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Craig Spector dévoile son Underground

Jusqu'ici, les lecteurs gaulois n’ont pas eu la chance de vraiment connaitre Craig Spector. Mais il y a quelques jours de cela, la collection L’Ombre de Bragelonne a remédié à cette quasi-méconnaissance du lectorat français en publiant Underground. C’est à l’occasion de la sortie de ce roman que l’auteur à accepté de se confier à l’équipe de Fantasy.
Par Emmanuel Beiramar | 'Craig Spector dévoile son Underground
5 septembre 2007 | Mis à jour 5 septembre 2007
Craig Spector dévoile son Underground
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Craig Spector dévoile son Underground

Pourquoi avoir choisi la période Reagan comme point de départ d’Underground ?

Tout d’abord, je voulais que l’histoire de mon roman corresponde approximativement à ma propre catégorie d’âge. J’appartiens à la toute fin de la génération du Baby-Boom américain – ceux qui sont nés entre 1956 et 1965 – et on oublie souvent de nous prendre en compte. La première vague de Baby Boomers – ceux nés entre 1945 et 1955 – est d’après moi beaucoup plus considérée socialement, et peut-être la génération la plus égoïste et égocentrique à avoir jamais foulé cette planète. Depuis leur naissance après la seconde guerre mondiale, toute notre culture s’est centrée autour d’eux et a évolué en fonction de leur âge. Dans les années 1950, ils étaient enfants, et notre culture reflétait cet esprit innocent propre aux séries comme Leave It To Beaver, Happy Days etc. Le rock’n roll est arrivé et ils sont devenus la jeunesse rebelle des années 1960. Une fois de plus les thèmes dominants de la culture reflétaient leurs intérêts dans la musique, les films, la télévision, la mode, etc. Dans les années 1970, ils ont commencé à s’intégrer au « système », ils ont aimé la disco, se sont mariés, ont eu des enfants, « ont mûri », et une fois de plus la culture les a suivis. Dans les années 1980, ils avaient entre 30 et 40 ans, et ils sont devenus « l’homme » : le profit était une valeur suprême, les yuppies dirigeaient le monde, Wall Street était roi et le simple fait d’être riche faisait de vous quelqu’un de bien.
Ils sont devenus majeurs pendant la période Reagan, alors qu’ils troquaient leur idéalisme de jeunesse contre le profit individualiste, et le monde entier en ressent depuis les effets. Et ça a continué dans les années 1990 et 2000 : toute notre culture a été définie par la place qu’ils y occupent. Je prévois un développement important du respect porté aux personnes âgées dans les dix prochaines années.
Ma génération les a suivis de peu et a précédé la « Génération X ». Nous n’avons pas de nom. Je propose la “Génération WTF Qu’est-ce qui se passe ?”. Personne ne nous remarque. Pourtant nous sommes nombreux. Je voulais que mon récit reflète notre parcours dans l’histoire collective. 

Le racisme et l’esclavage sont les thèmes principaux de votre ouvrage. S’agit-il de sujets importants pour vous ? Pourquoi ?

Oui, bien sûr. J'ai grandi dans le Sud des Etats-Unis et je suis donc habitué à cette façon très sudiste de voir les choses – pas vraiment un racisme actif, mais plutôt voilé, presque subliminal et profondément ancré, y compris dans la culture de la haute société. Quant à l'esclavage, c'est une métaphore parfaite pour  illustrer la déshumanisation et la cruauté institutionnalisée de l'Homme. Il a depuis toujours influencé les différents aspects de la culture américaine et a rendu tout vrai dialogue presque impossible - trop de tensions de part et d’autre. J’ai voulu suggérer que derrière ces choses très réelles créées et entretenues par les Hommes, il y avait quelque chose d'autre qui se nourrit de notre haine et de notre douleur. Qui nous utilise pour son propre intérêt.  Qui veut que nous soyons en conflit les uns avec les autres. Qui entretient notre énergie négative. Comme une force de la nature sombre et primitive. Et nous sommes tous bien trop disposés à l'alimenter.

