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Patrice Louinet nous parle de Glenn Lord

Patrice Louinet, spécialiste de Robert E. Howard et ami de Glenn Lord, a souhaité rendre un dernier hommage à celui qui a permis au monde de véritablement découvrir le père de Conan.

Par Emmanuel Beiramar | Patrice Louinet
6 janvier 2012 | Mis à jour 9 janvier 2012
Patrice Louinet nous parle de Glenn Lord
Patrice Louinet nous parle de Glenn Lord

    Glenn Lord nous a quittés le 31 décembre 2011.
    Son nom n’évoquera pas grand chose au grand public, ni même à la plupart des fans de Fantasy, voire à certains fans de Robert E. Howard. Pourtant, sans Glenn, la notoriété et la réputation de Howard ne seraient pas ce qu’elles sont aujourd’hui.
    Né le 17 novembre 1931 en Louisiane, c’est en 1951, en achetant un exemplaire de Skull-Face and Others, l’imposant recueil de textes de Howard publié par Arkham House en 1946, que Glenn Lord découvrit l’auteur des nouvelles de Conan. Il s’intéressa à cet écrivain, qui tombait alors peu à peu dans l’oubli. Il se mit en quête des pulp magazines dans lesquels Howard avait été publié, mais très vite, cela ne lui suffit plus. Natif de Louisiane, mais habitant à Pasadena, dans la banlieue de Houston, Texas, Glenn était dans une position privilégiée pour partir sur les traces de Howard. Il entra en contact avec des gens l’ayant connu, commença à en savoir un peu plus sur le créateur de Conan, et surtout trouva des poèmes inédits, envoyés ou donnés par Howard aux gens rencontrés par Glenn. Peu à peu naquit l’idée d’un recueil des poèmes de Howard, qui deviendra le mythique Always Comes Evening, co-publié avec Arkham House en 1957. Always Comes Evening était censé contenir tous les poèmes de Howard, mais quelques mois après sa publication, Lord obtint un microfilm contenant une cinquantaine de poèmes supplémentaires, puis entra en contact avec d’autres amis et correspondants de Howard qui, à leur tour, lui fournirent poèmes, lettres, et publications inconnues de Glenn ! Croyant avoir épuisé le filon, Lord comprit bien vite qu’il n’avait fait qu’effleurer la surface. En 1961, il lança donc The Howard Collector, petite publication amateure dans lequel il faisait partager ses trouvailles aux quelques enthousiastes de Howard. 18 numéros parurent ainsi, jusqu’en 1973.
    Vers mars 1965, Glenn devint agent auprès des ayant droits littéraires de Howard, sur la proposition de Lyon Sprague de Camp, qui ne voulait se consacrer qu’à Conan et ne voyait pas d’intérêt (financier) au reste de l'œuvre. De Camp pensait ne rien avoir à craindre de Glenn, qu’il méprisait. Il devait par la suite regretter amèrement ce choix.
    C’est quelques mois plus tard que Glenn retrouva la trace de l’important lot de tapuscrits originaux de Howard que le père de ce dernier avait envoyé à E. H. Price en 1944. Il lui fallut de la patience et de l’argent pour les obtenir, mais en 1973 il récupérait le dernier lot de cette cache impressionnante, forte de plusieurs milliers de pages, archive précieuse et indispensable, qui vint considérablement enrichir le nombre de textes howardiens et, partant, de recueils de nouvelles.
    Les efforts de Glenn pour faire connaître Howard au plus grand nombre obtinrent un succès impressionnant. Il négocia les premiers contrats avec l’éditeur Donald M. Grant en 1965, puis avec Lancer Books pour des livres de poche, et avec les éditeurs de nombreuses publications amateures et semi-professionnelles. Durant les 27 années où il servit d’agent, sa tactique fut constante, et payante : il donnait gracieusement les textes aux publications amateures, les fournissait à faible prix aux anthologies (de façon à multiplier la présence de Howard), supervisait les éditions cartonnées chez des éditeurs prestigieux tels Donald M. Grant ou Fax Publications, et il négocia des contrats particulièrement intéressants pour les héritiers auprès de maisons de livres de poche telles Zebra ou Berkley Books, alimentant la demande incroyable pour les récits de Howard à l’aide de sa précieuse collection de pulps et de manuscrits originaux. En 1976, il fit paraître The Last Celt, monumentale bio-bibliographie de Howard faisant plus de 400 pages.
    Il s’opposa systématiquement à De Camp alors que celui-ci tentait de prendre le contrôle de Conan, contrecarrant les manigances de ce dernier, et oeuvrant pour aider à faire paraître les nouvelles du Cimmérien sans les « apports » de ce dernier. Une première tentative, en 1977, sous l’égide de Karl Wagner, resta avortée sous les pressions de De Camp, mais à la fin des années quatre-vingt-dix, alors qu’il était à la retraite depuis longtemps, il me fournit toute l’aide dont j’avais besoin alors que je préparais ce qui allait devenir les intégrales Wandering Star (et Bragelonne en France.)
    Glenn quitta ses fonctions d’agent en 1994, et cessa son activité professionnelle – il était contremaître dans une usine de papeterie – quelques années plus tard.
    Dans le petit monde howardien, où les rivalités et qurelles intestines sont la norme, personne n’eut jamais rien à dire sur Glenn, qui faisait l’unanimité. Toujours courtois, à l’écoute des fans, il faisait preuve d’une aimabilité et d’une générosité sans failles. Son sens de la répartie et de la formule était particulièrement apprécié. La personnalité de Glenn et sa manière de fonctionner seraient qualifiées aujourd’hui de « old school. ». Pour Glenn, la poignée de main scellant un contrat avait bien plus de valeur que le document signé. Il faisait confiance, et attendait la confiance en retour. Ainsi un jour, alors que je lui demandai s’il pouvait m’envoyer quelques reproductions de photos de Howard, quelle ne fut pas ma surprise de recevoir par la poste des tirages originaux, charge à moi de faire les copies et de lui renvoyer les originaux.

