Toute l'actu de
l'imaginaire
En ce moment sur Fantasy.fr

Loïc Le Borgne : A lire de nuit

Loïc le Borgne s’est fait remarquer avec sa trilogie des Enfants d’Eden, un space opera tumultueux qui met en scène la jeune Marine à la recherche de ses origines (Collection Autres Mondes, Mango). Il s'attaque maintenant au fantastique avec Je suis ta nuit qui devrait ravir les fans de Stephen King et Robert McCammon.
A l'occasion de la sortie du roman dans la collection 15-20, Intervista et Fantasy.fr vous propose une interview de son auteur.
Par Emmanuel Beiramar | 'Loïc Le Borgne : A lire de nuit
5 février 2008 | Mis à jour 5 février 2008
Loïc Le Borgne : A lire de nuit
Loïc Le Borgne : A lire de nuit
Loïc Le Borgne : A lire de nuit

"Je suis ta Nuit" met en scène une bande d’enfants au tout début des années 80. Quelle est la part de vécu dans ton roman ?

J’avais effectivement onze ans en 1980. Je vivais dans un village breton qui ressemble très fortement à celui du roman. On habitait un de ces quartiers neufs, truffés de pavillons identiques bâtis en pleine campagne. Il y avait beaucoup d’enfants, c’était très joyeux, insouciant. On pouvait courir, pédaler partout, s’enfoncer dans les campagnes des alentours, sans la présence d’adultes. C’était grisant, cette sensation de liberté. Mais on aimait aussi jouer à se faire peur, dans le bocage ou dans les bois.
J’ai utilisé pas mal de souvenirs de mon enfance, mais sans m’appesantir dessus, et en les déformant au besoin. Le faux et le vrai se mêlent sans cesse. J’ai entremêlé une intrigue imaginaire – celle de Maël et du Bonhomme Nuit – à un tissu d’anecdotes qui se sont réellement produites.
Utiliser le terreau de mes souvenirs m’a permis de glisser, en compagnie de mes personnages, du réalisme vers un monde imaginaire dans lequel le Bonhomme Nuit sévit. C’est ce que si se passe dans Le Mystère du lac de Robert McCammon, un roman qui m’a fasciné, dans Ça ou The Stand de Stephen King, ou Nuit d’été de Dan Simmons. Ce sont des récits où se mêlent ombre et lumière, joie et terreur, et j’ai aimé ces violents contrastes, parce qu’au fond, malgré leur trame imaginaire, ils sont profondément ancrés dans la réalité.

Nous ne sommes donc pas dans le registre de la nostalgie ?

Sûrement pas. D’ailleurs, j’ai voulu écrire cette histoire avant de passer la quarantaine… avant qu’il ne soit peut-être trop tard. On dit que c’est à ce moment-là que la nostalgie de l’enfance surgit. On verra, mais pour l’instant je ne l’ai pas connue ! En réalité, j’ai rédigé la première version du roman en 2001-2002 (et je l’ai remaniée cette année, pour la parution en 15-20). J’avais alors trente-deux ans. Je voulais faire un clin d’œil aux gosses de ma génération qui découvraient Star Wars, Goldorak et écoutaient Chantal Goya - mais sans regrets, ni nostalgie.
En fait je pense rarement au passé, je regarde très peu les vieilles photos. J’ai dû me forcer. J’ai même épluché les carnets dans lesquels je notais plein de détails, à l’époque. Je ne voulais pas raconter cette enfance de manière larmoyante, mais l’évoquer avec un regard amusé et complice, celui d’un grand frère regardant évoluer les plus jeunes. Je ne voulais pas que ces souvenirs constituent le but du livre, mais qu’ils soient un outil au service de l’intrigue.

Qu’as-tu cherché à faire en écrivant "Je suis ta Nuit" ?

Mon premier but, c’est de distraire. J’essaie décrire des histoires dont j’ai envie de connaître la fin, parce qu’elles me font passer un bon moment et me touchent au cœur, en me disant que cette envie sera peut-être contagieuse. Faulkner disait qu’il voulait avant tout "divertir" et "élever le cœur humain". Tenter cela me botte bien.
Si l’on doit trouver un autre but, il faut sûrement fouiner dans la seconde facette de l’histoire, la face sombre et cachée, vers lequel on glisse au fil des pages. La question centrale est : que se passe-t-il lorsque, en quittant l’enfance, nous découvrons la réalité du monde ? On est comme poussés hors de nuages éclatants pour se retrouver les pieds dans la boue, en pleine guerre de tranchées. On réalise que le monde regorge de coins et d’esprits ténébreux, que nous aussi nous avons des zones d’ombre. Le Bonhomme Nuit représente cette face sombre, que les enfants devinent – et qui les effraie beaucoup –  mais qu ‘ils ne touchent pas encore du doigt. Les héros de Je suis ta Nuit  sont à cette période charnière où tout bascule. Ils s’apprêtent à tomber des nuages, ils commencent à voir le sol et la fange.

