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Les féeries d'un auteur fluctuant

Auteur de romans comme la trilogie Féerie pour les Ténèbres, de multiples nouvelles, de L’encyclopédie des fantômes et des fantasmes ainsi que de livres pour enfants, Jérôme Noirez est un écrivain protéiforme.

A l’occasion de la sortie de Leçons du monde fluctuant dans la collection Lunes d’encre de Denoël, Fantasy.fr a interviewé l'auteur pour explorer avec ses univers si particuliers.
Par Emmanuel Beiramar | Damien Bordes et Emmanuel Beiramar'Les féeries d'un auteur fluctuant
31 octobre 2007 | Mis à jour 31 octobre 2007
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On te connaît surtout pour tes écrits, mais ce n’est pas la seule facette de ton personnage. Peux-tu nous parler de la "place" que prend la musique dans ta vie ?

La musique est une expression plus directe, plus intuitive et plus organique que l’écriture. Ça ne signifie pas qu’elle est moins intellectuelle, la musique est terriblement intellectuelle, mais il y a un moment où elle convoque le corps, le souffle, la pulsation cardiaque. L’écriture, c’est harassant, c’est un travail très ingrat où la part de corporalité est faible. Avec la musique, je peux "badiner", avec l’écriture, c’est infiniment plus difficile. La musique est devenue pour moi comme une distraction face à l’écriture. Le sonore, pas seulement la musique, est la plus vive expression de l’immédiateté du réel. Il imprègne moins la mémoire que l’olfactif par exemple. Il possède donc une dynamique très intense (mais aussi très éphémère) à laquelle je suis sensible, et qui, en quelque sorte, me repose du temps suspendu de l’écriture. J’ajoute qu’aimer le sonore, c’est aussi aimer le silence. Et dans ma vie, il y a plus de silence que de sonore en définitive.

Tu composes souvent des bandes originales pour tes romans, quelle place prend la musique dans le processus de création ? La musique te sert-elle d’inspiration pour écrire ?

La musique ne prend pas de place particulière dans le processus d’écriture. Mes bandes originales sont des amusements que je m’offre à posteriori. La musique ne me sert pas à proprement parler d’inspiration (et j’avoue ne pas savoir très bien ce que c’est que l’inspiration). En tout cas, je n’en écoute jamais quand j’écris, à l’exception notable du cliquetis du clavier sous mes doigts qui ressemble au son de cet instrument javanais que l’on appelle anklung. Mais les émotions suscitées par la musique, l’expérience aussi du sonore, la perception aiguisée par la pratique musicale, tout cela, par contre, me sert énormément, même inconsciemment.

Auteur de romans et de nouvelles SF&F, musicien, tu écris aussi pour la jeunesse. As-tu la même approche quand tu écris pour les enfants ? Ces récits sont-ils aussi sombres ?

Je n’ai pas une approche spécifique quand j’écris pour la jeunesse. Je pense sans doute plus au lecteur, je cherche le ton qui conviendra à son âge, le rythme que sera susceptible de l’emporter… Mais rien de plus. Mes récits adultes sont-ils si sombres que ça ? Moi, je n’en ai pas spécialement l’impression. On y rit en général beaucoup. Je suis sans concession lorsque je parle de l’humain, je n’enjolive pas, mais je ne cours pas après le glauque ou le sombre (contrairement à ce que disent certaines mauvaises langues), c’est lui qui me rattrape. Mes récits pour la jeunesse ne font pas plus de concession. La souffrance, la tristesse, le grotesque, mais aussi la joie intense, le rire, l’empathie avec le vivant, le contemplatif, j’exploite la même palette. Simplement, parce que c’est une palette que connaît l’enfant aussi bien (parfois même mieux) que l’adulte. Il ne faut pas mentir aux enfants. Tout ce qu’on peut se permettre, pour paraphraser Céline, c’est d’espérer qu’ils seront meilleurs que nous plus tard. Voilà en définitive la différence : quand j’écris pour la jeunesse, j’écris pour des lecteurs que je suppose (à tort sans doute, mais peu importe, cet espoir-là est le seul dont je n’arrive pas à me débarrasser) être meilleurs que moi.

