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Richard Taylor : au coeur des effets spéciaux de Narnia

Richard Taylor est le fondateur et président de la société d’effets spéciaux de Weta Workshop. Il travaille depuis des années avec Tania Rodger, Jamie Selkirk et Peter Jackson. En vingt ans de carrière, il a conçu des effets spéciaux pour les séries Hercules et Xena, Master and Commander, Meet the Feebles, Brain Dead, Créature célestes, Fantômes contre Fantômes, Le Seigneur des Anneaux, I, Robot, Van Helsing et bien sûr Le Monde de Narnia, chapitre 1 et 2.
Par Emmanuel Beiramar | Rebecca Strauch'Richard Taylor : au coeur des effets spéciaux de Narnia
1 février 2008 | Mis à jour 1 février 2008
Richard Taylor : au coeur des effets spéciaux de Narnia
Richard Taylor : au coeur des effets spéciaux de Narnia
Richard Taylor : au coeur des effets spéciaux de Narnia
Richard Taylor : au coeur des effets spéciaux de Narnia

Richard, vous avez participé à ce film en créant des modèles réduits, et des armes, pouvez-vous nous parler de votre travail ?

Nous avons créé des costumes, des armes, des armures et des modèles réduits. Il va y en avoir une énorme quantité.  On avait inventé l’expression "bigatures"(*)  lors du Seigneur des Anneaux mais ça va dépasser tout ça.  La maquette que nous faisons pour le château de Miraz par exemple est à l’échelle 1/24, avec le village et l’emplacement extérieur à 1/100. Ce sont des dimensions énormes.

(*) "Big" (grand) et "miniatures" (maquettes/ modèles réduits), c’est-à-dire des "méga-maquettes" ou "méga-modèles réduits".

D’après votre expérience avec les films du "Seigneur des Anneaux" et le premier film du "Monde de Narnia", est-ce que celui-ci est d’une envergure encore plus importante ?

Les modèles réduits dans ce film, bien qu’il n’y en ait pas une quantité énorme, restent les plus imposants et ceuxs qui nous ont donné le plus de fil à retordre jusqu’à ce jour. Nous en avons créés des bien plus compliqués mais les miniatures de ce film sont difficiles techniquement parlant.
On s’est vraiment dépassé pour l’armement. Pour les armes de Miraz, on a utilisé la technologie 3D pour créer des modèles qu’on a ensuite moulé dans la cire, Puis on a utilisé les moules pour créer la décoration très détaillée de l’arme. On n’avait simplement pas les compétences nécessaires pour créer ce filigrane tellement délicat d’une autre manière. Ça a vraiment été merveilleux de nous surpasser à ce point pour satisfaire Andrew.

Pourquoi est-il important d’avoir un tel niveau de détails pour les costumes et les armes ?

Les gens viennent souvent à l’atelier nous demander pourquoi est-ce qu’on pousse si loin le détail, mais le monde réel est un monde surchargé : plein d’histoire, de détails et de culture. 
S’il n’y a pas cette attention au détail, si ce n’est qu’une simple représentation visuelle, cela suggère qu’on ne regarde qu’un film. Mais s’il y a un haut niveau de détails, cela suggère alors que le monde créé est imprégné d’histoire qui -en quelque sorte- l’encadre et le fait exister au-delà du film.

Quel matériel avez-vous utilisé pour construire la maquette du château ?

