Toute l'actu de
l'imaginaire
En ce moment sur Fantasy.fr

Avec Gudule, Merlin L’Enchanteur déchante !

Gudule, à l’égal des plus grands romanciers, sait aborder avec le même bonheur de nombreux genres littéraires. Ainsi, elle a marqué de son empreinte tant le Fantastique, l’Horreur, la SF, la littérature générale, que tous les registres des romans pour la jeunesse. Elle a fait des incursions dans la parodie et dans des romans aux thèmes décalés et humoristiques comme Mon âme est une porcherie.

Avec sa série La Ménopause des fées, (Éditions Bragelonne) elle récidive dans la parodie en plaçant la barre encore plus haut. Autour d’un Merlin L’Enchanteur peu conforme à sa légende, elle conçoit des histoires déjantées dans un univers qui, hélas, ressemble bien au nôtre pour les "galères" qu’elle fait vivre à ses personnages.

Rencontre avec une "auteuse" à la verve truculente qui manie une langue verte et fleurie !
Par Serge Perraud | 'Avec Gudule, Merlin L’Enchanteur déchante !
18 juillet 2007 | Mis à jour 18 juillet 2007
Avec Gudule, Merlin L’Enchanteur déchante !
Avec Gudule, Merlin L’Enchanteur déchante !
Avec Gudule, Merlin L’Enchanteur déchante !
Avec Gudule, Merlin L’Enchanteur déchante !

Le personnage central de ce qui est, pour l’instant, une trilogie, est Merlin L’Enchanteur, le plus Grand Nécromant de tous les temps. Mais, est-ce le Merlin de la légende ?

Ça l’est sans l’être tout en l’étant quand même. J’avoue ne pas être une spécialiste — il s’en faut même de beaucoup ! — de la légende arthurienne mais, comme disait l’autre, j’en ai entendu causer. De plus, je suis une grande consommatrice de contes, et le personnage de Merlin hante la mythologie celtique, et même bien au-delà. En mettant tout ça bout à bout, je me suis « reconstitué » mon propre Merlin qui n’est, ma foi, ni meilleur ni pire que celui de Richard Thorpe … ou de Walt Disney !

Pourquoi faites-vous de ce personnage un buveur invétéré, un coureur de jupons ? (Bien qu’aujourd’hui, le coureur de jupons, au sens strict du terme, s’engage sur une voie faite d’abstinence !)

Je trouve que ce personnage hiératique, solennel, tutoyant les astres et conversant avec les Forces de l’Au-delà, s’y prête très bien. Et puis… entre nous, les mythes les plus sacrés sont faits pour être détournés, n’est-ce pas ?

Christophe Arleston, dans Le Chant d’Excalibur, une série de BD, le transforme également en "vieux bouc soiffard". Y a-t-il des indices, des faits qui confortent cette réputation de Merlin ?

Qu’est-ce que je disais ! Je ne suis pas la seule à avoir eu cette idée !

Pourquoi avoir retenu Merlin et une partie de la geste des Chevaliers de la Table Ronde comme base de votre série parodique ?

J’ai envie de dire : "Parce que ça m’est venu comme ça". Ce serait, je pense, la réponse la plus honnête. Pourquoi chercher midi à quatorze heures ? Un grand mage solennel ronflant dans sa vinasse sur un quai de métro, l’image m’a fait rire. C’est suffisant, en ce qui me concerne, pour justifier un livre. A vrai dire, d’ailleurs, le point de départ n’est pas Merlin, mais les fées. J’étais en train d’écrire Kaïra, roman pour la jeunesse paru chez Flammarion, quand j’ai eu une sorte d’illumination. Mon roman avait pour décor la rédaction d’un canard de BD dont je présentais l’équipe aux lecteurs : des dessinateurs un peu dingues et très anticonformistes. En quelques mots, je décrivais leur travail quand l’idée d’une bande dessinée peuplée de petites fées irascibles, un brin fachottes, vivant dans les poubelles, s’est imposée à moi. Elle ne m’a plus quittée. Et quand Kaïra a été terminé, mes petites fées cradoques m’habitaient encore. De là à les placer sous la houlette d’un Merlin déchu, il n’y avait qu’un pas. Je l’ai franchi, comme je l’ai dit plus haut, en pouffant de rire.

