a un projet culturel ; si c’est Pierre qui le dit, ça doit être vrai. On aime ces genres et on veut inciter le plus de gens possibles à les découvrir et à les aimer.

Bragelonne est diffusé par Harmonia Mundi et Milady par DDL. Pourquoi un tel choix ?

D’abord, pour que Milady puisse se développer, il faut qu’elle ait son propre espace vital. L’équipe d’Harmonia a déjà beaucoup de travail avec Bragelonne, mais aussi L’Atalante, Mnémos et Terre de brume.  Ensuite, parce que nous avons naturellement plus de complicité et d’atomes crochus avec les gens qui diffusent et distribuent les BD de Dargaud, Dupuis, Lombard, Kana etc. qu’avec les équipes purement littéraires, aussi bonnes soient-elles, qui ont du mal avec les genres de l’imaginaire. Pour les gens de la BD, la SF et la Fantasy c’est pas nouveau, tu comprends, et ça ne suscite pas le mépris.

Bragelonne a un planning déjà très chargé. Comment allez-vous gérer la masse de travail supplémentaire que va représenter Milady ? Cela ne risque-t-il pas de donner au final plus de livres avec un suivi éditorial moins précis ?

C’est en effet un risque à éviter, aussi avons-nous embauché du monde, et on en embauchera encore d’ici la rentrée. Et à la tête, Isabelle Varange, qui cumule tellement de qualités qu’on a du mal à croire que personne ne l’ait chopée avant nous. C’est une vraie fan, membre du club Présences d’Esprit, qui a fait ses classes avec Yvonne Maillard chez Denoël ; c’est aussi une littéraire, compétente et soigneuse jusqu’à la maniaquerie, qui a travaillé, sur Tolkien entre autres, chez Christian Bourgois ; et enfin une libraire qui connaît parfaitement le terrain. Super combo ! :-) Autour d’elle, l’équipe Bragelonne a été renforcée à l’éditorial, la fabrication, la PAO… On se donne les moyens de faire du bon boulot.

Milady va-t-il devenir le seul éditeur poche des ouvrages de Bragelonne ?

Non, car certaines séries sont en cours de publication chez nos partenaires que sont J’ai lu et Le Livre de Poche, et on ne voit pas de raison de semer la confusion en déplaçant des auteurs… tant que l’éditeur fait de son mieux pour le soutenir. :-) En outre, l’identité de Milady ne conviendra pas nécessairement à tous les titres de Bragelonne que nous souhaiterions voir passer en poche.

Comment allez-vous choisir les titres qui iront chez Bragelonne et ceux qui seront publiés par Milady ?

Plusieurs critères entrent en jeu. Les différentes tendances des genres, pour commencer. Nous revendiquons pour la Fantasy Milady l’héritage de Jacques Goimard (Pocket SF jusqu'en 2000). Plutôt de la High Fantasy, divertissante, colorée, lisible dès l’adolescence, assez féminine. A l’inverse, K. J. Parker ou Scott Lynch, on ne les aurait pas sortis chez Milady, tu vois ? Certes, on sera parfois tiraillé. J’ai récemment acquis pour Milady les droits d’un nouvel auteur fabuleux, Peter V. Brett, et je suis très jaloux ! :-) Ensuite, le format poche ouvre des perspectives de rééditions, de séries, de licences, de novélisations difficilement praticables chez Bragelonne en grand format. D’un autre côté, Bragelonne fait des premières éditions reliées (Trudi Canavan, Robert E. Howard, David Gemmell…), ce qui n’est pas le cas de Milady, aussi un auteur dont on pense qu’il devrait avoir une édition hardback ira plutôt chez Brag. Enfin, Isabelle va faire ses choix. Ce sera à elle de nous convaincre, Alain Névant et moi, de la publication des ouvrages qui lui tiennent à cœur, comme Claire Deslandes a commencé à le faire chez Bragelonne. Yeah, girl power !

publicité
Bandes-annonces
Looper
Looper

Joseph Gordon-Levitt et Bruce Willis réunis comme on ne s'y attendait pas.

Frankenweenie
Frankenweenie

Le nouveau film d'animation de Tim Burton.

Dredd
Dredd

Le Juge Dredd est de retour !

publicité
Accès rapide
Cinéma Télévision Littérature Jeux
Bilbo le Hobbit Game of Thrones Le Trône de Fer Dragon Age
(Le prélude du Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien) (Le Trône de Fer) (La saga de George R.R. Martin) (Le jeu de BioWare)
Les Vengeurs The Walking Dead La Roue du Temps Diablo 3
(Captain America, Thor, Iron Man, Hulk...) (D'après la série de comics de Robert Kirkman) (L'épopée de Robert Jordan) (Il n'y a pas que World of Warcraft chez Blizzard)
The Amazing Siper-Man Torchood Le Disque-Monde Assassin's Creed
(L'Homme-Araignée, nouvelle version) (Le spin-off de Doctor Who) (La série de Terry Pratchett) (Tout sur la franchise d'Ubisoft)
The Dark Knight Rises Camelot
(Le 3e Batman de Christopher Nolan) (Oubliez la série Merlin)
Conan le Barbare Spartacus : Blood and Sand
(D'après Robert E. Howard) (Sexe et sang chez les gladiateurs)
Harry Potter et les Reliques de la Mort
(D'après Joanne K. Rowling)
Twilight : Révélation
(D'après Stephenie Meyer)
Pirates des Caraïbes 4
(Jack Sparrow est de retour)