Le château a une structure tellement géométrique… C’est vraiment intéressant de construire une maquette, parce que si on observe le monde de l’architecture, même à l’époque médiévale, il tient seulement debout grâce à sa forme pure. S’il y a la moindre déviation, il ne tiendra pas. Donc il est d’une structure incroyablement solide. Quand on le réduit proportionnellement, si on change cette structure ne serait-ce que d’un millimètre sur une échelle 1/24, ça ne va pas. On a construit les tours du château avec d’énormes morceaux de polystyrène, dont certains mesurent 5 mètres de haut par 2 mètres de large. Ensuite on a inventé une machine : on a pris un cylindre en aluminium, on a utilisé une fraiseuse 3D pour graver et répertorier le grain de la brique à une échelle 1/24 qui correspond exactement à l’échelle 1 :1 autour du cylindre, puis on a construit une presse à imprimer lithographique. Elle alimente en continu des feuilles d’uréthane de 25 millimètres, ce qui nous donne ces feuilles de briquetage exactement à l’échelle 1/24.
Après on pose le papier peint et on s’occupe des détails compliqués. On a utilisé une quantité énorme d’impressions 3D, qui est la méthode pour alimenter des données numériques dans une machine. Elle imprime du plastique tridimensionnel.

On a la chance que des réalisateurs comme Andrew apprécient encore les modèles réduits traditionnels, parce que tant de réalisateurs modernes se tournent résolument vers la technologie numérique comme unique solution ; pourtant le monde du cinéma en est là grâce à cent ans d’histoire et pourquoi ne pas continuer de rendre hommage à ces techniques ?

Pouvez-vous nous parler des motifs utilisés pour les armes de Miraz ?

Comme pour le premier film, c’est vraiment intéressant parce que le monde de C.S. Lewis va beaucoup plus loin que celui que nous connaissons dans ses livres. Il s’est largement inspiré de la mythologie, surtout de la mythologie grecque et il a continué à le faire pour le Prince Caspian. Pour cette raison, nous essayons de baser les motifs visuels : l’armure et les armes, sur certaines imageries mythologiques. On a beaucoup joué sur le lierre rampant par exemple.
C’est un état sans roi, un intendant s’est emparé des terres et s’est hissé à ce rang. Nous avons donc essayé de créer une analogie visuelle afin de montrer que son controle s’est infiltré à tous les niveaux du pouvoir, du gouvernement et de la politique à travers toute la société Telmarine. On a montré ça à travers son armure, comme si c’était du lierre poussant sur des plantes en les étranglant. C’est comme ça que nous avons tenté d’évoquer ce sentiment. Mais il est aussi incroyablement arrogant et pompeux. Bien que ses armées soient majestueuses dans leur armure resplendissante, il a presque choisi une armure manifestement trop décorée, pour essayer de se donner de la grandeur.
Quand il enlève son armure, il peut paraître plutôt frêle en dessous, mais quand il l’enfile, il est capable de développer cette personnalité énorme et rend l’idée d’Andrew que tous ses commandants prennent cette apparence sans visage en revêtant leurs masques. C’est en contraste absolu avec les Narniens. Les Narniens sont ces animaux presque sauvages, tout en émotions, alors que les humains surveillent leurs émotions et se cachent derrière des masques. J’espère que nous avons réussi à évoquer ce contraste ; le monde a avancé de 1200 ou 1300 ans depuis le dernier Narnia et on veut donner cette impression d’un monde incroyablement bouleversé.

Etes-vous plus impliqué dans ce film que dans le premier ?

A peu près au même niveau.  Pour le premier on a joué un rôle beaucoup plus important dans le travail de design des créatures mais comme Howard [Berger] a fait les costumes des créatures, c’était un peu normal qu’il continue et qu’il fasse donc tout le travail des créatures depuis le début.   Ça a été génial.  Howard est mon ami le plus proche, on collabore et on s’écrit des quatre coins du monde en s’envoyant des mails pour voir où on en est.  Ça été super de voir comment son travail et le nôtre ont évolué ensemble.  Une grosse partie de l’armure Telmarine a été créée ici en République Tchèque et ils ont fait un superbe travail.  Ça a été cool.

Y a-t-il un genre de film dans lequel vous aimeriez travailler ?