Autour de Merlin et des fées, vous animez un groupe de personnages dont les caractères sont très représentatifs de différentes couches sociales. Comment les concevez-vous ? D’où viennent Linda Graal, Le Père Cheval… ?

Hou là là… je ne me suis jamais posé la question. Sans doute de mes rencontres quotidiennes d’ex-parisienne du XVIIIe  arrondissement. J’aime les  pépettes de banlieue, le dealers, les clodos, les émigrés, les folles… — bref la faune urbaine qui peuple les quartiers défavorisés. Les capturer et les mettre dans mes romans est devenu, avec les années, un véritable réflexe. Bien sûr, je les maltraite un peu, j’accentue certains traits de caractère, je leur prête un langage à la limite de la caricature — j’en fais des personnages, quoi ! Personnages qui ont leur place dans l’histoire, leur logique comportementale, leur propre manière d’être, de sorte qu’ils deviennent peu à peu autonomes.  Ce qu’ils font par la suite ne regarde plus qu’eux. Je décline toute responsabilité.

Qu’est-ce qui vous attire dans la parodie ?

J’adore la transgression. Piétiner le sacré. Sauter à pieds joints sur les valeurs établies. Pisser dans les bénitiers, les vins millésimés et les parfums rares. Prendre les mythes fondateurs et en faire de la choucroute. Et ceux qui affirment que ce n’est pas jouissif sont des menteurs !

Sur quelle légende vous êtes-vous appuyée : la légende celtique ou la réécriture de Chrétien de Troyes ?

Me suis-je réellement appuyée sur quelque chose ? Les contes que je suis censée retranscrire fidèlement dans les collections pour la jeunesse, je les réinvente. Les légendes, je les mets à ma sauce. Le mythe arthurien, je lui ai fait subir ce que Michel Blanc déclare si élégamment à Zézette dans Le père Noël est une ordure : je l’ai pris, je l’ai retourné… etc. Mais je ne crois pas, en toute honnêteté, m’être appuyée dessus !

Est-ce qu’avant de leur faire subir les mauvais traitements que l’on découvre dans La Ménopause des fées, vous connaissiez en détails les personnages que vous mettez en scène ?

Absolument pas ! Je n’avais qu’une notion très imprécise — et, pour tout dire, stéréotypée — des personnages de Merlin, Viviane et Morgane, ainsi que de leurs relations intimes. Quant à Clochette, je l’ai carrément empruntée à Walt Disney (pardon, monsieur Barrie !). Parodier ce qu’on ne connaît pas, ou mal, c’est encore plus fortiche que de parodier ce qu’on connaît, non ?

Vous mêlez, surtout dans La nuit des porcs vivants, des personnages empruntés à votre univers imaginaire et d’autres venus des contes, des légendes… Comment les faites-vous cohabiter ?

Cette cohabitation est l’un des principaux attraits du fantastique ! Combien de pédés, parmi mes amis, rêveraient de se faire  un centaure, un ange ou un nain de jardin ! Dans La nuit des porcs vivants, C’EST POSSIBLE ! D’ailleurs, si on y réfléchit, y a-t-il incompatibilité entre les mœurs des nymphes, des satyres et des faunes de l’Antiquité grecque, et les nôtres ? Non, n’est-ce pas. Tout cela colle pile poil (si j’ose dire) ! Idem pour les personnages de contes de fées : leur sexualité, réduite une fois pour toute à ce concept sinistre : "ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants" ne demande qu’à s’épanouir, en compagnie des joyeux drôles que j’ai conçus. Je ne vais pas les priver — ni priver le lecteur — de ce plaisir !

