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L'imaginaire selon... Gilles Servat

Fantasy.fr a posé trois questions identiques à plusieurs invités des Imaginales...

Par Emmanuel Beiramar
21 août 2008 | Mis à jour 21 août 2008
L'imaginaire selon... Gilles Servat

Gilles Servat est surtout connu comme un auteur-compositeur-interprète et comme grand défenseur du patrimoine culturel de la Bretagne. Il est également auteur de Fantasy avec sa série Les chroniques d’Arcturus (Skinn Mac Dana, La navigation de Myrdhinn, Arcturus, Les Ssahanis, Le dixième jour de Branvode, La lance de Lughern) publiée aux éditions L’Atalante.

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Attention, l'homme n'a pas la langue dans sa poche... et c'est bien agréable !

 



Quels rapports entretenez-vous avec l'imaginaire ?


En tant que chanteur déjà, je vais vous raconter une anecdote : j'ai commencé à chanter dans une île bretonne, l'île de Groix. J'ai fait une chanson qui s'appelle Retrouvez Groix qui raconte l'histoire de quelqu'un qui arrive à Groix et qui est vachement heureux. A chaque fin de couplet ça dit : « Retrouvez Groix et puis partir, on arrive porté par ce brave navire et on s'en va porté par ce maudit navire. » Un jour, alors que je signais des disques à la fin d'un concert, des gens viennent me dire « on aime bien cette chanson sur retrouver Groix et ça nous rappelle un endroit que l'on aime beaucoup dans les Vosges ». Et là je me suis rendu compte que l'imaginaire n'était pas du tout ce que j'imaginais : l'imaginaire des gens n'était pas du tout le mien et ce qui nous reliait c'étaient des clés émotionnelles. J'en ai tenu compte après dans tout ce que j'ai fait, c'est-à-dire que je ne cherche pas du tout à imposer mon imaginaire personnel aux gens.
Même quand j'écris des romans, je donne des indications. Je vois les choses de telle façon, qui sont ma façon de voir les choses que j'écris mais je suis sûr et certain que les gens n'ont pas la même façon de voir les choses que moi ; mais sur le support qui est mon écriture, chacun imagine un truc différent. Et ça, ça me plaît beaucoup. Je donne donc juste des indications et je laisse l'imaginaire des gens se développer. Je crois que l'on ne communique pas par l'imaginaire mais par l'émotion. Ensuite chacun développe son imaginaire sur ces émotions-là.
Quand j'ai commencé à écrire des romans, j'ai eu quelques problèmes parce que j'ai l'habitude d'écrire des chansons. J'étais un petit peu lapidaire et après, je suis tombé dans le défaut inverse : je précisais tout, je mettais plein de trucs, d'adjectifs, et les hauteurs et les largeurs des pièces, etc. Je me rends compte que ça ne sert à rien. On dit : « Il rentre dans une grande pièce. », les gens imaginent la pièce qu'ils veulent, si elle est peu éclairée on dit : «  Il entre dans une grande pièce peu éclairée. », ils imaginent ce qu'ils veulent. S'il y a un détail très précis qui est important, je le donne mais c'est tout. Je crois que l'imaginaire c'est quelque chose de très personnel. Je ne pense pas qu'il y ait des gens qui aient plus d'imaginaire que d'autres. Je parle de l'imaginaire, pas de l'imagination pour écrire. Je parle de l'imaginaire que l'on porte en soi et comment, avec le cerveau on s'en va dans des trucs invraisemblables. Je crois que chacun à ça en lui, que ça lui appartient et que c'est constitué de toute sa vie, de tout ce qu'il a rencontré, de tout ce qu'il a vu ; ce n'est pas la peine de vouloir intervenir dedans. Je crois que nous les écrivains sommes juste des déclencheurs de tout ça.


Selon vous, qu'est-ce qui différencie l'imaginaire francophone de l'imaginaire anglo-saxon ?