Vous êtes souvent associé à des auteurs tells que Clive Barker ou John Shirley. Underground rappelle également Ca de Stephen King ou encore Angel Heart de William Hjortsberg. Vous sentez-vous proches de ces écrivains ?

Je pense qu'ils sont géniaux, leur travail m'a beaucoup inspiré. J'ai la chance d'être ami, ou du moins en de bons termes, avec un certain nombre d'auteurs qui m'ont motivé et fait frissonner : Clive et Steve, mais aussi Richard Christian Matheson, son père, Richard Matheson, Peter Straub, Poppy Z. Brite, Peter Atkins, Whitley Streiber, David J. Schow, F. Paul Wilson, Douglas Winter, pour n’en citer que quelques uns. J'adore leurs œuvres et je les apprécie en tant que personnes. Nous travaillons parfois ensemble sur des projets. Je joue dans un groupe avec R.C. Matheson et Preston Sturges Jr., un autre grand écrivain que j'ai la chance de connaître ; Whitley et moi travaillons sur un roman graphique et sur un film ; j'ai adapté le personnage de Repairman Jack de F. Paul Wilson pour un long-métrage ; Dave et moi avons collaboré sur une novella pour l'anthologie Millennium de Doug ; Peter Straub a été une inspiration majeure pour moi et Peter Atkins et moi sommes potes depuis des années.

Il y a dans ce livre certains aspects classiques du roman d’horreur, mais vous utilisez également des éléments caractéristiques du thriller. Pouvez-vous nous expliquer ce choix ?

C'est marrant, je sais que Underground est un roman d'horreur mais quand je l'ai présenté aux éditeurs, je leur ai dit que c'était un thriller métaphysique. J'aime utiliser des éléments propres au thriller ; j'adore les histoires au rythme haletant qui vous saisissent et vous laissent à bout de souffle. Pour Underground, cela n’a pas été facile à réaliser en raison de la densité des informations historiques qui servent de toile de fond au récit : comment transmettre 400 ans d'histoire tout en gardant un rythme rapide ? J’ai choisi de ne garder que les choses dont j’avais besoin pour faire avancer mon histoire, tout en les racontant de la façon la plus vivante possible. Mon expérience de scénariste m’a beaucoup aidé dans cette optique. Ce que j’espère, c’est que cela donnera à Underground un aspect cinématographique – comme si un film se déroulait dans votre esprit.

Avez-vous fait quelques recherches avant de commencer à écrire Underground ? Si oui, de quel type ?

Je fais beaucoup de recherches pour mes livres parce que je veux que même l’irréel ait l’air réel, aussi réel que possible. J’ai mis beaucoup d’éléments personnels dans Underground, car j’ai grandi dans un endroit similaire à celui du livre, et j’ai connu beaucoup de gens qui ressemblaient à mes personnages. J’ai aussi fait beaucoup de recherches sur les origines économiques et sociales du trafic d’esclaves aux Etats-Unis ainsi que sur son évolution. J’ai également étudié les origines historiques du racisme dans ce pays, depuis le mouvement des Black Panthers pendant les années 1960, jusqu’au KKK et divers groupes néo-nazis, en passant par l’affaire Rodney King ou par les émeutes de Los Angeles, que j’ai vécues en personne. J’ai lu des témoignages d’esclaves recueillis par le gouvernement américain dans les années 1930, écouté des enregistrements d’anciens esclaves et parcouru de nombreux blogs et forums rédigés par des personnes appartenant aux deux camps. J’ai visité d’anciennes plantations. J’ai fait des recherches sur la Santeria et le vaudou. J’ai passé beaucoup de temps au GDS (un lieu qui existe réellement) et j’y ai même campé quand j’étais petit. Tout cela participe de la toile de fond de mon récit. Une grande partie de ce que le livre décrit est vraiment arrivé, ce qui démontre une fois de plus que la vérité est beaucoup plus étrange – et souvent terrifiante – que la fiction.