Comment l’idée de La Ménopause des fées, c'est-à-dire de la disparition de leurs pouvoirs avec l’usage, vous est-elle venue ?

Sincèrement, je l’ignore. Peut-être parce que parler de ménopause, ça ne se fait pas ? Ça met tout le monde mal à l’aise. Ça suscite des gloussements gênés. Y a des tabous, comme ça, un peu "concons". J’ai sauté dans la mare.

Pourquoi avez-vous souhaité "ménopauser" les fées ?

Y a pas de raison que ce genre de désagrément n’arrive qu’aux humaines !

N’exprimez-vous pas, face à des situations dramatiques ou ubuesques que vous mettez en scène, un sentiment de révolte ?

La révolte est un fabuleux moteur d’écriture. Pour moi, c’est le principal. Ma révolte — constante face à ce qui, dans cette société, asservit, humilie, ravale et torture les êtres (c’est à dire à peu près tout !) — nourrit mon écriture. Or, cette révolte, la dérision, avec ses excès, ses outrances, sa démesure, est, je pense, le langage le plus apte à l’exprimer pleinement.

Sous couvert d’humour, vous pointez du doigt nombre de dysfonctionnements de notre société, vous les mettez en lumière pour mieux les dénoncer. L’humour vous parait-il une bonne formule militante pour essayer de les faire changer ou évoluer ?

A mon avis, la parodie n’a pas d’autre fonction. Et sans vouloir imposer mes idées à qui que ce soit, je trouve extrêmement jouissif, voire auto salutaire, de donner d’énormes coups de pieds dans la fourmilière par personnages interposés. Si ça ne fait pas changer les choses, au moins ça soulage.

Vous usez d’une liberté de ton réjouissant. Vous ne mâchez plus vos mots (les avez-vous mâchés quelquefois ?) vous appelez un chat, un chat. On a même le sentiment que vous voulez en rajouter. Est-ce une "revanche" pour vous être trop longtemps retenue ? Avez-vous dû assumer des conventions rigides ?

Non, je ne pense pas, même en tant qu’auteur jeunesse, avoir jamais été réellement "bridée" dans mon langage. On m’a beaucoup refusé de livres, ça oui. Je suis considérée comme une auteure "politiquement incorrecte", ce qui me convient fort bien. La Ménopause des fées n’est pas une revanche, c’est juste un gros plaisir que je me suis offert. Le sujet s’y prêtait, les personnages aussi ; j’y ai été gaiement. Le premier tome, destiné à l’origine aux éditions Albin Michel, a fait hurler d’indignation les lecteurs professionnels. Ils n’avaient pas de mots assez durs pour fustiger ma vulgarité, mon langage ordurier, mes jeux de mots ignobles, mon inconcevable irrespect. J’en ai pris plein la tronche ! Puis Stéphane Marsan est arrivé, tatatam ! Je lui ai tendu mon manuscrit comme s’il s’agissait d’un PQ usagé. Il l’a adoré.
Et j’ai compris que la vie valait encore la peine d’être vécue… Qu’il existait sur terre des êtres capables de me comprendre… Que je n’étais pas cette crotte répugnante que les éditeurs repoussaient du pied… Quand mon livre sortit, ce fut une renaissance. Je voyais à nouveau se lever le soleil… Euh… si vous trouvez que j’en fais trop, là, supprimez les dernières phrases. En fait, elles sont destinées à Bragelonne. Un éditeur se caresse toujours dans le sens du poil. C’était un bon conseil de mémé Gudule !

Cette liberté, cette jubilation face aux mots, aux expressions, à l’écriture est-elle récente ? Coïncide-t-elle avec une évolution de votre cadre de vie ?