Tu as commencé par écrire des nouvelles. Le passage du format court au format long était-il une évidence pour toi ? Comment l’as-tu négocié ?

En fait non, je n’ai pas commencé par écrire des nouvelles. Je me suis mis à écrire des nouvelles après avoir écrit une quinzaine de romans (que je n’ai jamais cherché à faire publier, à l’époque ça ne m’intéressait pas). Le format court est un genre absolument spécifique. Il implique une dynamique distincte de celle du roman. Une nouvelle n’est pas un petit roman, pas plus qu’un roman n’est une longue nouvelle. Je m’y suis essayé, de même que je me suis essayé à l’écriture théâtrale par le passé, comme moyen d’aborder et d’apprendre une nouvelle technique. Comme j’ai été plutôt satisfait du résultat, j’ai poursuivi. Mais en ce moment, c’est surtout le roman qui m’occupe.

Ta première trilogie a bénéficié dès le début d’une certaine reconnaissance de la part des professionnels. T’attendais-tu à cela ? Comment l’as-tu vécu ? Comment a-t-elle été accueillie par le public selon toi ?

Reconnaissance ? Oui, peut-être. Je ne sais pas. La trilogie Féerie pour les Ténèbres a été nominée à divers prix en effet, mais sinon, personne ou presque n’en a parlé. Quant au lectorat, il n’a pas été au rendez-vous. Féerie pour les Ténèbres est pour moi un échec plutôt douloureux, car je l’ai écrit avec l’arrière-pensée de provoquer une réaction, même négative. Je voulais faire une Fantasy transgressive, je voulais violenter ce genre ronronnant. Cela s’est fait dans une quasi-indifférence. Je ne prendrai plus jamais cette peine.

Tu as donc définitivement abandonné l'univers de cette trilogie ?

L’univers de Féerie pour les Ténèbres est un décor plutôt riche (trop riche ont dit certains) dans lequel j’ai laissé plus de portes ouvertes que je n’en ai refermées. J’ai d’ailleurs écrit quelques nouvelles prenant cet univers pour cadre. Donc je ne m'interdis pas d'y revenir un jour. Il est également possible que Féerie pour les Ténèbres connaisse une seconde vie impliquant des additifs conséquents (et qui sait, intégrant peut-être le "spin-off", auquel j’avais un temps songé, consacré au personnage de Barugal le Fou, cet intellectuel raffiné obligé de se faire passer pour un guerrier sanguinaire et dément que l’on découvrait dans le troisième tome). Maintenant, comme tout cela est encore bien flou, je ne peux guère en dire plus.

Tu reviens avec Leçons du monde fluctuant chez Denoël. Le fait de changer d’éditeur a-t-il modifié ta façon de travailler ? T’es-tu limité pour écrire un roman plus accessible ?

Je n’ai pas changé d’éditeur. Je travaille conjointement avec plusieurs éditeurs. Je n’ai jamais signé un contrat d’exclusivité avec qui que ce soit… J’ai la chance d’être publié par une honorable maison comme Denoël, mais ça ne m’empêchera pas de sortir des livres chez d’autres éditeurs.  Leçons du monde fluctuant me semble être en effet un roman plus accessible que Féerie pour les Ténèbres, mais je ne me suis pas spécialement limité (même si j’ai été tenté de le faire). Le récit impliquait une certaine délicatesse et la rudesse de ton de ma trilogie n’aurait absolument pas convenu. Et puis j’aime varier les tonalités.

Ton roman décrit un monde très noir et souvent cynique (tout comme c’était le cas pour Féerie). Penses-tu écrire une Fantasy plus réelle qu’onirique ?

