L’auteur Robert Silverberg a posté sur Black Gate un article expliquant que le métier d’auteur de science-fiction n’était pas rentable.
Il y a quelques jours, Robert Sawyer s’est demandé sur son blog : « Les jours du romancier à plein temps sont-ils comptés ? ».
Robert Silverberg a répondu à cette question sur BlackGate.com. En voici la traduction :
« Il y a 55 ans, quand j’ai commence ce métier, on comptait sur les doigts d’une main difforme les auteurs de science-fiction qui vivaient de leur machine à écrire. Il y avait Poul Anderson, George Dickson, Robert A. Heinlein, Arthur Clarke, Robert Sheckley, Jack Vance peut-être, et…Heu, qui d’autre ? Jack Williamson ? Je crois qu’il avait déjà commencé à enseigner. Asimov était encore professeur à l’université tout en écrivant de la SF à ses heures perdues, Ted Cogswell et James Gunn aussi. Philip K. Dick écrivait à plein temps, mais il vivait dans la misère. Sturgeon n’était pas mieux loti. Del Rey était rédacteur et agent quand il le pouvait. Harry Harrison a bossé en rédaction, il a travaillé dans les comics. Enfin, tout et n’importe quoi. Leiber était rédacteur pour Science Digest (NDT : un Science & Vie de haut niveau paru entre 1936 et 1987) et Jim Blish rédigeait des communiqués pour la Tobacco Institute (NDT : consortium de l’industrie de la cigarette fondé en 1955 et dissous en 1998). Cyril Kornbluth travaillait dans une agence de transmission pendant que Fred Pohl jonglait avec les métiers de rédacteur et d’agent. Alfred Bester écrivait tout du moment que ça payait et il bossait aussi pour la télé. En ce qui concerne Phil Klass, je ne saurais dire comment il gagnait sa vie. Il n’enseignait pas encore à l’époque, mais il ne pouvait pas non plus vivre de ses gains en tant qu’écrivain. De Kuttner et Moore, je ne sais pas grand-chose. Ils traffiquotaient avec la télé et les romans policiers. Leigh Brackett travaillait à temps partiel pour Hollywood et Edmond Hamilton, son mari, vivait surtout de ses scénarii de comics. Mack Reynolds et Fred Brown se sont enfuis au Mexique où un cent vaut autant qu’un dollar ici.
Bref, ce n’était vraiment pas un métier viable à plein temps. Je l’ignorais quand je me suis lancé dedans. J’ai bien gagné ma vie, mais ce fut à force décrire et de vendre plusieurs nouvelles par semaine. Malgré tout, en 1958 la SF a disparu et j’ai dû me tourner vers d’autres genres jusqu’à sa résurrection au milieu des années 1960. Harlan a connu les mêmes déboires, mais il est parti à l’armée. A son retour, il s’est installé à Chicago comme rédacteur avant de finir à Hollywood.
À présent, nous sommes revenus à la même situation que pendant de l’âge d’or des années 1950. Une carrière dans le roman de SF n’est au mieux qu’un hobbie et rares sont ceux à pouvoir gagner leur vie seulement en écrivant. Je ne parle pas de ceux qui pondent des trilogies à la pseudo-Tolkien, des romans de vampires, de zombies et d’autres sortes de Fantasy ultra-commerciale. A la fin des années 1970 jusqu’au début des années 1980, l’argent coulait à flot et toutes sortes de gens se sont lancés comme auteurs de SF à plein temps. Greg Bear, président de l’Association des Auteurs de Science-Fiction vers le milieu des années 1980, avait conseillé aux écrivains de ne pas quitter leur boulot "normal" car l’époque de l’argent facile était terminée. Il avait raison. »

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