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Robert Jordan au panthéon de la Fantasy

Robert Jordan n’est plus. Mais le créateur de La Roue du Temps continuera à vivre dans le souvenir de ses fans à travers son œuvre et les interviews qu’il a donné. C’est l’une d’elle que nous vous proposons ici. Accordée il y a un peu plus de 10 ans au magazine Ozone (le lointain ancêtre de Fantasy.fr), cette interview reste intemporelle… comme les écrits de son auteur.
Par Emmanuel Beiramar | Henri Loevenbruck et Christophe Parisse'Robert Jordan au panthéon de la Fantasy
21 septembre 2007 | Mis à jour 21 septembre 2007
Robert Jordan au panthéon de la Fantasy
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Robert Jordan au panthéon de la Fantasy

Vous semblez avoir un attrait particulier pour l’Asie. Il y a de nombreuses références à la culture asiatique dans vos romans, comme pour le peuple Aiel par exemple…

Il est vrai que c’est une culture qui me plaît énormément, et j’ai fait plusieurs voyages dans ces pays. Mais ce n’est pas la seule culture dont je me sois inspiré. En fait, j’ai fait un condensé des éléments culturels qui m’intéressaient le plus parmi tous ceux dont j’ai pu prendre connaissance. Pour l’exemple des Aiel, il y a un peu de culture asiatique en effet : une partie de leur code de l’honneur est inspiré de la culture japonaise. Mais il y a eu aussi beaucoup d’autres sources d’inspiration, comme les zulus ou les indiens d’Amérique, et tout particulièrement les Cheyennes. Je laisse toujours mes yeux traîner un peu partout. Cela fait dix ans que je suis plongé dans La Roue du Temps, je suis complètement baigné dedans, ce qui fait que même pendant mes loisirs, il m’arrive de trouver une idée pour mon histoire en observant le monde qui m’entoure. Là, pendant ce voyage à Paris, en visitant les musées, les monuments, en me promenant sur les quais, plusieurs choses m’ont marqué que je pourrai utiliser dans La Roue du Temps.

Quelle a été la teneur de votre travail sur l’Ancienne Langue ?

J’ai écrit environ une centaine de pages qui ont élaboré la structure de cette langue, et j’ai référencé les différentes sources que j’ai utilisées, de telle sorte que je m’y retrouve assez facilement. Les langues fictives utilisées en Fantasy sont le plus souvent très fortement inspirées du gaélique, et ce depuis Tolkien… J’ai voulu me dégager un peu de cette obligation de la Fantasy et me suis donc inspiré de plusieurs langues différentes : j’ai tout de même utilisé un peu de gaélique, mais surtout de l’arabe, du russe, du chinois, du japonais… Mon désir était de fabriquer une langue qui soit vraisemblable phonétiquement. Si vous écoutez une langue que vous ne comprenez pas du tout, vous sentez tout de même qu’un langage construit se cache derrière tous ces bruits bizarres, et c’est cette impression que je voulais qu’on ait en lisant La Roue du Temps. Mais je n’ai bien sûr pas passé autant de temps sut l’Ancienne Langue que ce cher professeur Tolkien en passe sur le langage de ses elfes… La linguistique, c’était sa spécialité, après tout.

Ce qui différencie votre œuvre des autres est la qualité de votre style : comme une poésie, votre texte peut se lire à voix haute…

Je suis issu d’une culture qui repose sur la tradition orale essentiellement ; mon père nous racontait de longues histoires au coin du feu, ou pendant que nous chassions et que nous pêchions… Les sons du langage ont pour moi une grande importance. Je crois qu’il faut travailler autant sur les harmonies que sur les dissonances, sur le rythme de l’histoire. L’écriture est un peu comme la direction d’une symphonie.

Ce qui différencie votre œuvre des autres est la qualité de votre style : comme une poésie, votre texte peut se lire à voix haute…

Je suis issu d’une culture qui repose sur la tradition orale essentiellement ; mon père nous racontait de longues histoires au coin du feu, ou pendant que nous chassions et que nous pêchions… Les sons du langage ont pour moi une grande importance. Je crois qu’il faut travailler autant sur les harmonies que sur les dissonances, sur le rythme de l’histoire. L’écriture est un peu comme la direction d’une symphonie.