Je pense écrire une espèce de Fantasy marginale qui refuse en particulier l’une des règles tacites du genre : celle de l’évasion à tout prix du réel. C’est une puérilité à laquelle je n’ai pas envie de me prêter. C’est d’ailleurs l’un des moteurs thématiques de Féerie pour les Ténèbres : la "pollution" par le réel. Je ne peux pas m’abstraire du réel, et je ne veux pas. Le "conte de fée" (au sens où la Fantasy l’entend trop souvent) ou le chrome mythologique ne m’intéressent pas. La vérité est surtout que je me fous complètement des genres, que de toute façon, je dois lire au plus deux bouquins de Fantasy et de sf par an (ceux des copains en fait), et que je mène ma petite barque imaginaire sur une rivière qui m’est tout à fait personnelle.

L’univers développé dans les Leçons est chapeauté par la "divine scolastique", sorte de ministère de l’éducation omnipotent. Tu étais professeur de musique. Doit-on y voir une critique de notre système, ou une variation sur le thème de la corruption de l’homme par la société ?

Je n’aime pas l’institution scolaire, c’est un fait. Je la trouve barbare. Mais je ne milite pas pour une école pseudo libertaire à la "Summerhill", car il ne s’agit que d’une liberté factice derrière laquelle se cache quelque chose de plus écrasant encore. Je souhaite une école qui crée le désir, l’envie du savoir, et non son dégoût. Je souhaite une école qui considère l’enfant pour ce qu’il est et non pour ce qu’il va devenir ou ce qu’on veut à tout prix qu’il devienne. Je souhaite une école qui sache affronter la société et ses choix lamentables plutôt que de la servir. Il y a des enseignants qui sont capables de ça, j’en connais, mais ils doivent composer avec une institution aux rouages insupportables… Je pense en effet que la société (pas notre société en particulier, toutes les sociétés) exerce sur les hommes un pouvoir de corruption, du moins quelque chose de profondément "névropathique", et cette thématique est présente dans mes romans. Maintenant, je ne suis pas non plus du genre à croire en la bonté ontologique de l’homme que viendrait pervertir l’appareil sociétal. Cette vision me paraît charmante, mais complètement naïve. Etre est une misère. Seuls le savoir librement consommé et la jouissance des sens peuvent être des consolations dignes d’intérêt. C’est dans ces deux activités que j’entrevois une forme de liberté (mais je serais tout à fait capable de démontrer le contraire dans un roman si l’envie m’en prenait, j’aime me contredire moi-même). La Divine Scolastique est aussi un clin d’œil au positivisme scientifique du 19e siècle. Pour moi la Raison n’est qu’une pensée magique comme une autre. Tout comme ces dogmes contemporains grotesques que sont "la Croissance" et "le Développement Durable". Des cultes. Et je hais les cultes dès qu’ils dépassent le seuil de la chambre où ils sont nés.

Pour conclure, peux-tu en quelques mots nous parler de tes projets ?

Dans l’immédiat, et pour un bon moment je pense, jeunesse, jeunesse, jeunesse. Un "polar historique" dans le Japon du XVe siècle, intitulé Fleurs de Dragon qui sort au printemps. Je travaille sur sa suite, sur un second polar se déroulant dans l’ouest américain au XIXe siècle, et sur une "Fantasy miyazakienne". D’autre part, je planche sur un roman adulte qui sera… comment dire… très bizarre, très déviant, à la fois terrifiant et empreint de tendresse. Et même s’il participe à divers égards des genres de l’imaginaire, je crois qu’il aura encore plus de mal que les précédents à y trouver sa place. Je pense qu’il déstabilisera même les quelques lecteurs qui ont bien voulu me suivre jusque-là. Mais d’un autre côté, je suis sûr que ces quelques précieux lecteurs aiment être déstabilisés, alors je ne m’en fais pas trop.
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