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Pécau dévoile ses arcanes : 2e partie

Jean-Pierre Pécau s'est mis à la bande dessinée tardivement. Depuis, il s'est rattrapé en écrivant les scénarii de Zentak, Nash, Arcanes, Arcane majeur, Moby Dick... Avec L'histoire secrète et Empire, il passe à la vitesse supérieure.
Il y a quelques mois, Fantasy.fr a rencontré le personnage. Nous vous proposons la seconde partie de cet entretien à l'occasion de la sortie du dixième et dernier tome de la série Nash : La 5e Extinction, et du huitième tome de L'histoire secrète : Les 7 piliers de la sagesse, tous deux publiés par les éditions Delcourt.
Par Emmanuel Beiramar | Alexandre Levasseur et Emmanuel Beiramar'Pécau dévoile ses arcanes : 2e partie
13 juin 2007 | Mis à jour 13 juin 2007
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Pécau dévoile ses arcanes : 2e partie
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Pécau dévoile ses arcanes : 2e partie

Après le jeu de rôle, pourquoi avoir bifurqué vers la BD plutôt que vers l’écriture de romans ?

Le jeu de rôle a surtout, à mon avis, permis à beaucoup à apprendre comment raconter des histoires. Il y a plein de rôlistes qui sont maintenant dans la BD, les romans et le scénario pour la télé et le cinéma. Ça s’explique parce qu’à l’époque, les canards de BD n’existant plus, il n’y avait aucun support qui nous permettait de faire nos armes en tant que raconteur d’histoires. 
Concernant les romans, on m’a plusieurs fois posé la question et je trouve que ce n’est pas du tout la même chose. Autant on peut facilement trouver des liens entre des scénarii de BD, de cinéma et de jeu de rôle, autant le roman demande quelque chose en plus. Du style par exemple. Pour raconter une histoire il faut du style, et même si on a pas d’histoire, le style peut suffire à faire un bon roman. Ce n’est pas du tout mon cas. Ecrire un roman est pour l’instant au dessus de mes forces. Peut-être que cela viendra, mais cela reste pour le moment un domaine qui me semble totalement hors d'atteinte compte tenu de mes modestes capacités.
C’est d’ailleurs un peu ce qui me fait rager avec la SF actuelle. On a souvent de très bonnes idées, des histoires intéressantes mais sans aucun style derrière. Ce sont juste de gros scénarii, pas des romans.

Tu es un grand fan de Sf, Fantasy, Fantastique, aventures ; tu as cité Zelazny. Quelles sont tes influences ?

Il y a plein d’influences mais on va dire Zelazny effectivement, Tim Powers, des petits Français. Je suis arrivé il y a vingt ou trente ans, à une époque où la SF française s’était beaucoup désertifiée à part quelques vieux auteurs. Il y a une nouvelle génération qui me plaît bien, comme Mauméjean par exemple, qui ont les mêmes thématiques que moi. Mais Zelazny a été pour moi une grande claque. Ensuite il y a tous les anciens, comme Herbert, Asimov, mais n’importe quel amateur de BD dirait la même chose. Gibson aussi m’a beaucoup marqué quand le premier est sorti en France. Gibson a été un phénomène assez paradoxal parce que le cyberpunk a été une bouffée d’air dans la SF quand c’est arrivé et cela s’est tout de suite arrêté. Il n’y a quasiment plus de romans ou d’albums de cyberpunk parce que je pense que cela a été rattrapé par la réalité. Ce qui en fait un cas assez exceptionnel dans la SF. Alors qu’un tel mouvement aurait pu durer des années, il n’a tenu que cinq ou dix ans. Le dernier
Gibson, qui est très bon, n’est plus de la SF : cela se passe maintenant et il n’y a quasiment aucun élément SF dedans. On en vient plus à de la Fantasy, ce genre de choses, que j’aime bien aussi. Howard est un auteur que j’adore toujours. Toute la collection Néo a bercé mon adolescence.

Et en cinéma ?

J’ai bien sûr des réalisateurs fétiches, mais là, on passe à un cran au dessus au point de vue artistique. C’est un peu comme le roman. Cela demande certaines qualités, ce n’est pas simplement un scénario. Des influences, non. Je ne pense pas que cela soit retranscriptible en BD. Autant un romancier peut avoir des influences cinématographique, ou l’inverse, autant je pense que ce n’est pas possible, en tout cas pour moi, dans la BD. La bande dessinée est quand même un média qui est léger. 46 pages, c’est l’équivalent d’une nouvelle ou d’un petit court-métrage,  je pense qu’il n’y a pas de passerelles.
En terme de narration, ce sont tous les grands américains : Hawks, Sturges… Cela se retrouve peut-être au niveau des dialoguistes. Quand on commence à écrire des dialogues, on se dit que ce qu’écrivait Audiard était forcément bon.  Pour moi, c’est peut-être le seul élément transposable.

Tu as touché à l’Histoire mais pas à la Fantasy. Cela t’intéresse-t-il en tant que scénariste ?

Oui. Cela va même venir. Le problème est qu’on ne peut pas toucher à tout, tout le temps, tout de suite. Mais il faut reconnaître que je suis plus amateur de SF que de Fantasy. J’ai lu Tolkien il y a très longtemps et j’ai trouvé cela tout à fait agaçant et puis je l’ai relu récemment et j’ai trouvé cela tout à fait génial. Le problème avec Tolkien, c’est qu’il ne faut pas le lire quand on a douze ans. Cela m’avait un peu bloqué sur la Fantasy. J’y reviens et il y a des choses intéressantes. Et il y a un projet avec Igor Kordey, toujours le même (Rires) qui devrait voir le jour en 2008 et qui sera de la Fantasy celte.

Quelle a été ta plus grande frustration en tant que scénariste ?