Durant les années 90, le mouvement Splatterpunk a radicalement modifié le genre de l’horreur. Pensez-vous que des films comme Saw ou Hostel l’ont encore fait évolué ? Est-ce que ce mouvement influence votre façon d’écrire romans et scénarios ?

Beaucoup de personnes ont tendance à considérer l’horreur comme un genre réservé à la jeunesse ou comme un filon pour se faire de l’argent... et à dire vrai, c’est majoritairement le cas. Mais d’après moi, l’horreur est ce qu’il y a de plus proche, à notre époque, du mythe classique. C’est le seul genre que les gens abordent l’esprit totalement ouvert. On y parle de vrais problèmes, mais de façon détournée, ce qui permet d’intégrer des éléments fantastiques, inexpliqués. Je suis content de voir que le Splatterpunk a eu un effet durable sur le genre ; le mot est même référencé dans le Chambers 21st Century Dictionary – bien que la définition qu’ils en donnent soit bancale et passe à côté de l’essentiel. Concernant les films Saw et Hostel, il est vrai que si j’aime tous les genres d’horreur, je préfère les films qui font vraiment peur. Le gore en lui-même m’ennuie. Pour être effrayé, j’ai besoin de sentir que l’humanité est en danger dans l’histoire. Pour Hostel, par exemple, je sais que c’était basé sur le problème réel du trafic d’esclaves dans la prostitution, et plus particulièrement avec des jeunes femmes des anciens pays du bloc soviétique.

Je pense que les romans d’horreur ont principalement souffert des changements survenus dans l’édition, du moins aux Etats-Unis – tandis qu’une poignée d’auteurs best-sellers bénéficient d’une promotion importante, tous les autres restent à la traîne. L’écart s’est considérablement creusé entre les deux extrêmes et les auteurs qui, hier encore, se trouvaient au milieu des listes de ventes sont aujourd’hui marginalisés. La démocratisation de l’édition numérique ou via internet est fascinante, mais il devient de plus en plus difficile de distinguer, au milieu de ces nombreux micro-éditeurs, ce qui est bien de ce qui ne l’est pas. En ce qui concerne le cinéma, il me semble que nous assistons actuellement à une renaissance – on peut trouver à l’affiche des films audacieux et plein d’énergie, et il se trouve que beaucoup de scénaristes et de réalisateurs ont grandi en lisant des romans de Spatterpunk, reconnaissable dans leur style. Et je trouve ça plutôt génial.

Le roman Animals, que vous avez écrit avec John Skipp, est sur le point d’être adapté au cinéma. Pouvez-vous nous en parler ? Où en est le projet et quel sera la prochaine étape ?

Nous venons de finir le tournage principal de l’adaptation – réalisé par Doug Aarniokosky d’après mon scénario et interprété par Naveen Andrews, Eva Amurri, Marc Blucas, et Nicky Aycox. J’ai travaillé avec les producteurs Barry Rosenbush et Bill Borden sur le film – j’avais aussi travaillé avec eux sur l’adaptation de Repairman Jack il y a plusieurs années. Ils sont vraiment très intelligents et ont beaucoup d’expérience. Nous avons rassemblé une équipe et une distribution très talentueuses, qui ont fait un travail fantastique pour le porter à l’écran. Nous sommes actuellement en post-production et le film devrait sortir courant 2008. J’espère que le public sera surpris, et peut-être choqué – de la bonne façon, bien sûr ! Le livre orignal est terrifiant, viscéral et porté sur le sexe – et la version ciné amplifie tout ces aspects pour les transformer en une histoire d’amour profondément dérangeante, un film d’horreur pour adultes. Ca n’est définitivement pas pour les enfants - je doute qu’on en fasse un jour l’attraction d’un parc à thème. Je pense que c’est aussi le film idéal pour un rencard – les mecs, si vous amenez une fille voir le film, je vous garantis qu’elle s’assiéra très près de vous, et si après ça vous n’arrivez pas à conclure… laissez tomber ! Ca n’arrivera tout simplement pas.