    Je connaissais Glenn depuis 1988, date de mes premiers échanges épistolaires avec lui, et qui me conduisirent pour la première fois à Cross Plains et chez Glenn en mars 1989. Nous ne devions nous voir que quelques fois en vingt-trois ans, mais nous eûmes une correspondance aussi régulière que volumineuse pendant de très nombreuses années et, ces dernières années, quelques conversations téléphoniques. Il commença très rapidement à m’envoyer des photocopies des originaux, qui donnèrent naissance à une véritable passion chez moi. Bien vite, Glenn m’expédia d’épaisses enveloppes, contenant parfois jusqu’à deux cents ou trois cents pages de photocopies. J’offris de le dédommager, mais cela ne l’intéressait pas. Il me demanda si en échange je pouvais plutôt lui envoyer les livres de Howard en langue étrangère qui faisaient défaut à sa collection. Je mis quelques semaines à traquer tout ce qui lui manquait dans les éditions françaises. Puis, en ces temps où l’internet balbutiait encore, je réussis à lui trouver des éditions russes, polonaises, baltes, turques et de bien d’autres pays, que je lui expédiai en retour.
    Glenn me permit ainsi de pouvoir travailler sur les manuscrits originaux de façon intensive, et notamment sur les Conan. C’est grâce à cela que Marcelo Anciano et Rusty Burke devaient un jour me demander de bien vouloir diriger l’intégrale Conan chez Wandering Star, qui devait servir de base à celle publiée en France chez Bragelonne. Sans Glenn Lord, pas d’édition Wandering Star ou Bragelonne, ou en tout cas bien différentes, inférieures et bien moins riches.
    Sans Glenn, il nous manquerait donc quelques textes de Conan, mais ce n’est là qu’une goutte d’eau : nous n’aurions que deux nouvelles de Kull ; la même chose pour Bran Mak Morn ; il nous manquerait six ou sept nouvelles de Solomon Kane. Des dizaines de textes, de lettres, des centaines de poèmes, sans doute perdus à jamais. Sans Glenn, nous aurions moitié moins de photos de Howard, et les 400 pages de la correspondance avec Lovecraft n’existeraient sans doute plus. Chaque personne qui a lu et apprécié Howard est redevable à Glenn Lord de façon bien plus importante qu’elle se l’imagine.
   
    Personne, et à fortiori personne habitant à près de dix mille kilomètres de chez moi, n’a eu autant d’impact que Glenn sur la personne que je suis devenue. Sa mort me touche plus que les mots peuvent le dire. Il m’a fallu une semaine avant de coucher quelques mots à son sujet.
    Ce sont à présent les bons souvenirs qui, peu à peu, refont leur apparition. Les joies quand je recevais ces lettres ; la toute première fois où je le rencontrai et qu’il se présenta à moi : Glenn avait l’accent traînant et nasillard des gens de Louisiane, associé à ces fluctuations de l’accent Texan. Je me rendis compte que je comprenais à peine un mot sur quatre au départ. Je me souviens de Rusty Burke, un ami de 23 ans lui aussi, que Glenn me présenta lors de ce premier séjour, et qui m’expliqua, alors que je lui confiais mon problème, que beaucoup d’Américains avaient eux aussi du mal à comprendre l’accent de Glenn. Je me souviens de Glenn éclatant de rire en 2006 quand je lui donnai la photocopie d’une interview de Sprague de Camp dans laquelle ce dernier disait de Glenn qu’il était chauffeur de poids lourd et que la différence de niveau social entre eux (les époux de Camp) et ce prolétaire de Glenn était abyssale. Je me souviens de Glenn, m’apportant à Cross Plains le manuscrit original de la nouvelle de Conan « Le Dieu dans le Sarcophage » et me le laissant pour la nuit afin que je puisse le lire, là, à Cross Plains, à deux pas de la maison de Howard. Je me souviens de Glenn m’invitant à dîner chez lui, et des moments après le repas, où il me montra quelques uns des trésors de sa collection. Je me souviens du soir d’Halloween 1990, après que nous ayons dîné ensemble, quand il me donna un gros paquet de photocopies, qui se révélèrent être la plus grosse partie de la correspondance Howard/Lovecraft, complètement inédite. Je ne me souviens pas de ma tête à ce moment là, mais je l’imagine... Je me souviens de Paul Herman, interviewant Glenn, posant une question qui lui prit peut-être une minute à formuler, et de la réponse de Glenn, laconique, en trois mots, provoquant l’hilarité de la salle. Je me souviens de la fierté que j’ai ressentie lorsque je me retrouvai à ses côtés pour débattre lors d’un panel Howard, au cours de la World Fantasy Con d’Austin, en 2006.
    Je me souviens enfin de Fabrice Tortey lançant l’idée de partir trois jours à Houston, juste afin de fêter le 78ème anniversaire de Glenn, en novembre 2009. Je me souviens des yeux de Glenn ce jour-là, qui brillèrent comme jamais quand je lui montrai la photo originale de Howard dont j’avais hérité quelques semaines auparavant. Je ne devais plus revoir Glenn. J’avais dans l’idée de repartir à Pasadena en 2011, pour son 80ème anniversaire, mais cela ne s’est pas fait.
    Il fut mon mentor, il fut mon ami, et il m’est difficile de croire que personne ne recevra plus de lettres dans cette Boite Postale 775, à Pasadena.

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