J’ai toujours adoré parler de cul, mais il est évident qu’avec l’âge et l’expérience (de l’écriture, s’entend), on en parle de mieux en mieux. En fait, j’ai pris un plaisir extrême à policer mon langage, à utiliser des tournures de phrases précieuses, des imparfaits du subjonctif et autres gâteries grammaticales. Mais mon départ de Paris n’y est pour rien. D’ailleurs, le premier tome de La Ménopause a été écrit avant mon installation dans le Tarn.

Est-il facile de conserver ce ton guilleret et jubilatoire pendant plus de 600 pages (le volume des trois tomes) ?

Voui ! Oh oui ! En reprenant mon ton habituel pour écrire des livres "normaux", j’ai eu l’impression de quitter ma robe de bal pour ré enfiler mon jean et mes baskets. C’était un peu frustrant. Tristounet, même. Mais je n’ai pas dit mon dernier mot ! Si la saga de Merlin s’arrête après ce troisième volume, j’ai quelques projets encore plus déjantés en gestation dans ma p’tite tête !

Vous qui, avec le même bonheur, pratiquez les deux, est-il plus aisé de faire rire que de faire trembler ?

Sincèrement, je n’en sais rien. Je ne me suis jamais posé la question. Je prends autant de plaisir à l’un qu’à l’autre – et même aux deux à la fois !

Pourquoi avez-vous renoué avec la pratique ancienne qui consiste à donner, à chaque chapitre, un titre qui résume ce qui va être développé ?

Parce que j’ai voulu pousser la parodie jusqu’au bout : titres de chapitres à rallonge, mais également accumulation de majuscules, termes pompeux, tournures de phrases alambiquées ; bref tout ce qui me rend, moi, un texte ancien jubilatoire. J’ai même, comme je le disais plus haut, usé et abusé des imparfaits du subjonctif et des concordances de temps périlleuses. Le correcteur s’est d’ailleurs arraché les cheveux !

Que nous préparez-vous comme bonnes surprises éditoriales dans les mois qui viennent ?

Stéphane Marsan — béni soit-il pour les siècles des siècles — projette de sortir, dans la collection L'Ombre un recueil de mes romans parus au Fleuve Noir et chez Denoël. J’y ai adjoint un inédit dont l’idée me tarabustait depuis plusieurs années, intitulé Dancing Lolita. Ça devrait donner un beau gros livre de plus d’un million de signes. Pour moi qui n’écris que de courts romans, c’est une sorte de record. J’en pète de fierté !
publicité
Bandes-annonces
Looper
Looper

Joseph Gordon-Levitt et Bruce Willis réunis comme on ne s'y attendait pas.

Frankenweenie
Frankenweenie

Le nouveau film d'animation de Tim Burton.

Dredd
Dredd

Le Juge Dredd est de retour !

publicité
Accès rapide
Cinéma Télévision Littérature Jeux
Bilbo le Hobbit Game of Thrones Le Trône de Fer Dragon Age
(Le prélude du Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien) (Le Trône de Fer) (La saga de George R.R. Martin) (Le jeu de BioWare)
Les Vengeurs The Walking Dead La Roue du Temps Diablo 3
(Captain America, Thor, Iron Man, Hulk...) (D'après la série de comics de Robert Kirkman) (L'épopée de Robert Jordan) (Il n'y a pas que World of Warcraft chez Blizzard)
The Amazing Siper-Man Torchood Le Disque-Monde Assassin's Creed
(L'Homme-Araignée, nouvelle version) (Le spin-off de Doctor Who) (La série de Terry Pratchett) (Tout sur la franchise d'Ubisoft)
The Dark Knight Rises Camelot
(Le 3e Batman de Christopher Nolan) (Oubliez la série Merlin)
Conan le Barbare Spartacus : Blood and Sand
(D'après Robert E. Howard) (Sexe et sang chez les gladiateurs)
Harry Potter et les Reliques de la Mort
(D'après Joanne K. Rowling)
Twilight : Révélation
(D'après Stephenie Meyer)
Pirates des Caraïbes 4
(Jack Sparrow est de retour)