Pourquoi avez-vous préféré utiliser des loups-garous au lieu d’autres créatures fantastiques, tel que le vampire, pour ce roman ?

J’avais déjà exploré le thème des vampires dans The Light at the end. En outre, les loups-garous, et d’une façon générale les métamorphes, ont toujours été une métaphore intéressante de nos instincts animaux… d’où le titre. A chaque culture ou période historique correspond un métamorphe. J’ai trouvé à Paris des gravures de bois datant du XVIe siècle, représentant des loups-garous en train de boire et de se comporter comme des animaux ! Ils sont le symbole de notre nature cachée, cette partie sauvage que la civilisation a étouffé jusqu’à ce qu’elle ne soit plus que le vague sentiment d’un manque. Un magnifique documentaire de la BBC, intitulé L’Animal humain, montre à quel point nos comportements et rituels d’accouplement sont en fait profondément ancrés dans notre ADN. J’ai moi-même vécu ce genre de passion intense et dévorante où l’on se détruit l’un l’autre, mais aussi des relations pour lesquelles on tente de trouver un équilibre entre les aspects positifs et négatifs de notre personnalité. Animals raconte l’histoire d’un homme dont la vie tombe en morceaux, bien qu’il ait fait tout ce qu’il était « censé » faire et tenté de mener une vie normale. C’est à ce moment-là que la femme la plus belle et sensuelle qu’il n’ait jamais vu entre dans le bar dans lequel il traîne pour noyer ses soucis – et le choisit, lui, parmi toutes les personnes présentes. Ils deviennent amants, et leur liaison ruine sa vie – il ne sait pas qu’elle est un animal et qu’elle réveille l’animal qui est en lui. Et c’est là que le petit ami de la fille apparaît…

Quels sont vos projets ?

J’ai toujours de nouveaux projets sur le feu; je parle de certains d’entre eux, mais pour d’autres, j’attends le bon moment. En ce moment, je travaille sur un nouveau projet avec Whitley Streiber intitulé The Nye Incidents qui sera développé sous le forme d’un roman graphique et d’un long-métrage. Je travaille sur deux nouveaux romans, et certains envisagent d’adapter Skipp & Spector’s The Bridge au cinéma, avec moi au scénario. Je discute avec les producteurs d’Animals d’une éventuelle suite – si le premier film marche, j’ai assez de matière pour couvrir trois films… mais nous verrons bien ce qui arrivera. Mon groupe Smash-Cut (avec Richard et Preston) enregistre actuellement son premier CD, que nous prévoyons de sortir courant 2008. Je travaille également sur un projet d’horreur qui pourra être regardé par les enfants… et qui sait, peut-être qu’on en fera une attraction cette fois ! J’aime avoir plusieurs projets à la fois et travailler sur différents médias. Aussi fou que cela puisse paraître, j’adore ce que je fais ! On ne s’ennuie jamais. J’ai participé à un spectacle cette année au Hollywood Silent Movie Theatre  avec mon ami Bob Malone  – un enregistrement live de sa chanson Who Cares If It’s Halloween ? est disponible sur ma page myspace. Neufs musiciens, une section de cuivres, et beaucoup de plaisir en perspective. Après avoir joué, il m’a présenté au public en disant « s’il n’écrivait pas des romans d’horreur, il serait sans aucun doute un tueur de masse ». le public a ri… mais vous devriez vous poser la question…. Hmmmm…

Enfin, voudriez-vous dire quelques mots à vos futurs lecteurs français ?

Bonjour and bon appetit ! Pardon moi, mon français est nul… 
Sérieusement, je suis ravi que Underground soit publié en France, chez Bragelonne. C’est un livre magnifique et j’espère que vous l’aimerez. N’hésitez pas  me rendre visite sur mon site internet, craigspector.com et sur ma page myspace pour me dire ce que vous en pensez. Mieux encore, faites le savoir à Bragelonne ! Le site du film est animals-movie.com, il est récent mais il sera mis à jour régulièrement jusqu’à la sortie du film. C’est un monde virtuel, les amis, et nous vivons dedans !

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