Vous vous différenciez également par l’importance de la place que vous accordez aux femmes dans vos romans, dans un genre qui ne leur réserve pas toujours une place de choix…

Je crois que les femmes savent bien mieux que les hommes ce qu’elles veulent, et surtout, savent mieux que les hommes comment faire pour obtenir ce qu’elles veulent… J’ai trouvé que cette caractéristique serait plus intéressante à étudier dans un type de société différent du nôtre. Dans l’univers que j’ai créé, ce sont essentiellement des femmes qui sont au pouvoir, et cela donne naissance à des situations bien différentes ce de que l’on connaît chez nous. Dans cet univers, 3.000 ans plus tôt, c’est l’homme qui a détruit le monde. Pendant les 3.000 années qui ont suivi, la seule chose qu’il fallait retenir, c’est qu’il n’y a rien de plus dangereux qu’un homme capable d’utiliser la magie, ce fameux Pouvoir Unique. Et pendant tout ce temps, il n’y a eu qu’un seul centre de pouvoir qui a duré, survécu, et influencé continuellement l’histoire : les Aes Sedaï, c'est-à-dire ces femmes qui ont appris à utiliser le Pouvoir Unique. Ainsi très logiquement, dans cet univers, les femmes détiennent  le pouvoir politique, le pouvoir religieux, et mystique.

Dans La Roue du temps, vous avez créé une dimension dans laquelle la magie est encore plus importante que dans le monde réel. Il s’agit du monde des rêves, Tel’aran’rhiod. Pourquoi ce choix ?

Pour plusieurs raisons. D’abord, c’était une autre façon pour moi de me démarquer des autres romans de Fantasy où toute la magie se déroule là, sous les yeux des personnages. Mais de plus, je voulais que dans la culture de cet univers, le rêve ait une importance toute particulière. C’est dans les rêves que les légendes trouvent leur justification. C’est pour moi une façon de donner plus d’ampleur aux légendes que j’utilise, en leur donnant corps dans le monde des rêves. De plus, c’est dans cette dimension que certaines choses extraordinaires peuvent se passer. Enfin,  Tel’aran’rhiod reflète plus que ce qui apparaît à la surface de notre monde, et cette réflexion permet donc, par son interprétation, de comprendre des choses cachées du monde réel.

Quand avez-vous commencé à construire l’univers de La roue du Temps dans votre esprit ?

C’est difficile à dire… Il y a très longtemps ! Bien avant que je ne me mette à l’écrire en tout cas. J’ai lu énormément de Fantasy à une époque, mais j’étais souvent déçu par le fait que les cultures qui y étaient représentées étaient trop proches des nôtres, ou plus exactement de l’Europe médiévale. Je trouvais souvent que les auteurs souffraient d’un manque de créativité dans ce domaine. Et j’ai alors commencé à imaginer toutes ces cultures différentes. Ce qui m’intéressait dans la Fantasy, c’était de faire en sorte que d’énormes conflits se produisent, et pour cela, il me fallait créer des cultures qui ne pouvaient faire autrement que de s’affronter. Je m’amuse à créer des cultures très étranges, et Dieu ! comme elles s’opposent !

La création d’un tel univers, qui est cohérent et complexe, a dû vous demander un travail énorme…

J’ai écrit des milliers de pages de notes sur cet univers, sur chaque région de la carte… En fait j’ai plus de pages de notes qu’il n’y a de pages dans tous mes romans réunis ! Chaque fois que je mentionne un élément de l’univers dans mon roman, je le référence dans mes notes afin de garder des traces de chaque détail. Je ne peux pas me permettre la moindre erreur. Mon travail d’écrivain est aussi celui d’un ingénieur ! J’ai une sérieuse formation en mathématiques et en physique, et cela m’a appris la rigueur. Mes romans sont comme des énormes ponts où chaque pierre a sa place, et chacune participe au maintien de l’édifice. Je suis très exigeant avec moi-même quand il est question de structure : celle de mes romans doit être aussi précise que celle d’une molécule de cristal. L’élaboration de la structure de base de ce cycle m’a pris plus de quatre ans.