Probablement la culture, j'en parlais il y a peu de temps. J'ai appris le breton et l'anglais, il y a quelques temps, mais il me manquera toujours un truc irremplaçable : c'est toute mon enfance. J'ai eu une enfance en français mais pas d'enfance en breton ou en anglais et ça manquera toujours ; même si je peux communiquer avec les gens, ça manquera toujours. Je pense que l'imaginaire français est fait de toute cette enfance française et l'imaginaire des générations actuelles est sûrement différent de l'imaginaire des générations précédentes. Petit à petit  la Fantasy, la science-fiction rentrent de plus en plus dans les moeurs, il n'y a plus cette espèce de mépris chez les jeunes générations (qui existe chez les anciennes) vis-à-vis de ces genres. Alors la jeunesse va lire des choses comme ça. Qu'est-ce que ça va donner ? Je ne sais pas. Mais il est certain que pour l'instant, dans notre culture et dans ce qui nous a fait, il y a très peu de Fantasy. Il en un peu quand même, on a de bons écrivains. Je suis assez bien placé pour en parler : hier j'ai raconté un conte irlandais qui date du VIe ou du VIIe siècle après J.-C. et qui parle d'une société irlandaise avant St Patrick qui est encore plus antique que la société celtique qu'a trouvée Jules César en arrivant en Gaule. Historiquement, tout ne se passe pas au même moment partout, il y a eu un décalage énorme. En Irlande ils sont restés avec une société celtique très longtemps. Les Romains ne sont pas arrivés tout de suite. Ce conte est complètement déjanté, il est dans la démesure totale, le cochon est énorme, il a été nourri par 60 vaches laitières pendant 7 ans. Quand il arrive, il y a deux vingtaines de boeufs comme nourriture supplémentaire et je sens que ça se rapproche de Rabelais, je sens que Rabelais a un pied là-dedans encore. Et ça, ça a été massacré définitivement à la Renaissance. La Renaissance a été autre chose, tout ce côté démesuré, outrancier que l'on trouve dans Pantagruel ou Gargantua, les trucs marrants... J’ai traduit le texte de l'irlandais  moi-même car j'ai eu la chance de trouver un bouquin qui s'adresse à l'étudiant en irlandais ancien. J'ai d'autres traductions faites par des savants du XIXe siècle qui ne voulaient pas admettre ça. Ils réduisaient tout, en se disant que l'auteur déconnait, que ce n'était pas possible... alors que le texte dit ça. Je trouve que notre culture de la Renaissance nous a foutu un grand coup sur l'oreille et que l'on est restés sur des choses vachement raisonnables. On a du mal à s'en débarrasser, s'en dépatouiller... Si on retrouve un peu Rabelais et si on part dans des machins comme ça, ça va s'arranger.
Eux n'ont pas ces espèces de contraintes. C'est incroyable qu'en Bretagne en particulier, que le roi Arthur soit présent mais de façon assez récente, alors qu'en Grande-Bretagne, il n'y a pas eu ça, ça n'a pas été évacué. En Grande-Bretagne, les romans arthuriens n'ont pas été évacués à la Renaissance. Alors que chez nous, on s'est foutu de ça, on a dit que c'était fini ces histoires de chevaliers, mais pas dans le monde anglo-saxon. Eux n'ont donc pas eu de coupures et de ruptures et nous, on a eu quelque chose de copieux. C'est peut-être de là que vient cette différence. Ça va s'atténuer petit à petit, je pense.


Comment voyez-vous l'imaginaire évoluer en France ?

Je crois que la littérature dite sérieuse ne m'intéresse pas, ça me fait chier d'écrire un roman qui parle des bourges. Je n'en ai rien à foutre des bourges. Raconter des histoires de vagues adultères dans le XVIe ou des machins comme ça, ça me fait chier, profondément ! Cette littérature-là m'emmerde, voilà. Je lis des trucs qui se passent dans l'espace et tout ça. Q'est-ce que ça peut foutre, les rapports humains sont là aussi ! Il n'y a pas besoin de raconter une histoire qui se passe chez les bourges à Paris pour que ce soit de la littérature, il faut arrêter ces conneries-là, quand même ! Une histoire d'amour peut se passer sur une planète qu'on invente avec des personnages. Ils vont avoir une histoire d'amour, ils vont avoir du caractère... On dit du roman psychologique, mais moi je ne vois pas en quel honneur, un roman de Fantasy ne serait pas psychologique, non plus. Les personnages ont de l'épaisseur, petit à petit, ils prennent de la personnalité... C'est les bourges qui veulent continuer à écrire des bouquins sur les bourges, c'est tout, il ne faut pas rêver! Ça ne m'intéresse pas, je préfère une littérature où il se passe quelque chose... J'aime bien le polar, les romans noirs, j'aime bien les romans espagnols, les polars espagnols où il y a une vie : c'est dense, ça crépite, il y a du populo, et les gens ont du caractère. Je lis des romans d'anticipation où c'est pareil : les mecs ont du caractère. J'ai des souvenir de Jack Vance qui décrit des sociétés extraordinaires... peut-être que psychologiquement les personnages ne sont pas trop fouillés mais il décrit des sociétés extraordinaires ; je préfère lire ça que de voir un mec qui va draguer une bonne femme sur le boulevard de chaipas quoi à Paris et puis qui revient, qui voit sa femme et qui bouffe avec elle... Qu'est-ce que j'en ai à faire ! C'est vrai, qu'est-ce que j'en ai à foutre de ça ! La vie des bourges me fait chier ! (rires) Je n'ai pas envie de lire des trucs comme ça. Et pourtant c'est bien ça  la littérature qu'on nous présente, je suis désolé... C'est vrai qu'il y a des romans formidables mais en général c'est quand même ça. Il faut arrêter le délire. Je préfère qu'il se passe quelque chose, qu'il y ait de l'aventure et que je sois tenu en haleine par une aventure, par des personnages qui réagissent à des trucs extraordinaires plutôt que de voir un mec qui se fait chier sous le crachin boulevard St Michel en pensant à la femme de son copain qui est parti... qu'est-ce que j'en ai à foutre (rires). Françoise Sagan, j'en ai rien à foutre... les crises d'adultères dans le XVIe arrondissement, les petits fours, les machins comme ça, ça ne m'intéresse pas. Je préfère Jack Vance.



Vous pensez donc que Vance va prendre le pas là-dessus ?


Je pense que la jeunesse en a ras le cul des histoires de bourges aussi. Ras le bol des bourges, des bourges de droite et des bourges de gauche aussi (rires) !

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