On a été enlisé dans le Médiéval et le Primitif.  On travaille pas mal dans la Science Fiction en ce moment. On vient de terminer un film d’horreur important et on en commence un autre.  On vient de finir 30 Jours de Nuit et on travaille sur Day Break en ce moment.  Si je devais faire du Fantastique pour le restant de mes jours, je serais comblé.  La science fiction est une technique intéressante.  J’aime toute chose qui est difficile à construire.

Avez-vous déjà pensé à vous mettre derrière la caméra ? Vous semblez avoir une si bonne perspective.

Vous voulez dire en tant que réalisateur ? On m’a offert cette opportunité, dont une plutôt importante, mais non ça ne m’intéresse pas.  Ce n’est pas pour sous-estimer cette opportunité, c’était un réel honneur, mais mon cœur est dans le travail pratique d’atelier.  J’adore tout simplement créer ces trucs, ça m’intrigue.  Ça fait 21 ans qu’on fait ça et mon intérêt ne s’est jamais émoussé.  Passer six mois sans fabriquer quoi que ce soit pour faire de la réalisation ne me dirait rien.

Comment expliquez-vous le fait que vous travailliez par le biais de méthodes pratiques et traditionnelles dans un monde numérique de plus en plus sophistiqué ?

Le plus incroyable pour des réalisateurs tels qu’Andrew, Peter ou James Cameron, c’est que la boîte à outils, le répertoire d’instruments qui existe aujourd’hui réalisent si bien leur vision. J’aime croire qu’il n’y a rien que le cerveau humain ne puisse imaginer de nos jours, qui ne soit réalisable à l’écran pour un public averti. Un enfant de sept ans est de nos jours un cinéphile très averti. Par conséquent, cette interaction complexe de techniques traditionnelles qui existent depuis cent ans a été non pas remplacée mais complétée par la technologie numérique, laquelle est incorporée pour créer ces images ensorcelantes, un véhicule étonnant. Personne ne bat Andrew dans ce domaine. On vient juste de visionner 15 minutes de montages et on voit tout de suite qu’il crée l’émotion de par cette interaction complexe de scènes avec des acteurs, d’effets spéciaux numériques et de modèles réduits, pratiques, traditionnels… Il utilise tous les outils possibles de cette boîte pour créer son monde. C’est tout simplement, vraiment formidable.

Avez-vous un accessoire favori dans ce film ?

Oui. C’est marrant quand on fabrique des accessoires, parce qu’on en tombe amoureux. Mon accessoire préféré est le bouclier que Miraz utilise pour se battre. Je suis allé jusqu’à en fabriquer un pour moi, qui est dans mon bureau en ce moment. Je trouve que c’est l’un des plus beaux objets que notre équipe ait jamais réalisé. J’étais très fier de ce modèle, créé par un jeune type au talent incroyable qui nous a rejoints vers la fin du Lion, La Sorcière Blanche et l’Armoire Magique. On s’est bien amusé à fabriquer tous les objets de Miraz mais ce bouclier en particulier était parfaitement équilibré ; c’est tout simplement une superbe pièce d’armurerie.
On a dû développer un grand nombre de nouvelles techniques, des choses comme les plaques sur les têtes des chevaux ont l’air assez simple mais Andrew voulait une pointe de fer qui sorte du front. Alors, il faut une plaque assez solide qui ne s’affaisse pas, ne bouge pas, sinon elle n’aura pas l’air d’être en acier. Par contre si les chevaux se cognent, cet objet rigide risque de s’enfoncer dans le flanc d’un autre cheval ! Nous avons donc inventé un mélange de différentes densités d’uréthane qu’on injecte ensuite avec un pistolet à moulage à injection basse pression, pour que la pointe soit molle mais que la plaque soit dure. Ça a été vraiment cool d’essayer d’inventer ces solutions chimiques et techniques pour un film médiéval fantastique.

Ferez-vous partie du prochain film ?

Oh et bien, je crois bien que oui. On adorerait passer le reste de nos vies dans ce monde, si on le pouvait.
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