Je n’en ai pas à vrai dire. J’ai touché un peu aux séries télé, au cinéma et là, il y a beaucoup de frustrations. On se retrouve avec une pression financière qui n’est pas du tout la même qu’en BD. Il y a plein d’intervenants. On a un produit, qui une fois achevé, passe entre quarante mains et est modifié sans que l’on sache vraiment pourquoi. La BD est un produit léger à côté. Cela ne coûte pas trop trop cher à faire, donc on a moins de pression, si l’on se plante, ce n’est pas dramatique. Cela va vite. J’aurais du mal à bosser sur un même projet durant 2 ou 3 ans et dans le cinéma c’est plus prêt des 5. Alors qu’en BD, en 1 an, voire en 6 mois, on a un produit fini.
De plus, j’adore avoir un "feedback" avec le dessinateur. Il n’y a pas de règles en BD, mais j’ai rencontré des scénaristes qui étaient très accrochés à leur texte, à leur découpage, avec des détails pour chaque case et dès que le dessinateur bougeait quelque chose, c’était une émeute. Alors que je suis beaucoup plus lâche sur ce qui peut se passer. Cela vient du cinéma où l’on est au service du réalisateur. Là, je suis au service du dessinateur et ma grande joie est de voir ce qui ressort de mes écrits et ce sont souvent des résultats auxquels je n’aurais pas pensé qui me réjouissent alors il n’y a pas vraiment de frustrations. Tout décrire ne m’intéresse pas. Ce que j’aime c’est l’échange avec le dessinateur, quitte à changer des séquences entières. Travailler tout seul dans mon coin à écrire mon scénario et dire ensuite on en bouge pas n’est pas une méthode que j’affectionne.

Y a-t-il une œuvre que tu souhaiterais adapter, un projet que tu n’as pas encore réalisé ?

Celle que je fais en ce moment. (Rires) Je suis arrivé un peu par hasard dans la BD et il s’avère que j’ai eu beaucoup de chances. Le milieu est bien plus dur aujourd’hui et beaucoup de scénaristes essuient des refus. Mes projets ont été acceptés dans 90 % des cas. Je n’ai donc pas d’envies précises. L’album de Fantasy que j'ai évoqué, on en a parlé avec Igor il y a quelques mois de cela. En fait, je suis en train de travailler sur mes envies.

Beaucoup d’œuvres d’auteurs issus du jeu de rôle, sont en fait des reprises d’histoires élaborées il y a de longues années. T’engages-tu chaque fois à créer quelque chose de nouveau ?

Ma partie jeu de rôle commence à dater. Il y avait de ça au début. Il est évident que Zentak est tiré de scénarii qui ont été joués sur Cyber Age. Maintenant ce n’est plus le cas. Ecrire des scénarri de jeu de rôle ou autre donne une facilité en terme d’intrigues, de création de personnages, mais ce n’est pas la même chose. Il y a plusieurs strates différentes dans l’écriture. On adapte un scénario de jeu de rôle en fonction des joueurs,  et il faut se préparer à avoir des variations énormes par rapport à l’intrigue de départ, ce qui n’est pas le cas pour d’autres types de supports. Il s’agit donc d’un bon apprentissage mais cela ne fonctionne pas si on le reprend tel quel.

Jusqu’à présent, on publiait un album de 48 pages par an. Le rythme semble s’être accéléré depuis quelque temps, comme si on se rapprochait du modèle américain, qui propose 24 pages tous les mois.

C’est effectivement un phénomène très récent. En gros, cela date du Décalogue. La BD est en train d’évoluer à très grande vitesse en France. Tant commercialement, qu’au niveau des habitudes de lecture. L’idée d’attendre un album 12 ou 18 mois va être amenée à disparaître. A cause de la concurrence des autres médias et de la déferlante de toutes ces séries télé.
Avec L’histoire secrète, on ne l’a pas fait exprès mais l’une des raisons du succès de la série est sans doute les dates de parutions rapprochées.

Tous les éditeurs de BD doivent maintenant être en train de réfléchir à un modèle qui serait entre le manga, le comics et la BD traditionnelle franco-belge. Il va falloir inventer d’autres choses car proposer une série de 12 tomes sur une année au prix actuel d’un album est tout simplement impossible : c’est trop cher pour le lecteur.  Il va donc falloir trouver des possibilités d’édition différentes à des prix plus bas. C’est assez complexe car les essais de mangas ou comics français n’ont pas fonctionné : le public n’était pas habitué à cela. Il y a quand même une énorme différence entre un bel album Delcourt cartonné et bien imprimé et un manga. Ce sont des publics assez imperméables les uns aux autres. Mais il y a aussi une envie à avoir ce côté feuilleton. C’est une façon de bosser qui va permettre d’enrichir considérablement une histoire en la fractionnant. Ce qui n’est pas possible si on a des modèles économiques basés sur une parution d’un album par an. Avec L'histoire secrète, on va avoir 13, 14 tomes étalés sur 2 ans alors qu’avant cela aurait pris 14 ans ce qui est totalement impossible, ne serait-ce que du point de vue de l’écriture.

Ce qui me gênait jusqu’à présent dans les BD, c’était la pauvreté psychologique des personnages, tout simplement par faute de temps. Ce n’est pas forcément le scénariste et le dessinateur qui sont en cause, mais il faut faire avancer l’intrigue. Alors qu’avec ce système là, cela va être possible. C’est exactement le même exemple qu’avec les séries télé. Elles sont beaucoup plus riches en terme de contenu psychologique, d’évolution du personnage qu’un film de 90 minutes tout simplement parce qu’une série c’est facilement 10 heures.
Il va donc y avoir des choses très amusantes ces prochaines années, parce que l’on arrive à la fin d’un modèle pour en découvrir un autre.
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