Combien de temps passez-vous sur l’écriture de vos romans ?

L’élaboration du cycle de La Roue du Temps est toute une histoire ! Je suis d’abord allé voir Tom Doherty, le directeur des éditions Tor aux Etats-Unis. Je lui ai dit que j’avais une idée de livre, et je lui en ai raconté quelques passages. Puis je lui ai dit que je savais comment cela commençait, comment cela se terminait, et tout ce qui devait se passer entre le début et la fin, mais que je ne savais pas combien de romans il me faudrait pour écrire toute l’histoire. Je lui ai dit qu’il me faudrait au minimum quatre livres. Ce n’était pas du tout dans l’habitude des éditeurs à cette époque. On allait rarement plus loin qu’une trilogie. Mais Tom m’a fait confiance, et il m’a offert un contrat de six livres ! Je me suis donc attelé à l’écriture du premier volume, et c’est alors que j’ai découvert que j’avais sous-estimé le travail nécessaire à l’élaboration d’une telle épopée ! Tom attendait le livre pour la fin de l’année, mais j’ai mis quatre ans à l’écrire ! Quatre années au court desquelles j’ai établi des bases solides pour l’univers dans lequel se passe le cycle de La Roue du Temps. La préparation du roman est essentielle si l’on veut à la fois permettre au lecteur de rentrer complètement dans l’histoire et rester le plus imprévisible possible. D’un côté je ne veux pas que le lecteur croie que tel ou tel évènement s’est déroulé simplement parce que j’en ai décidé ainsi, mais plutôt parce que c’était le seul destin possible au sein de l’aventure que je raconte. Mais d’un autre côté, je m’arrange pour que ce qui se passe ne soit pas prévisible…
C’est un travail fastidieux, auquel je m’applique tous les jours. Le premier roman m’a donc pris quatre ans. Les suivants m’ont pris entre douze et quatorze mois.

Vous avez commencé à vous faire connaître en publiant des romans de la série Conan. Comment cela s’est-il passé ?

J’avais déjà écrit un roman de Western en treize jours et donc acquis une réputation d’écrivain très rapide. Ainsi, le jour où Tom Doherty s’est trouvé avec un contrat pour écrire six romans de la série Conan, il a pensé à moi. Au début, je n’avais pas vraiment envie, car je ne voulais pas marcher sur les traces de quelqu’un d’autre (Howard en l’occurrence…). Mais Doherty m’a rappelé en me disant qu’il était vraiment pressé par le temps, et que j’étais le seul qu’il croyait capable d’écrire ces romans assez vite. J’ai fini par accepter. J’ai écrit le premier livre, et finalement je me suis bien amusé. J’ai commencé par relire Howard, dans un souci de fidélité, et j’ai découvert que sa principale influence était Milton. J’ai donc également décidé de relire Paradise Lost, puis je me suis mis à l’écriture. J’ai mis 22 jours à finir le premier Conan. Doherty a donc décidé que j’allais écrire les six titres, et là aussi, j’ai fini par accepter. J’ai écrit ces romans avec un certain plaisir, mais en jurant que c’étaient les derniers Conan que je faisais ! J’ai mis un an à convaincre que non, il ne fallait plus me demander de faire de Conan ! J’ai eu du mal, car ils étaient très insistants – apparemment, ces livres se vendaient très bien… En tout cas, j’ai appris beaucoup de choses de cette expérience.

Malgré tout votre travail, réussissez-vous à trouver le temps pour vos loisirs ? La présentation à votre sujet au dos de vos livres annonce que vous collectionnez des pipes…

Oui, je dois en avoir environ trois cents. Je collectionne beaucoup d’autre choses : les cannes, les épées antiques, les masques africains, les peintures…
J’aime également beaucoup la chasse, la pêche, la lecture… J’aime toutes ces choses passionnément, mais aucune plus que l’écriture. Il n’y a rien qui puisse prévaloir sur mon amour de l’écriture.
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