Le thème du suicide revient à plusieurs reprises…

C’est lié à ce que je viens de dire, parce que certains adolescents peuvent être très perturbés par le monde qui les entoure. La tentation de l’autodestruction est quelque chose de terrifiant, qui peut toucher les peuples comme les individus. L’homme détruit son propre monde et semble presque fasciné par ce qu’il s’apprête à faire. En même temps, le suicide est un fléau qui fait des ravages chez les jeunes. Il y a sûrement des liens entre ces deux tendances.
C’est une écrasante responsabilité pour nous, cela signifie que le monde que découvrent ces jeunes gens ne vaut pas, de leur point de vue, la peine d’être vécu. Le narrateur de Je suis ta Nuit, père d’un garçon de dix-sept ans, est confronté brutalement à ce problème, quand la meilleure amie de son fils se donne la mort. On devine que lui-même n’est pas à l’abri de cette tentation. Que personne, peut-être, ne l’est. Mais il veut réagir, montrer à son fils qu’il a déjà côtoyé ce vide, ce vertige, et qu’il a réussi à poursuivre sa route, tant bien que mal. Il ne veut pas proposer une recette, ce serait trop facile, trop prétentieux, et d’ailleurs il ne l’a pas, mais suggérer quelques pistes.

La mort, toujours brutale et inattendue, est très présente dans le roman. Pourquoi ?

Quand on passe le cap de l’enfance, on comprend que le monde est brutal, violent. Au collège, j’avais découvert, atterré, les images des camps de la mort. Je me souviens encore de mon sentiment d’horreur et de honte. Tout mon être rejetait ce monde, ces actes, mon espèce qui en était responsable. Je me suis juré de ne pas oublier ce sentiment, cette rage, je me suis fait cette promesse. C’est souvent le problème : on grandit, et on enfouit cette révolte loin, très loin de la surface. On accepte et on oublie, en apparence du moins. J’ai vu récemment une interview de Jacques Brel. Il parle de cela, de ce refus qui ne doit pas mourir malgré les années : "Je vis plus ou moins dans l’indignation, dit-il, et ça ne s’arrange pas". Il avait alors trente-six ans, et n’avait pas oublié les révoltes de son adolescence.
J’ai commencé Je suis ta Nuit en 2001. J’arrivais au milieu du récit quand des types se sont suicidés en jetant des avions contre les tours jumelles, à New York. J’ai décidé d’être brutal. De casser mes plans, de faire mourir des enfants dans le roman. C’était ça, le vrai monde. Et c’est aussi cette terrible réalité qui crée le Bonhomme Nuit. Le 11 septembre 2001, je pense que le Bonhomme Nuit s’est frotté les mains.

Le Bonhomme Nuit, c’est le Diable ?

Quand Pierre lui pose la question, le Bonhomme Nuit lui rit au nez. Pour moi, le Diable c’est un être un peu ridicule avec des cornes et une queue fourchue, qui habite loin d’ici, dans un autre monde. Une sorte de très méchant Guignol, qui s’oppose à Dieu, et auquel plus grand monde ne croit. Le Bonhomme Nuit est pire dans le sens où il habite chez nous, pas ailleurs. Il est en nous, il fait partie intégrante de l’humanité. C’est notre part de néant. Il est notre mystérieuse et angoissante part de noire folie, bien pire que le Diable. Et nous n’avons d’autre choix que de le regarder en face.

Ce n’est pas désespérant ?

C’est en tous les cas quelque chose qui fait peur au narrateur, et c’est ce qui le pousse à écrire. Sans doute parce qu’il pense avant tout à son fils et qu’il a peur de le voir se pencher au-dessus de cette mare sans fond - qui peut être attirante.
Mais il veut parler aussi de cette lumière, dont on ne sait trop la nature, et qui permet aux jeunes héros de lutter contre le Bonhomme Nuit. Le rêve, l’imaginaire, l’insouciance, la légèreté renforcent cette lumière, et leur permettent de résister aux pesantes ténèbres du Bonhomme Nuit.
J’écoute beaucoup de musique en écrivant le premier jet de mes histoires. Dans une chanson, Bruce Springsteen dit : "Nous avons fait un vœu, nous avons juré de toujours nous rappeler. On ne recule pas, on ne se rend pas". C’est ce qu’a essayé de faire le narrateur, et je crois que ces quelques mots résument bien ce livre. A cause de cette lumière et des promesses qu’on tient parfois, il y a de l’espoir.
Je suis ta Nuit, c’est l’histoire d’un monde qui s’écroule, mais aussi de la manière dont on y fait face.
publicité
Bandes-annonces
Looper
Looper

Joseph Gordon-Levitt et Bruce Willis réunis comme on ne s'y attendait pas.

Frankenweenie
Frankenweenie

Le nouveau film d'animation de Tim Burton.

Dredd
Dredd

Le Juge Dredd est de retour !

publicité
Accès rapide
Cinéma Télévision Littérature Jeux
Bilbo le Hobbit Game of Thrones Le Trône de Fer Dragon Age
(Le prélude du Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien) (Le Trône de Fer) (La saga de George R.R. Martin) (Le jeu de BioWare)
Les Vengeurs The Walking Dead La Roue du Temps Diablo 3
(Captain America, Thor, Iron Man, Hulk...) (D'après la série de comics de Robert Kirkman) (L'épopée de Robert Jordan) (Il n'y a pas que World of Warcraft chez Blizzard)
The Amazing Siper-Man Torchood Le Disque-Monde Assassin's Creed
(L'Homme-Araignée, nouvelle version) (Le spin-off de Doctor Who) (La série de Terry Pratchett) (Tout sur la franchise d'Ubisoft)
The Dark Knight Rises Camelot
(Le 3e Batman de Christopher Nolan) (Oubliez la série Merlin)
Conan le Barbare Spartacus : Blood and Sand
(D'après Robert E. Howard) (Sexe et sang chez les gladiateurs)
Harry Potter et les Reliques de la Mort
(D'après Joanne K. Rowling)
Twilight : Révélation
(D'après Stephenie Meyer)
Pirates des Caraïbes 4
(Jack Sparrow est de retour)